La France, un pays gouverné par d’authentiques déglingos, le monde entier nous envie

Ne nous attardons pas trop sur le "cas" Jean-François Placé, prenons le temps de regarder la réalité en face : la France est et reste un pays attractif qui regorge de trésors capables de surprendre les plus sceptiques. La capacité de résilience du personnel politique masculin fait partie de ces trésors nationaux.

« On n'est pas au Maghreb ici. Je vais te renvoyer en Afrique moi. Tu vas voir! »

Comme si son interlocuteur était dur d’oreille, l’ancien ministre ajoute, d’un ton menaçant et néanmoins prometteur, « tocard, tu sais pas à qui tu parles ».

Il s’adresse à un vigile dans une boîte de nuit, il est 2 heures du matin.

Lesté d’un taux d’alcoolémie de 2.32 g et probablement célibataire depuis trop longtemps, Jean-François Placé, ex-secrétaire d’État et ancien sénateur, apostrophe deux jeunes femmes en leur demandant de danser avec lui moyennant finances, « Dansez pour moi et je vous paie » leur lance-t-il, un homme qui a la réputation d’être toujours sur la retenue : après avoir refusé les avances  du poivrot-sénateur elles se sont fait traiter de « sales putes».

En toute logique.

Du Le Pen dans le texte. Du Trump dans le...aussi.

Les policiers de la BAC ont été obligés d’intervenir, ils se sont fait accueillir par un hommage républicain digne d’un ex-ministre, jugez-en par vous-même : « vous ne servez à rien ».

La franchise a du bon, c’est tellement rare en politique.

Une plainte pour « outrage à agent » a été déposée par le commissariat dans lequel Placé à dû terminer la nuit, en cellule de dégrisement.

Depuis, il est en garde à vue.

Écologiste et centriste, Jean-François Placé a été secrétaire d’État à la réforme de l’Etat et à la simplification du 11 février 2016 jusqu’au 10 mai 2017 sous le règne de François Hollande, dit François le Mou.

L’ancienne étoile montante d’EELV est parti avec les meubles et l’eau du bain, personne n’a plus entendu parler de lui, on se demande bien pourquoi.

Heureux d’avoir enfin de ses nouvelles, personnellement je m’inquiétais.

Un authentique déglingos habitué des soirées arrosées et des nuits qui se prolongent jusqu’au petit jour, une bouteille dans chaque main, les deux autres dans les poches du veston.

Un pote de DSK qu’il retrouve régulièrement dans les tribunes VIP du PSG.

Après Denis Baupin, Jean-François Placé…les écolos sont de bons vivants, toujours prêts à faire la fête.  Le respect qu’ils portent aux femmes est leur marque de fabrique, leur signature.

La gaité, l'insouciance, la joie de vivre.

Ne nous attardons pas sur le cas Jean-François Placé, n’oublions pas le ton familier, voire chaleureux, qu’employait Nicolas Sarkozy, l’homme au karcher d’or qui dégainait plus vite que son ombre, quand il s’adressait à un visiteur-électeur mécontent au parc des expositions de la porte de Versailles « casse-toi, alors, pauvre con ».

Un président de la République qui n’hésitait pas à inviter ses opposants pour les voir de plus près « Ben, descend un peu le dire ».

Il recherchait le contact par tous les moyens, c'est très émouvant quand on y pense, il y a quelque chose de pathétique dans cette démarche.

Chez Sarkozy, proximité rime avec familiarité, difficile de lui reprocher de prendre trop de distance avec ses compatriotes.

Le monde entier nous envie nos hommes politiques, leur liberté de ton, leur spontanéité, leur franchise, leur art de vivre.

Des hommes qui savent se tenir et qui ne manquent jamais de respect aux femmes.

Des hommes riches et bien habillés…

Un pays où un ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, est condamné pour injure raciale puis relaxé par la Cour de cassation considérant qu’il plaisantait à propos d’un musulman qui venait lui demander un selfie.  Une plaisanterie…

Un pays où les blagues racistes d’un ministre sont autorisées et validées par la plus haute juridiction…un rêve !

Ne nous arrêtons pas aux apparences, la France propose un mode de fonctionnement politique qui fait rêver la plupart des dictateurs.

Jacques Chirac condamné à deux ans de prison avec sursis ; Sarkozy mis en examen dans 3 procédures et poursuivi dans une dizaine d’affaires ; Fillon qui pille les caisses de l’État pour se payer un château ; Balkany, Tapie, Guéant…

Sans parler de DSK, porte-drapeau du romantisme « à la française » et candidat à la Présidence de la république dont la carrière s’arrête brutalement aux portes de la prison de Rikers Island, la queue entre les jambes, je veux dire penaud.

Robert Boulin se noie dans un verre d’eau ; François de Grossouvre se « suicide » à l’Élysée ;  Choukri Ghanem, témoin clef dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de Sarkozy se noie, lui aussi, dans le Danube, à Vienne, juste avant de témoigner…

Et Pierre Bérégovoy ? Et Patrice Pelat ?

De gauche, de droite, du centre ou écolos ces hommes politiques sont d’authentiques déglingos, on ne le dira jamais assez.

Des hommes, encore des hommes, toujours des hommes…

Je me méfie du pouvoir, de tous les pouvoirs ; je me méfie des hommes ; je me méfie encore plus des hommes de pouvoir, je n'y peux rien.

Il est grandement temps d’élire une femme.

C’est comme cela que je vois mon avenir d’homme.

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