Quand Emmanuel Macron appelle à la vigilance, il suggère la délation

Emmanuel Macron et Christophe Castaner ont démontré, hier, toute l’étendue de leur impuissance avec une arrogance et un cynisme qui laisse présager le pire en matière de paix civile et d’unité de la Nation. Le « vivre ensemble » est sur le point d’exploser, les terroristes n'en demandaient pas tant...

Emmanuel Macron et Christophe Castaner ont démontré, hier, toute l’étendue de leur impuissance avec une arrogance et un cynisme qui laisse présager le pire en matière de paix civile et d’unité de la Nation.

Le « vivre ensemble » est sur le point d’exploser, les terroristes n'en demandaient pas tant...

Devant des députés qui l’interrogeaient sur les nombreuses failles révélées par l’affaire Mickaël Harpon, le ministre de l’Intérieur n’a eu de cesse de se justifier a contrario et agressivement, en invoquant la soixantaine d’attentats évités par ses services de renseignement : il assume fièrement ce bilan en se l’appropriant, c’est un peu grâce à lui si le sang n’a pas plus coulé.

En revanche, concernant l’affaire de la DRPP il n’est pas en cause, la faute incombe à un major et à un commandant de police, des lampistes qui n’ont pas fait remonter l’information à temps.

Dans un cas il empoche les bénéfices, dans l’autre il refuse d’assumer le bilan tragique d’une désorganisation patente et récurrente de services dont il a la charge, avec des pertes très lourdes sur le plan humain et catastrophiques en termes de sécurité publique - on devrait plutôt parler d’insécurité – sans qu’on puisse encore mesurer l’étendue précise du désastre lié à la divulgation d’informations ultra-sensibles, noms d'agents, adresses, photos d'identité, codes d'accès...sans parler des fichés S bien informés maintenant !

Dans le même élan il apostrophe les députés de l’opposition, de gauche et de droite, qui ont l'outrecuidance de l’interroger sur sa communication, hâtive, précipitée, pour le moins maladroite, ce n'est pas la première fois : il se pose en victime  d’attaques « bassement  politiciennes », à chaque fois qu’il prend la parole il leur demande de lui proposer des « solutions » …car il n’en a pas !

Tragique impuissance.

De son côté, Emmanuel Macron dénonce haut et fort l’islamisme radical et appelle les Français à un devoir de vigilance sans qu’on sache exactement ce qu’il entend par là…il n’a pas cru utile de s’expliquer, le flou en la matière n’est pas seulement gravissime, c’est potentiellement criminel.

En transférant ainsi, implicitement, une partie de ses pouvoirs régaliens au peuple, en pointant « en même temps » une communauté religieuse dont il est difficile d’identifier les composantes et les frontières, il est bien placé pour le savoir...en faisant de cette communauté hétéroclite, voire éclatée, en tout cas divisée, une cible, et une seule, il ouvre la porte aux pires penchants de l’humanité : la délation, la dénonciation, le délit de sale gueule…

En ces jours de Yom Kippour, c'est à dire du Grand Pardon, oublions l’Histoire et les millions de lettres anonymes (évidemment) qui dénonçaient les juifs dès 1941-1942, l’amnésie est permise, elle est donc souhaitée, c'est tellement humain ! l’historiographie française sur le sujet est, en effet, remarquablement discrète, hormis le livre d’André Halimi « Délation sous l’Occupation » publié en 1983.

Il s’agit de toi, de moi, de nous.

Si tu ne dénonces pas ton voisin musulman, ou ce barbu qui déambule nonchalamment dans ta rue, tu seras un traître mon frère ; ou une complice, ma sœur ; si tu te trompes et que les services de police croulent sous le nombre de dénonciations tu seras la cause du dysfonctionnement des services de sécurité qui, en se dispersant, se distraient de leur mission. Mais, au moins, Castaner aura une excuse...cerise sur le gâteau, tu auras droit aussi à des poursuites pour dénonciations calomnieuses...sois discret, fais preuve de courage, reste A N O N Y M E !

Barbu, pas barbu, un peu barbu, en jean et baskets ou en djellaba et babouches ta cible est musulmane,  signaux faibles ou signaux forts, peu importe, le teint mate, la peau basanée, tu ne peux pas te tromper ; ne prends pas son regard fuyant pour de la peur, le musulman est sournois, il prépare un attentat, c’est une question de minutes, de jours ou de semaines, peut-être.

Penses à ta femme, à tes enfants, à ta mère, mets de côté tes bons sentiments, ton humanisme, tes scrupules qui t'honorent...

Et cette femme voilée ? N’hésite pas, n’hésite plus, agresse-la ! elle l’a bien cherché, après tout !

Le risque d’amalgame ne doit pas nuire aux réflexes républicains et néanmoins citoyens qu’Emmanuel Macron nous demande d’avoir dans la rue, dans nos bureaux, dans le train ou le métro, au restaurant, partout où vivent ces salauds de musulmans.

C’est exactement ce qu’espéraient les terroristes : rallier à leur cause cette immense majorité de musulmans parfaitement bien intégrés qui ne demandent rien à personne si ce n’est qu’on leur foute la paix.

Ce que la DRPP, ce que la DGSI, ce que les politiques ne savent pas faire, faisons-le tous ensemble, mes frères, mes sœurs  : sus à l’ennemi, sus aux Sarrazins !

Il n’y a pas de différence entre « dénonciation civique » et délation, jeune homme, faites attention à ce que vous dites, les mots sont des actes : soit le terme de « vigilance » est totalement vidé de son sens, et on a le droit alors de s’interroger sur son utilisation, soit il est explicite et sous entend une action, et alors on a le devoir d'en dénoncer à l'avance les effets pervers qui ne manqueront pas de se multiplier un peu partout en France.

Je plains à l'avance les gérants de kebabs de Bézier, je les plains, mais je viendrais me joindre à eux pour les défendre.

La vigilance qu’appelle de ses vœux Macron est la première étape d’une longue marche qui nous conduit tout droit au chaos civil.

Ceux qui « marchent » vont bientôt se mettre à courir…

« Les hommes n’imaginent pas qu’on puisse leur infliger les malheurs qu’ils trouvent tout naturel d’infliger à autrui. Mais quand cela se produit en fait, à leur propre horreur, ils trouvent cela naturel ; ils ne trouvent au fond de leur cœur aucune ressource pour l’indignation et la résistance contre un traitement que leur cœur n’a jamais répugné à infliger. C’est ainsi que beaucoup de Français, ayant trouvé tout naturel de parler de collaboration aux indigènes opprimés des colonies françaises, ont continué à prononcer ce mot sans aucune peine en parlant à leurs maîtres allemands. »

Simone Weil – L’enracinement.

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