Le sexe éco-friendly, un marché en pleine expansion à portée de main…

L’argument bio a tendance à se généraliser. Petit à petit il envahit tous les espaces de notre vie, c’est une excellente chose. C’est donc en toute logique que le sexe éco-friendly se glisse maintenant sous nos couettes, entre nos draps, il va bientôt envahir nos plumards. Il était temps ! Mais tout n'est pas rose, il y a une menace...âmes sensibles s'abstenir !

L’argument bio a tendance à se généraliser.

Petit à petit il envahit tous les espaces de notre vie, c’est une excellente chose.

Cette vague de fond a commencé timidement dans nos assiettes, l’agriculture est en pleine mutation et doit s’adapter à une demande de plus en plus pressante, c’est une question de survie pour les producteurs comme pour les consommateurs. Pour les distributeurs aussi qui doivent se rapprocher physiquement au plus près des producteurs, le circuit court complète utilement un dispositif vertueux qui a encore du mal à s'installer. Un exemple parmi d’autres.

N’hésitons pas, pour une fois, à emprunter à la rhétorique macronienne un slogan jusqu’ici totalement vide de sens : nous serons tous gagnants.

Le bio est au cœur du développement durable : respect de l’environnement, de la biodiversité et du bien-être animal, santé publique, la logique et le bien-fondé de la démarche ne sont pas contestables, nous sommes face à une authentique urgence, il faut y répondre, vite et bien. Vite !

Source d’emplois et créateur de valeur ajoutée, le marché du bio est une opportunité fantastique pour les États, pour les régions, pour les départements, pour les territoires, pour les villes, c'est-à-dire pour les politiciens de tout bord.

Et accessoirement pour les entreprises qui en font le commerce…

C’est donc en toute logique que le sexe éco-friendly se glisse maintenant sous nos couettes, entre nos draps, il va bientôt envahir nos plumards. Il était temps !

À ceux qui s’étonneraient du retard pris et qui ne comprendraient pas pourquoi le sexe écologique pointe le bout de son nez (?)  après l’agriculture bio, après l’énergie propre ou après le transport éolien, nous sommes tentés de répondre que ce n’est pas le fruit - terme choisi en toute connaissance de cause, comme on le verra - du hasard, c’est même une très vieille histoire, l’homme met toujours beaucoup de temps à comprendre qu’il est à l’origine du mal mâle, les femmes aussi, les femmes surtout ; et que Satan s’est glissé dans le slip d’Adam avec la complicité lubrique d’une Ève lascive et calculatrice.

N’oublions tout de même pas, mesdames, que c’est bien Ève qui s’est laissée tenter par le serpent, elle a croqué à pleines dents le fruit défendu puis elle a tendu un misérable petit trognon de pomme à ce pauvre Adam qui n’y a vu que du feu, le couillon.

Dans nos sociétés matriarcales, on a tendance à l’oublier, c’est bien la femme qui a fait de l’homme sa « chose », il a fallu plus de 2000 ans d’obscurantisme sexiste pour remettre le compteur à zéro, d’où le retard.

Cette mise en perspective historique permet donc de remettre le sexe au centre du débat écologique, une place qu’il n’aurait jamais dû perdre, la faute à qui vous savez, n’y revenons plus.

« Je refuse que mon vagin soit associé à l’huile de palme », s’exclame, outrée, Frankie dans la série « Grace et Frankie » actuellement diffusée sur Netflix. Cette femme de 70 ans dont les glandes de Bartholin se sont progressivement asséchées avec le temps, tente de commercialiser un lubrifiant naturel, elle est très à cheval sur ses valeurs. Sa position, bien qu’inconfortable, n’en reflète pas moins une puissante tendance de fond, le ton est donné.

