La Ve République, entre cloaque politique et pétaudière financière, de VGE à Macron

Alors, tous pourris ? oui ou non ? Non, pas tous, quoique...quand y regarde de plus près, la réponse à la question devient de moins en moins évidente...

La VRépublique née en 1958 est, de très loin, championne toutes catégories du genre, et détient le record absolu du nombre de scandales politiques et financiers.

Elle n’est (malheureusement) pas encore morte, même si son agonie est perceptible pour ne pas dire criante…

La durée n’explique pas tout, s’il est vrai que la IVe n’a duré que 12 ans, de 1946 à 1958, la IIIe est la doyenne avec 70 ans de règne, entre 1870 et 1940 : on ne recense qu’une petite dizaine d’affaires.

Il faudra attendre encore 9 ans pour comparer, 2028, mais les chiffres sont déjà extrêmement prometteurs pour cette république imaginée par de Gaulle. Patience !

On dénombre 7 gros scandales politico-financiers sur la période 1970-1980.

Un journalisme d’investigation confidentiel, un mode de fonctionnement de la justice toujours aux ordres du pouvoir, une presse soumise au parti gaulliste, ou muselée, explique sans doute la relative faiblesse du chiffre.

20 scandales pour la décennie suivante, 1980-1990.

49 entre 1990 et 2000, une explosion, un record dans le record.

30 entre 2000 et 2010.

30 entre 2010 et 2016, reste 4 ans pour changer de dizaine, normalement le compteur devrait facilement dépasser le chiffre des 40…si tout va bien…

Au total ce sont près de 140 scandales sur 46 ans de vie politique française, soit une moyenne de 3 par an.

Nous avons pris l’option de faire démarrer ce décompte à partir de 1970 et non pas à partir de 1958, deux raisons à cela : les Trente Glorieuses - 1946-1976 – correspondent à un moment très particulier de la vie politique française, une époque de reconstruction nationale après une guerre qui avait ravagé le pays, l’économie et les âmes. Période atypique par excellence.

Au début des années70, les Trente Glorieuses ont petit à petit laissé place à une crise économique, sociale et financière - crise du pétrole de 1973 - qui marque la naissance du capitalisme financier, la naissance de la financiarisation hystérique de l’économie, ce que l’on appelle gentiment le libéralisme. On observera immédiatement que l’explosion quantitative et qualitative des scandales politico-financiers suit une courbe parfaitement parallèle à la naissance puis à la généralisation du libéralisme français, ce n’est évidemment pas un hasard : 69 énormes scandales, 50 % du total sur 20 ans, entre 1980 et 2000 !

L’exemple de l’argent facile et la consanguinité des élites – ENA, Sciences-Po, Polytechnique – dans la sphère publique, la haute administration et les grandes entreprises du secteur privé, c'est-à-dire le CAC 40, soyons clairs, avec des « ponts » entre les unes et les autres, ou des allers-retours, expliquent le phénomène.

Ministres, Premiers ministres, président de la République, Secrétaire général de l’Élysée, hauts fonctionnaires, magistrats, juges d’instruction, policiers, services de renseignements, c’est toute la hiérarchie politique et administrative qui est impliquée, à des degrés différents dans des affaires où il est toujours question de gros sous, de trafic d’influence, de subordination de témoins, de prévarication, de détournements de fonds publics, d’abus de pouvoir, de conflits d’intérêts…la liste des motifs des poursuites et/ou des condamnations mériterait un billet tout entier, je l’ai parcouru…j’ai renoncé à les citer, j’ai pensé aux lecteurs…

Des meurtres, des assassinats, des disparitions accidentelles et brutales de témoins, jalonnent les septennats d’hier et les quinquennats d’aujourd’hui. Sous VGE, sous Mitterrand, sous Chirac, sous Sarkozy, sans qu’on puisse affirmer, bien sûr, qu’ils sont directement impliqués.

La mort de Robert Boulin est l’exemple type d’un authentique et dramatique scandale politique ; celle de Pierre Bérégovoy est trop proche de moi pour que j’en dise plus, mais elle est pour le moins suspecte ; François de Grossouvre...les conditions dans lesquelles Kadhafi a été « éliminé » par un mystérieux commando qui manifestement n’appartenait ni aux forces libyennes ni aux forces anglaises laissent pensives…

Pas d’exception, les ministres régaliens – Intérieur, Justice, Armées – trempent eux aussi, eux surtout, jusqu’au cou dans des magouilles à tiroirs, Claude Guéant, par exemple, est déjà condamné à de la prison ferme et poursuivi par la justice dans d’autres affaires en lien avec Nicolas Sarkozy, encore lui. Difficile dans ces conditions de faire respecter la loi et de donner des leçons de morale aux jeunes des banlieues qui dealent du shit.

