L’homme qui murmurait à l’oreille des ânes bâtés

La cote de popularité d’Emmanuel Macron remonte, elle atteindrait 39 % d’opinions favorables en ce début mars après avoir plongé aux alentours de 20 % entre fin novembre et mi-décembre. Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Marine Le Pen s’envole dans les sondages, elle aussi...que voilà un bien joli scénario !

La cote de popularité d’Emmanuel Macron remonte, elle atteindrait 39 % d’opinions favorables en ce début mars après avoir plongé aux alentours de 20 % entre fin novembre et mi-décembre.

Elle aurait donc doublé !

De bon augure dans la perspective des élections européennes qui se dérouleront dans quelques mois en parallèle du grand débat national alors en plein dépouillement.

Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Marine Le Pen s’envole dans les sondages, elle aussi.

On pense à Michèle Morgan et à Jean Gabin dans « Quai des brumes », à Vivien Leigh et Clark Gable dans « Autant en emporte le vent » ou encore à Warren Beatty et Faye Dunaway dans « Bonnie & Clyde ».

On pense surtout à « Liaison fatale » avec Michael Douglas et Glenn Close.

La France a bien le droit d’avoir ses couples mythiques, après tout, même si le scénario proposé est triste à mourir et sans suspens, on connait la fin.

L’opinion publique serait donc en train de se retourner grâce à un plan de communication soigneusement élaboré par le président en personne assisté, nous dit-on, d’une Brigitte agacée par des conseillers tous plus incompétents les uns que les autres, mamie fait de la résistance, mieux, elle organise la résistance.

Emmanuel Macron a préempté ce qui reste d’une gauche social-démocrate en lambeau, avalé le centre, gobé la droite chrétienne libérale ; en flirtant avec Juppé il empiète sur le parti de Laurent Wauquiez qui regarde, impuissant, le désastre arriver du haut de son mètre quatre-vingt-quinze, plus dure sera sa chute, il faut faire confiance à Sarkozy, l’allié objectif de Macron, pour achever la bête, le moment venu.

Sa stratégie repose, tout entière, sur ce duel, le bon contre la méchante.

La presse, audiovisuelle en particulier, est chargée de graver sur la pellicule les exploits du jeune prodige de la politique française ; comme cela ne suffit pas, il faut aussi, «  en même temps », saluer les performances de la cheffe du Rassemblement National, on nous explique qu’il est bien loin ce débat présidentiel calamiteux, on applaudit sa gestion de la crise des gilets jaunes, on en profite d’ailleurs, au passage, pour stigmatiser Mélenchon, l’opportuniste, le gauchiste impénitent, décidément pas un homme d’État.

Une bonne dose d’amnésie, deux pincées de manipulations médiatiques au long cours, un zest de manichéisme, trois cuillerées à soupe de peur et le tour est joué : en moins de deux mois le paysage politique français a fini par retrouver sa configuration de base, celle qui permettra à Emmanuel Macron de l’emporter au second tour des présidentielles de 2022.

Car c’est bien ce qui est en jeu.

Ce scénario, simple pour ne pas dire trivial, cynique et risqué, repose sur une triste réalité : les ânes bâtés, jamais rassasiés de carottes rappées, ont la mémoire courte.

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