Ch’uis motivé, j’te raconte pas !

Je viens d’apprendre qu’Emmanuel Macron pratique, à ses heures perdues, le noble art : du lundi au vendredi, il arrive à la salle de gym, dans les sous-sols de l’Élysée, vers 5h45. Ça tombe bien je suis matinal…

Je viens d’apprendre qu’Emmanuel Macron pratique, à ses heures perdues, le noble art : du lundi au vendredi, il arrive à la salle de gym, dans les sous-sols de l’Élysée, vers 5h45.

Ça tombe bien je suis matinal…

Vêtu d’un short kaki beaucoup trop long pour lui (on dirait une jupe) et d’un débardeur rouge sang qui lui colle à la peau, il porte un petit sac en bandoulière qui contient une paire de gants avec mitaines, un protège-dents bleu blanc rouge et une photo de Brigitte en maillot de bain deux pièces prise en juillet 1978 sur la plage du Touquet, elle avait 25 ans, lui 7 mois, la nostalgie peut-être…rasé de près, parfaitement coiffé, il est plutôt souriant ; les six gardes du corps qui ne le lâchent pas d’une rangers aussi. Ils ont l’air de bien s’entendre, complices sans doute, le tutoiement est de rigueur ; curieusement ils se prénomment tous Alexandre. Complices, oui, certainement.

Il commence par une petite séance d’échauffements, quelques assouplissements, des étirements suivis d’une séance de corde à sauter pendant que sa secrétaire lui lit le dernier article paru dans Médiapart sur les enquêtes de l’IGPN après la mort du petit Steve.

Son cardiofréquencemètre indique qu’il est près pour 10 minutes de shadow boxing, littéralement « boxe de l’ombre » : il n’a pas d’adversaire physique ni matériel, il enchaîne des combinaisons de coups dans le vide, mais à ses grimaces et à sa bave dégoulinante on devine qu’il est en train d’en découdre avec un gilet jaune audacieux et vindicatif, Éric Drouet peut-être.

Il gagne le round imaginaire, c’est dire s’il ne faut pas abuser du shadow boxing…ni du shadow banking que ses amis, pourtant, pratiquent avec assiduité et délectation, mais c’est un autre débat.

Si son programme est trop chargé, on écourte la séance d’échauffements que l’on remplace avantageusement par la lecture à haute voix d’un paragraphe tiré d'un bouquin d’Edwy Plenel, « Combat pour une presse libre » ou « La valeur de l’information » paru l’année dernière, c’est très efficace, bien sûr, mais à « consommer avec modération » lui souffle Christophe Castaner qui en connait un rayon sur le sujet de la consommation. C.C, dit « Double zéro », n’est pas que ministre de l’Intérieur, il est aussi le punching-ball attitré du président, punching-ball et non pas sparring-partner, nous y venons.

Eh bien, voilà : j’ai fait acte de candidature pour être le sparring-partner du 8e président de la République, sparring-partner d’Emmanuel Macron !

J’ai proposé un CDD ultra court d’une demi-demi-journée avec une période d’essai gratuite limitée à 3 minutes, le temps d’un round. Les frais de déplacement sont à ma charge, collation et boisson aussi, je viens avec mes affaires personnelles. Aucune indemnité de licenciement à prévoir, pas de préavis, rien, j’ai signé une lettre de « renoncement à tout » avec un chèque de caution de 5000 €, toutes mes économies ! J’offre le petit dej à tous ses gardes du corps.

Ch’uis motivé, j’te raconte pas !

Macron est un poids moyen très moyen, la catégorie « poids médiocre » ou « poids nul » n’existe pas, ce n’est pas de ma faute ; j’ai hésité un instant à le ranger dans la catégorie des « poids chiche », car il est arrogant, il aime les défis, mais on aurait pu me le reprocher, j’aurais eu tous les médias contre moi !

Va pour poids moyen.

1m75 pour 72 kilos, 41 ans.

Une gauche inexistante, une droite redoutable, il sait également frapper des deux mains, sa gauche lui sert de leurre, c’est un malin. Enfin, malin…

Provocateur.

Jeu de jambes ultra rapide qui lui permet de passer en fausse garde : il est droitier, donc normalement c’est son poing gauche qui doit être en avant, or pour enfumer son adversaire comme dirait Double zéro, il pivote et met son bras droit en avant ! comme un gaucher (fausse patte) qu’il n’est pas ! 

Sournois.

Ch’uis motivé, j’te raconte pas !

J’ai un handicap, c’est certain, j’ai soixante-cinq ans, l’âge de Brigitte après tout, mais avec mon mètre quatre-vingt-quatre et mes quatre-vingt-dix kilos j’ai des arguments, j’ai toutes mes chances.

Je ne viendrai pas seul, j’ai la chance et le bonheur de faire partie de « la bande à Hippolyte Varlin », ils sont avec moi, nous sommes solidaires les uns des autres, des liens de fraternité nous unissent même si nous sommes différents.

Avec nous, il y a des millions de gens qui rêvent de devenir, comme moi, comme nous, comme vous, sparring-partners de Macron.

Rien que trois petites minutes.

Bon, il faut que je vous laisse, j’ai 560 bornes à faire, 5h30 de route pour aller à Nantes, cet après-midi, nous serons cinq dans ma bagnole.

Ch’uis motivé, j’te raconte pas !

 

 

Pour Steve et Zineb.

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