Dans un sens plus étendu repris par le Conseil d’État, il faut ajouter à cette liste de ministères régaliens la diplomatie et tout ce qui touche à la fiscalité et aux impôts, cela aggrave encore la situation, c’est tout le sommet de l’État qui est atteint dans ses fonctions les plus « nobles », celles sur lesquelles repose la démocratie.

Le consentement à l’impôt dont on parle aujourd’hui avec des trémolos dans la voix, a été torpillé par ceux qui, au sommet de l’État, étaient précisément chargés de le faire respecter en tant que vertu cardinale de la solidarité républicaine, ministre du budget, ministre ou député : Jérôme Cahuzac, Serge Dassault, Yamina Benguigui, Thierry Solère, les époux Balkany, les Le Pen, Thomas Thévenoud…en période de crise sociale comme celle que nous traversons en ce moment, l’exemple donné par ces délinquants fiscaux est redoutable, le sentiment d’injustice est d’autant plus fort, d’autant plus insupportable.

Gauche, droite, centre, la gangrène frappe sans préférence partisane, c’est un système corrompu.

Sur 8 présidents de la République, 4 ont été ou sont directement impliqués à un titre ou à un autre dans des affaires ; Nicolas Sarkozy, toujours lui, un cumulard, fait l’objet d’une petite dizaine d’enquêtes, mis en examen dans plusieurs affaires, son sort n’est pas encore fixé, il bénéficie de la présomption d’innocence.

Jacques Chirac, après avoir miraculeusement échappé à son destin juridique pendant plus de vingt ans, a été condamné à deux de prison. Avec sursis, car la justice a pensé qu’il fallait tenir compte des services qu’il avait rendus à la France…une clémence dont ne peuvent pas bénéficier les petits délinquants à qui la société ne rend aucun service, une clémence dont les Gj ne profiteront pas, eux non plus.

Alors ? Tous pourris ?

On entend, ici ou là, les hommes et les femmes politiques s’indigner, s’offusquer « il s’agit d’une minorité, la quasi-totalité du personnel politique est parfaitement respectable » affirment-ils sans rire.

Encore une fois, si on analyse ces chiffres avec attention on s’aperçoit que sur 8 présidents de la République 4 sont condamnés, poursuivis ou impliqués dans des affaires extrêmement graves, 50 %, un sur deux…

Ce n’est pas le nombre relatif de délinquants politiques qui compte, c’est leur niveau de responsabilité, c’est la nature des faits qui leur sont reprochés dans l’exercice de leurs fonctions, ou en plein mandat.

L’affaire Benalla fait l’objet d’un traitement médiatique qui fait penser aux années de plomb, quand Alain Peyrefitte, ministre de l’information entre 1962 et 1966, faisait le tour des rédactions pour autoriser, interdire, encourager ou censurer tel ou tel billet, article, intervention télévisée. Avec un droit de vie et de mort sur les journalistes.

On ne parle pas, ou très peu, de l’enquête du PNF qui s’interroge sur les liens qui unissent le conseiller du président de la République, responsable de sa sécurité, à un oligarque russe notoirement mafieux et ami du sulfureux Poutine : ce jeune homme aurait négocié des deals avec cet oligarque véreux pendant qu’il exerçait ses fonctions aux côtés du chef de l’État ! curieux mélange des genres, on y revient, on y revient toujours.

Jeudi soir la plupart des médias télévisés, entre 18 heures et 22 heures y ont fait allusion en se focalisant uniquement sur la démission de la cheffe de sécurité d’Édouard Philippe, deux petits mots, puis s’en vont ; suivent des discours et des analyses à n’en plus finir sur la supposée remontée de Macron dans les sondages…sur toutes les chaînes !

Un choix purement politique.

Ces journalistes s’étonnent ensuite d’être vilipendés et pris à parti par les manifestants dans la rue…pas moi.

Il faut changer de république, il faut changer la république ; imposer la transparence, se doter de moyens de contrôle, mettre en place un système de destitution qui permettra de révoquer jusqu’au sommet de l’État celui, ou celle qui faute.

Il n’y aura pas de démocratie sans des contrepouvoirs puissants.

Pas tous pourris, non, pas totalement, mais beaucoup quand même, beaucoup trop.

En attendant une nouvelle constitution vraiment républicaine, vraiment démocratique, qui limitera drastiquement les pouvoirs de tous ces monarques qui deviennent fous au lendemain de leur élection, je continuerai de voter blanc.

Il faut arrêter de nous prendre pour des cons.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.