Sur les traces de ce lubrifiant, ou dans la foulée, c’est comme on veut, une entreprise nord-américaine vient de lancer « le premier vibromasseur biodégradable au monde », on nous explique que le jouet s’est très vite épuisé...je fais une remarque préalable, une remarque de bon sens : il ne s’est tout de même pas épuisé tout seul, le vibro…quoi qu’il en soit ses effets sont identiques à ceux d’un vibromasseur classique, mais il respecte l’environnement, environnement pris au sens très large du terme, bien sûr. Il est fabriqué à partir d’un bioplastique en amidon, un produit que les Èves connaissent bien puisqu’elles l’utilisaient déjà pour repasser les chemises de leurs Adams soumis, l’astuce commerciale est là : il fallait rester en terrain connu, ne pas bouleverser brutalement l’écosystème féminin dont l’architecture générale, comme la surface, est égale à celle de leur buanderie. Le dépaysement est une source de résistance aux changements, expliquent les consultants avisés, c'est-à-dire anglo-saxons.

Les consultants d’origines latines, Français, Espagnols ou Italiens, ne sont pas pris au sérieux, d’ailleurs leurs honoraires sont de moitié inférieurs à ceux pratiqués par leurs homologues américains. Personne n’aurait l’idée saugrenue de faire appel à des consultants allemands, évidemment, la biodiversité, ce n’est pas vraiment leur turc truc. C’est en partie injuste, c’est vrai, car l’Allemagne est très en avance sur les questions environnementales.

La fondatrice de l’entreprise, Lauren Singer, étonnée par un tel succès, explique que « Les gens étaient dingues de ce produit. Les écologistes sont très excités en ce moment ».

Elle est lucide, Lauren ; elle a de l’humour en plus, cela ne gâche rien.

Quand on sait que ce petit jouet a été commercialisé en janvier dernier et que les stocks ont été « épuisés » (c'est à dire vidés, ndlr) en moins de 3 mois - en 69 jours pour être précis - on se dit que le marché du vibromasseur biodégradable est décidément un marché très juteux.

On connaissait déjà les préservatifs au goût de fraise pour les plus gourmands, à la banane pour les plus réalistes, ou au concombre pour les plus optimistes/audacieux/prétentieux, voilà qu’arrive maintenant le préservatif sans gluten, la société « Green Condom », une entreprise suisse, propose en effet un préservatif végan et sans gluten.

Ils cachent bien leur jeu, ces suisses ! pas que leur jeu…

Celles et ceux (que vient foutre Macron ?!) qui étaient allergiques au gluten vont enfin pouvoir s’en donner à cœur joie et se lancer, tête baissée, dans un corps à corps endiablé, comme dirait feu Christine Boutin, sans risquer la moindre rougeur, sans craindre un œdème de Quincke mal placé. Je dis « feu Christine Boutin » pour des raisons personnelles qui ne regardent que moi, j’ai trop honte pour en dire plus, sachez seulement que j’ai habité dans les Yvelines au siècle dernier…

Il faut prendre la question des préservatifs très au sérieux.

Lorsqu’ils sont fabriqués en latex, un plastique dérivé du pétrole, leur temps de dégradation se calcule en millions d’années, on en retrouve plein dans les océans…ils contiennent des phtalates, des perturbateurs endocriniens qui affaiblissent la fertilité humaine ; ils sont enduits aussi de bisphénol A, autre perturbateur endocrinien extrêmement dangereux pour la santé.

On pense à Benoît Hamon qui a fait de la lutte contre les perturbateurs endocriniens un argument fort de sa campagne électorale en 2017, espérons qu’il n’a pas gardé de séquelles…

La biosphère marine est attaquée par ces particules de plastiques que les tortues, par exemple, engloutissent par kilos. On en retrouve aussi dans nos sardines…

Mais attention ! chaque médaille a son revers, tout n’est pas aussi rose qu’on veut bien nous le faire croire dans l’univers du sexe naturel bio.

Messieurs, un danger nous menace, l’ombre gigantesque d’un phallus artificiel, énorme, mais bio, plane dangereusement au-dessus de nos têtes, la théorie du « grand remplacement », revue et corrigée par les adeptes du sexe éco-friendly, va bientôt nous reléguer dans l’armoire aux oubliettes, entre le fer à repasser et le sac de linges sales, j’en ai bien peur.

