Si Sarkozy n’existait pas, il faudrait l’inventer…

Le traitement de faveur et la clémence dont Nicolas Sarkozy bénéficie auprès d'une presse plus que douteuse, malgré des affaires d'une extrême gravité, sont révélateurs d'un mal français très profond dont Emmanuel Macron entend profiter jusque à la fin de son mandat. Âmes sensibles et néanmoins macroniennes, ou sarkozistes, abstenez-vous de lire ce 500e billet.

…car personne de normalement censé ne pourrait croire qu’il existe vraiment, qu’il a même été le chef de l’État français pendant cinq ans, ministre pendant dix.

Personne sauf peut-être monsieur CNEWS ou madame BFMTV pour ne citer qu’eux.

La vie publique de Nicolas Sarkozy s’est déroulée comme le scénario abouti d’un polar ambitieux et un peu fou qui condenserait tous les vices d’un homme politique de premier plan, français en l’occurrence. L'argent est le paradigme de sa vie professionnelle et personnelle. 

Ni Martin Scorsese, ni Sydney Lumet, ni David Cronenberg n’en voudrait pour faire un long métrage, « pas crédible », « trop gros », « caricatural », aux USA comme au Canada, on a le sens de la mesure…

Dans son genre, Sarkozy est un cumulard, il collectionne frénétiquement les embrouilles les plus tortueuses depuis son élection à la mairie de Neuilly-sur-Seine en avril 1983 jusqu’à son départ de l’Élysée en mai 2012.

De l’achat abracadabrantesque de son appartement de l’île de la Jatte - dont l’excellente Mathilde Mathieu parlait dans ces colonnes en avril 2012 - aux jardins du parc de l’hôtel Marigny où il reçoit Kadhafi, la liste de ses turpitudes est plus longue que le plus long des romans de Marcel Proust « A la recherche du temps perdu » labellisé comme tel par le Guiness Book des Records : Sarkozy est un champion, il aura sa page à la rubrique faits divers, à la première place, tout en haut de l’affiche.  

Un motif de fierté pour nous autres, Français, dont on vente le cartésianisme. Pauvre Descartes…

Trente ans de bons et loyaux services au service de lui-même, c'est-à-dire de son portefeuille, « larfeuille » en argot si on veut se faire comprendre de ses affidées niçoises peroxydées qui en oublieraient jusqu’à leurs ménopauses en lui demandant une dédicace, la lèvre tremblotante.

Sarkozy est à la politique (Française) ce que Bernard Madoff est à la finance (Américaine) : un petit grain de beauté qui dégénère en mélanome.

Pour éviter les métastases, la finance nord-américaine aidée par une justice qui sait où sont ses intérêts économiques - patriotisme libéral oblige - condamne Madoff à 150 ans de prison : il ne faudrait tout de même pas que la très noble communauté financière soit éclaboussée, puis discréditée, par ce « voyou juif new-yorkais » dixit certains tabloïds texans. 

Nous sommes en pleine crise des subprimes, le FBI arrête Madoff en 2008, il faut sauver les apparences. CQFD !

C’est comme cela que ça se passe aux USA, un pays adepte des solutions radicales, il faut couper le membre gangréné trop malodorant, mais nous sommes en France, le pays des lumières…hors de question, donc, de sauver les apparences, on a autre chose à foutre, les retraités, les chômeurs, les infirmiers, les GJ…les Français sont des veaux ; ou des moutons, la marge de manœuvre des politiques est encore très grande, ils en profitent, ils en abusent.

Pourquoi s’en priver ?

Ils sont confortés à le faire, la presse complaisante les y aide, ils (les journalistes) sont payés pour cela.

