« Pensée unique » et « Politiquement correct », les armes de la droite réactionnaire.

Des éléments de langage qui fonctionnent comme des armes létales : la manœuvre consiste à créer un ordre nouveau, une hiérarchisation des valeurs différente voire opposée à tout ce qui a fait et construit notre « ambiance » sociale, culturelle, économique et politique depuis plus de deux siècles. Remettre en cause nos racines et notre identité républicaine héritées de la révolution et du CNR.

Le discours sur le « politiquement correct » consiste à dénoncer et à combattre tous les thèmes qui semblent faire consensus afin de pouvoir s’en affranchir, si possible très vite et radicalement.

Avec son corollaire la « pensée unique », l’autre manière de pointer du doigt tous ces décérébrés qui ne pensent pas comme eux en les assimilant à des moutons de panurge, à de très vieux moutons de panurge.

Un peu comme si la connerie avait brutalement et férocement changé de camp.

Hier « la droite la plus conne du monde »…

Quel retournement de situation !

Pas pour faire preuve d’originalité ni pour sortir des sentiers battus ou ironiser pour le plaisir d’ironiser sur celles et ceux qui auraient la coupable faiblesse de défendre une idée ou une théorie acceptée par le plus grand nombre.  

Non, l’objectif est de faire tomber tous les tabous, un à un, de renverser la table, de changer de paradigme.

La manœuvre consiste à créer un ordre nouveau, une hiérarchisation des valeurs différente voire opposée à tout ce qui a fait et construit notre « ambiance » sociale, culturelle, économique et politique depuis plus de deux siècles.

Un renversement de valeurs.

Même la générosité devient suspecte, elle est le signe d’une naïveté pathologique qui fragilise tout l’édifice.

Remettre en cause nos racines et notre identité républicaine héritées de la révolution et du CNR après la seconde guerre mondiale.

Vous avez dit « identité » ?

Renverser notre « écosystème » de pensées, tourner le dos à l’histoire d’un pays au nom d’un pragmatisme financier qui étend son pouvoir absolu sur toute la planète, la France étant l’un des derniers foyers de résistance.

Le but est de changer de référentiel, de combattre ces réflexes républicains qui ont pour noms « Liberté, Egalité, Fraternité », il s’agit bien de cela.

La schizophrénie ambiante ajoutée à une crise morale et sociale sans précédent fabrique de curieux monstres y compris à gauche, comme par exemple Finkielkraut et Onfray. Ou Macron, ou encore Attali qui explique tout le bien qu’il pense de Fillon et de son programme largement inspiré par ses propres travaux, dit-il, radieux et souriant…

Pendant que le premier, Finkielkraut, nous explique en détails les origines de « La défaite de la pensée », c'est-à-dire la culture de masse, l’autre, Onfray, se fait le porte-parole d’un « capitalisme libertaire », il n’est pas « contre le capitalisme », il est même « pour la propriété privée ».

Aïe aïe aïe !

Ces penseurs classés « à gauche » ont achevé d’ouvrir en grand la porte que BHL et « La barbarie à visage humain » avait commencé à entrouvrir en 1977, celui qui osait expliquer que Marx était le géniteur, le père spirituel du Goulag…comme quoi on peut être Normalien et ne rien comprendre à Marx et à Engels, je ne parle même pas de Gramsci, certainement beaucoup trop compliqué pour lui.

Pour BHL, l'Histoire est une savonette qu'il tient d'une seule main, une main tremblante.

La droite s’était engouffrée dans la brèche ; 40 ans plus tard, grâce à Finkielkraut, qui, comme Bernard Henri Levy et Jacques Attali, ne peut plus conseiller Sarkozy, elle est devenue réactionnaire, ostensiblement réactionnaire.

Fillon n’est pas César, Sablé-sur-Sarthe n’est pas Rome mais le Rubicon est traversé à pieds secs, apparemment sans éclaboussures.