Je mets le doigt sur un épineux problème.

Après le vibromasseur biodégradable en amidon voici venu le temps du pénis en bois !

Oui, un pénis en bois, vous m’avez bien lu !

Hyperréaliste disent les mauvaises langues…les mauvaises langues trouvent toujours à redire, elles feraient mieux de la remuer sept fois dans leur bouche avant de sortir des inepties pareilles, je sais de quoi je parle.

Soyons lucides : un vibromasseur biodégradable n’a pas figure humaine, d’une part ; d’autre part, comme son nom l’indique, il est biodégradable, il s’use (vite) quand on s’en sert (beaucoup), cela peut aller très vite…il ne constitue donc pas une menace à moyen terme pour nous les hommes, les vrais, les poilus, reconnaissables à cette odeur caractéristique et à nos chemises si mal repassées ; notre espérance de vit vie dépasse largement celle d’un vulgaire vibro, même équipé de piles Bernard Tapie, des piles assez peu recommandables, d’ailleurs. Sauf sous Sarkozy, question d’époque ou de mœurs, tout est relatif.

Jusque-là, pas de problème, pas d’inquiétude à avoir, nous avions le temps de nous organiser.

En revanche, le pénis en bois, sculpté avec amour (par jalousie) et précision, sur mesure, par des artistes féminines insensibles et dénuées de tout romantisme risque de prendre la place de notre sacro-saint pénis.

Curieusement les femmes sont complètement passées à côté de notre romantisme…et nous à côté de leur cynisme.

La preuve : aucun homme digne de ce nom, marié ou régulièrement en couple avec une femme n’aurait l’idée stupide, et finalement contreproductive, de compléter son dispositif amoureux par l’acquisition d’une poupée gonflable ! Qui pour repasser nos pantalons ? Qui pour nous servir une assiette chaude et une bière pendant PSG-OM ? Qui pour aller faire les courses le samedi matin en plein hiver ?

Rien n'interdit d’être sentimental et pragmatique, ce n'est pas incompatible, que je sache.

Si nous sommes privés de notre pénis, nous ne pourrons pas survivre très longtemps, nous allons tous disparaître dans l'indifférence générale et dans d'atroces souffrances morales.

Cette version-là de l’écologie est un tête-à-queue mortel qui nous acculera au désespoir, l’antichambre de la mort, c’est une question de mois ou de semaines.

J’ai beau ne pas aimer me faire acculer, je ne vois pas comment échapper à ce tragique destin.

Elles lui colleront un collier autour de la tête, elles le décoreront, elles lui donneront un prénom, un surnom, elles l’affubleront sans doute d’un gentil sobriquet ; elles lui trouveront une place sur la cheminée, sur la table du salon ou sur la table de chevet, juste à côté de l’oreiller…à portée de main !

Nous allons décéder sous les coups de boutoir répétés de ces pénis en bois...en ébène, pourquoi pas, comme pour nous humilier encore un peu plus…

Il parait même que des tutoriels seraient déjà consultables sur le NET pour fabriquer un sex-toy avec des produits de base ou avec de vieux objets oubliés, remisés dans nos placards…dans la buanderie ?

Un sex-toy recyclé, fabriqué par les mains délicates, mais impitoyables de nos compagnes, il n’y a pas mieux comme circuit court, du fabricant au consommateur, directement, sans intermédiaire…c’est la fin du monde.

Heureusement que ma femme, Nathalie, n’est pas bricoleuse…

Comme disait le regretté Robert Sabatier « Adam et Ève furent punis d’être végétariens. Ils auraient dû manger le serpent ».

C’est sûr qu’il y a quelque chose qui a déconné.

Billet exceptionnellement signé aujourd’hui par Régis.

Car Régis est un con.

Mais il sait faire du trampoline, lui…

 

Pour faire la part des choses, remontez à la source, la bible du sexe éco-friendly, Le Monde :

https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2019/04/03/le-sexe-eco-friendly-se-glisse-dans-nos-lits_5445316_4832693.html

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