Sarkozy en vacances ; Sarkozy avec sa petite Giulia ; Sarkozy monté sur le troisième barreau d’une échelle de secours pour se faire photographier avec « Carlita », côte à côte ; Sarkozy qui dédicace son bouquin acte 1, acte 2, acte 3, acte 4, acte 5…pas une semaine sans que les médias nous balancent des cartes postales du bonhomme, du couple, de sa famille, à la plage, dans une librairie…le JDD dont le rédacteur en chef, Hervé Gattegno, est un ami de l’Ex, feuilletonne des billets hebdomadaires sensés le blanchir et l’absoudre avec des arguments d’une pauvreté affligeante, j’ai lu, c’est…pitoyable.

Il parait qu’il y a des gens qui lisent le JDD…leurs articles sonnent aussi creux qu’est creuse la tête de ses lecteurs, ils entrent en résonance.

Macron y met de son grain (mélanome ?) de sel, dès qu’il le peut, il invite Sarkozy à des agapes officielles, se fait photographier à ses côtés, main sur la cuisse, toutes dents blanches sorties, les amabilités fusent, Sarkozy, le retraité, assis à la droite de Jupiter, a même le droit de déjeuner avec des chefs d’État encore en exercice : ce que Macron aime par-dessus tout chez Sarkozy c’est le cadavre de la droite libérale qu’il incarne encore, peu lui importe que « Nicolas » ait une haleine de coyote, Manu fait de la politique. Française.

La presse unanime salue l’artiste, Macron remonte dans les sondages…en France on encourage les vicieux, surtout quand ils ont le pouvoir, le cynisme est une valeur sûre, une constante typiquement française.

« Lorsque l’un de nous deux mourra, je serai inconsolable » lui susurre-t-il à l’oreille : Sarkozy est preneur, il sait que le Parquet est à la botte du président de la République, nul ne peut prédire l’avenir, il pourrait en avoir besoin… « je t’adoube à droite, en échange tu me donnes un coup de main… », le deal est gros comme le coffre-fort de Guéant à la BNP. Le parquet ne fera pas appel, le cas échéant, certains juges seront plus prudents, ou plus conciliants que ceux qu’ils remplacent sur le dossier…

Nous parlons d’une affaire (libyenne) dans laquelle un président de la République est suspecté d’un crime d’État, d’entente avec une dictature qui a commandité un acte terroriste qui a tué près de 180 personnes !

Nous parlons d’une oligarchie qui a soustrait à la justice le principal responsable de cet attentat !

C’est de la haute trahison.

Quatre ans après l’avoir reçu en grande pompe, Sarkozy déclare la guerre à Kadhafi qui se fera descendre juste avant que les commandos français ne soient rapatriés…

Nous parlons de témoins morts, certains « accidentellement », noyés dans le beau Danube bleu, d’autres qui ont eu le tort de se trouver dans la ligne de mire de mystérieux snipers… le hasard ?

Nous parlons d’enrichissement personnel au sommet de l’État ; d’un secrétaire général de l’Élysée devenu ministre de l’Intérieur (déjà condamné) qui ose expliquer à la police et aux juges que son coffre-fort de 4 m² loué à la BNP contenait les discours de Sarkozy ! d’un homme qui ne sait pas comment justifier 500 000 € versés sur son compte…d’un homme qui n’a jamais utilisé son chéquier et sa carte bancaire pendant six ans…

À quoi correspond cette volonté médiatique d’entretenir une relation si étroite, tellement incongrue, passablement nauséabonde avec un personnage aussi sulfureux ?

Sarkozy est mis en examen dans bon nombre d’affaires, l’affaire libyenne est la plus grave, la concussion portée à son paroxysme : c’est une chose de bénéficier de la présomption d’innocence, c’en est une autre de voir une presse qui le juge a priori non coupable, en tout cas suffisamment propre sur lui pour l’inviter ici ou là, régulièrement, comme si aucun soupçon ne pouvait l’atteindre.

Un peu de décence, un peu de dignité, un peu de probité mesdames, messieurs les journalistes.

Zavez pas honte, bande de salopards ?

 

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