Enfin, pour l’instant…

La famille Le Pen, le père d’abord, la fille ensuite, ont secoué le cocotier de la « pensée unique », les outrances du père ont laissé place au ton plus feutré de la fille mais les transgressions, les provocations, la xénophobie, le racisme, l’islamophobie, l’homophobie  partagent le même ADN ,  les réseaux, les financements, les amitiés nauséabondes sont les mêmes.

Ils ont dénoncé l’UMPS, les médias, les bobos, manquent encore à l’appel les « forces judéo-maçonniques » de triste mémoire mais, à ce rythme, on y viendra.

 

Ce que la famille Le Pen n’a pas (encore) fait  Sarkozy l’a réussi.

Entre son discours de Dakar de 2007, celui de 2010 à Grenoble, sa campagne de 2012 pour sa réélection, et enfin  sa campagne pour les primaires de la droite en novembre, pendant 10 ans l’Ex a emprunté à la famille Le Pen les mots, les idées, la syntaxe, la logique, la sémantique, il a habitué une bonne partie des Français à se familiariser aux thèses de l’extrême droite, une mithridatisation aussi nécessaire et efficace que celle  de Grigori Raspoutine, pour supporter un poison il faut de la méthode, de la patience et du temps.

Fillon est à Sarkozy ce que Marine est à Jean-Marie, un clone policé dans la forme, plus pudique, plus discret en apparence mais tout aussi radical dans le fond.

La sauvagerie des paroles laisse place à la brutalité d’un programme ultra libéral, l’éclosion d’une droite totalement décomplexée, c'est-à-dire qui accepte sa dimension réactionnaire, l’emporte sur un populisme trop voyant, trop vulgaire, passé de mode à cause d’une accumulation d’échecs car, depuis son élection de 2007, Sarkozy a régulièrement fait perdre son camp.

Mais on retrouve exactement les mêmes ingrédients, les mêmes éléments de langage, le même mépris du « politiquement correct », la même haine de la « pensée unique » :

Les bobos parisiens, le consensus médiatico-sondagier, tout y est.

Ce qui était « politiquement correct » hier est devenu  « incorrect » aujourd’hui, ce qui était « incorrect » hier devient « correct » aujourd’hui.

On peut remettre en cause l’IVG, au moins « à titre personnel »,

Interdire des photos sur lesquelles deux homos s’enlacent, message pourtant destiné à relancer le port des préservatifs dans le cadre d’une campagne de prévention du sida…

Militer ouvertement en faveur d’une religion (catho),

Revendiquer son droit à une laïcité sélective qui affiche ses préférences, c'est-à-dire islamophobe,

Faire  publiquement le signe de la Croix, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

Stigmatiser  les « mauvais » chômeurs puis les exclure des listes,

Se débarrasser de 500 000 fonctionnaires (inutiles ?!) pour alléger les charges de l’Etat,

Simplifier les procédures de licenciement,

Mettre fin aux indemnités de licenciement,

Ouvrir les frontières aux produits et aux capitaux mais les fermer aux migrants y compris aux réfugiés politiques,

Faire passer la durée hebdomadaire du temps de travail de 35 heures à « 48 heures maximum » sans augmentation de salaire, sans recourir aux heures sup,

Supprimer l’ISF,

Abaisser significativement les charges patronales,

Augmenter l’âge de la retraite à 65 ans,

Introduire une bonne dose d’assurance privée dans la santé publique afin de diminuer les coûts de la S.S.

Pour en terminer, un mot sur la méthode pédagogique : ne jamais oublier d'utiliser partout, sur tous les plateaux, sur toutes les ondes, le mot "caricature" pour clouer le bec aux esprits chagrins qui oseraient critiquer le programme.

La prouesse de cette droite réactionnaire a été de nous faire croire qu’elle avait totalement disparu, qu’elle n’existait pas, qu’elle n’avait jamais existé.

Je suis politiquement incorrect.

Et fier de l’être !

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