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Billet de blog 8 janv. 2019

L’arithmétique policière pour les nuls, vraiment très nuls.

Pour éviter de se laisser surprendre comme cela a été encore le cas samedi dernier, l'équipe gouvernementale dirigée par son Premier ministre de l'intérieur, Édouard Philippe, envisage de mobiliser pas moins de 1.6 policier par manifestant pour l'acte IX...L'absence de réponses politiques laisse place à une démonstration de force.

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Edouard Philippe affiche sa détermination à mater durement les rebelles jaunes, rouges, noirs ou sans étiquette, il ne sait pas par lesquels commencer.

Il « durcit le ton » nous expliquent les journalistes à longueur d’antenne, car il faut que cela se sache, sinon à quoi serviraient-ils, ces journalistes ? Une pensée particulière, ici, pour Jean-Michel Apathie qui ne connait plus de limites…il a de la ressource, le bougre…

« Nous serons impitoyables avec les séditieux, l’ordre républicain sera maintenu ». Il ajoute, sérieux, non sans humour, « nous devons protéger le droit de manifester ». Il a beaucoup réfléchi…c’est là que commence son problème.

Ah ! oui ! protéger le droit de manifester ! Avec des chars ! Des flash balls ! J’avais mal compris, pardon.

Les images de samedi dernier, l’acte VIII, tournent en rond dans sa tête, c’est devenu son obsession : mais comment faire pour endiguer ce mouvement de contestations tous azimuts ?

La réponse à cette question n’est pas politique, elle sera policière ou elle ne sera pas, foi de démocrate !

Mais il faut savoir s’y prendre, rien ne doit être laissé au hasard.

Il s’entoure des meilleurs cerveaux que compte la gendarmerie nationale, fait appel aux plus fins limiers de la police, mobilise les cadors du renseignement intérieur pour élaborer « une réponse adaptée » : une équipe de six personnes au total est rapidement constituée, le Premier ministre, Castaner et Laurent Nunez inclus. Face à l’urgence, Il faut faire vite, la république est en danger, il ne faut pas lésiner sur les moyens à six mois des élections européennes, le monde entier nous regarde.

Dès samedi soir, un consensus s’est spontanément dégagé au sein de l’équipe : « il faut faire simple », une équipe, comme on peut le constater, cohérente, mais surtout lucide.

Quand l’arithmétique vient au secours de la République - en plus des chars - et que le calcul mental (un terme inapproprié pour certains participants) est utilisé de façon intelligente (un terme inapproprié pour certains participants), la solution n’est plus très loin.

Le calcul est simple : 50 000 manifestants = 80 000 policiers ou gendarmes = 1.6 policier ou gendarme par manifestant.

Tel est la réponse tactique de tous ces petits génies pour maintenir l’ordre républicain samedi prochain, dans la perspective de l’acte IX.

Pour ceux et celles qui l’ignoreraient encore, l’arithmétique fait partie des mathématiques et étudie les propriétés élémentaires des nombres rationnels.

Les propriétés élémentaires des nombres rationnels…élémentaires, oui, mais tellement utiles ! bien maniées, cela peut faire des miracles. Et des étincelles…

Difficile de généraliser la méthode : imaginons, par exemple, qu’on mobilise 1.6 cerveau par député, homme ou femme, pour résoudre un problème politique majeur, que se passerait-il ?

Rien. 1.6 cerveau politique = 1 cerveau politique comme un autre, ils se ressemblent tous et ne s’additionnent pas, en revanche ils arrivent à multiplier les conneries à l’infini, surtout lorsqu’ils sont majoritaires à l’assemblée nationale, ce qui est extrêmement malsain en périodes de troubles sociaux et de crise, on le voit bien, Darmanin, Griveaux, Schiappa…des pyromanes handicapés du bulbe.

L’approche du Premier ministre est intéressante, mais elle a ses limites : pour 500 000 manifestants, il faudrait donc mettre en face près de 800 000 fonctionnaires de police…impossible à moins de reconvertir une partie des fonctionnaires des impôts en policiers, ce qui n’est pas complètement impensable connaissant Macron.

Il y a pire encore…un boxeur retraité et gazé (c’est important, il faut le motiver) d’une petite quarantaine d’années est capable à lui seul de « neutraliser » (terme technique) 2 policiers : on peut raisonnablement penser qu’il faudrait environ 3 policiers bien entrainés par boxeur pour maintenir l’ordre républicain.

La Fédération française de boxe compte près de 50 000 licenciés…

Sans parler des judokas, des karatékas, des taekwondoïstes et des rugbymen qui n’ont pas froid aux yeux, ils s’y connaissent, les rugbymen, en bourre-pif.

N’oublions pas, non plus, les danseurs et les danseuses, on n’en parle jamais et on a tort, un high kick bien placé peut faire très mal, ils, elles, sont très agiles. Et très rapides. Plein de grâce aussi.

Il faut condamner les violences, dans la plupart des cas elles sont inévitables, mais il faut les condamner ; d’où qu’elles viennent, faut-il le répéter ?

Arrêter aussi de réduire le mouvement des gilets jaunes à de la colère mal maîtrisée et à des bagnoles qui crament.

L’absence de réponses politiques ajoutée au ton martial employé pour discréditer, pour menacer, pour intimider, pour dissuader les gilets jaunes de manifester risque fort de provoquer une surenchère, la radicalisation des « invisibles » pourrait se généraliser. Action, réaction : une spirale, un cercle vicieux, un jeu dangereux.

Si, en l’espace de 3 heures, plus de 120 000 € ont été collectés via les réseaux sociaux pour venir en aide au boxeur incriminé, actuellement en garde à vue, c’est que quelque chose de très profond est en train de se passer, le mouvement reste populaire malgré les amalgames des uns et des autres, policiers, politiques et journalistes.

Peut-on être aussi con pour ne pas le comprendre ?

Arrêtez de vous offusquer, faites plutôt fonctionner vos neurones.

Plus le temps passe et plus nous nous rapprochons de l’explosion.

Il suffirait d’un rien…

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation », citation de Ibn Rochd de Cordoue, plus connu sous le nom d'Averroès, philosophe, théologien, juriste et médecin musulman andalou de langue arabe du XIIᵉ siècle.

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