Tu me cherches…tu vas me trouver !

Mais qu'avons-nous fait au bon Dieu pour mériter un tel gamin ?

Il est parfois difficile de trouver la bonne formule lorsque nous sommes confrontés à des enfants très turbulents qui alignent bêtise sur bêtise, nos nerfs, mis à l’épreuve, finissent par lâcher, c’est humain.

Le phénomène d’accumulation (associé à un besoin insatiable de provocations en tout genre) finit souvent par avoir raison de la patience de parents normalement constitués. Et bien intentionnés.

Arrive un moment où on ne sait plus comment faire pour arrêter ces sales gamins, ça vire au cauchemar…

Que faire ? Comment s’y prendre pour éviter qu’ils ne tombent dans la spirale infernale de la délinquance ?

Oui, il y a un moment ou on est obligé de penser à la délinquance…qui n'y a jamais pensé pour sa progéniture ?

Pardon de prendre exemple sur notre cas personnel, mais notre dernier bambin est né le 7 mai 2017, il a donc deux ans et demi, un constat s’impose : il est franchement insupportable.

Il y a bêtise et bêtise, nous savons faire la part des choses, bien sûr, mais en ce qui le concerne cela peut aller loin, très loin, beaucoup trop loin…

Dimanche dernier nous avions invité ses grands-parents maternels, les parents de Nathalie, ma femme, pour le déjeuner.

Deux paisibles retraités, rien à dire de spécial sur eux, gentils, prévenants, mon beau-père, Jean, était directeur technique de la SNCF pour tout l’ouest-africain dans les années 60, il avait serré la main de de Gaulle pendant la fameuse « tournée des popotes » en Algérie, nous en parlons souvent ensemble.

À l'époque il était gaulliste, il l'est resté (le gaullisme est une religion), je suis plutôt de sensibilité mendésiste, ou je l'étais...des différences, mais une certaine complicité entre nous ; Colette était mère au foyer, quatre enfants à élever dont Nathalie, la petite dernière, la plus mignonne.

Nous avons pris l’apéro vers 12h30 et nous sommes mis à table une petite heure plus tard.

À peine avons-nous eu le temps de terminer l’entrée que Jean a été pris de convulsions épouvantables, à force de hoqueter il a fait une fausse route…je me suis précipité derrière lui pour lui comprimer la cage thoracique, sous le diaphragme, en remontant, pour le faire cracher, tousser…c’est au moment où il a commencé à retrouver une respiration à peu près normale que ma belle-mère, Colette, est tombée dans le coma, un coma très profond…la tête dans le petit salé aux lentilles.

C'est particulièrement impressionnant la tête d'une femme dans le coma recouverte de lentilles, un moment je me suis demandé si c'est parce que c'était ma belle-mère que j'étais effrayè, je n'ai pas la réponse.

Aux urgences ont nous a expliqué que Colette avait été empoisonnée par de la mort-aux-rats et que les convulsions de Jean étaient probablement dues au même poison, mais pas avec le même dosage, c’est ce qui explique ses convulsions…

Colette s’en est tirée d’extrême justesse.

Nous avons retrouvé la boite de mort-aux-rats dans la chambre du petit, au beau milieu de ses joujoux ; et d’un CD de Céline Dion ! Céline Dion…je voudrais quand même savoir qui a eu l’idée saugrenue de lui offrir un CD de Céline Dion ? Dans une maison ou on écoute du Neil Young et du Dick Annegarn, entre autres ?

Et pourquoi pas du Hélène Ségara pendant qu'on y est ?

Ça n'a l'air de rien, mais on découvrira un jour que, passé un certain niveau de décibels, les hurlements de brebis autolâtres détruisent les neurones aussi sûrement que les perturbateurs endocriniens fabriquent des cancers.

C'est comme cela qu'on devient con et méchant. Le pauvre petit !

Nous parlions de délinquance, nous y sommes : il y a ceux qui offrent du Céline Dion et du Hélène Ségara, et il y a ceux qui les écoutent...le bourreau et ses victimes...d'authentiques délinquants d'apparence très quelconque...c'est affreux !

C’est peut-être le fond du problème, c'est culturel. Oui, c'est ça, c'est culturel.

De la mort-aux-rats pour deux paisibles retraités qui n’ont rien demandé à personne ! de la mort-aux-rats pour retraités !!

Un choc !

Cette tragique découverte nous a obligés à réinterpréter différents évènements qui se sont déroulés sous notre toit, depuis la naissance du petit :

Marion, ma nièce, jeune étudiante, qui nous expliquait, très gênée, qu’après être venue chez nous en week-end elle avait constaté qu’il lui manquait 5 euros dans son portefeuille, 5 euros ce n’est pas grand-chose, mais pour une jeune étudiante cela représente quand même deux repas…

Inutile, je crois, de vous expliquer où se trouvait le billet de 5 euros…caché sous le képi d’une marionnette, un gendarme désarticulé en coton offert par une des sœurs de Nathalie (une teigne, c'est elle pour les CD, j'en suis certain !) veuve d’un fonctionnaire de police, gardien de la paix de son état, prématurément mort d’alcoolisme et très dépressif, un gentil garçon demeuré au demeurant.

Que dire d’Yvonne, notre voisine, chômeuse, adorable et serviable, qui s’occupe de temps en temps du gamin quand nous faisons notre balade en VTT en fin de journée : il y a un mois à peine il a essayé de l’assommer avec un gros bouquin posé sur la table de son salon, la biographie de Bill Gates reliée en cuir pleine fleur. Avec un CD de Céline Dion, juste à côté, il n'y a pas de hasard, le sort s'acharne.

Du lourd !

Depuis, Yvonne nous tourne le dos quand elle nous aperçoit, elle nous fuit, on comprend mieux pourquoi…

Le plus terrible dans cette histoire c’est que plus on lui explique qu’il y a des choses qu’il ne doit pas faire et plus il devient dangereux, il est particulièrement inventif…il reproduit instinctivement et mécaniquement tous les gestes qu’on lui reproche. En plus violents.

Il se radicalise.

C’est un cercle vicieux.

Attention il n’est pas bête : hier soir, après son bain, Nathalie l’avait installé dans notre chambre, devant la télévision branchée sur Disney Chanel ; en l'aidant à enfiler son pyjama et son peignoir il a posé une question à sa mère : « dis-moi, maman, comment peut-on hiérarchiser des signaux faibles et à partir de combien de signaux faibles il faut appeler les gendarmes pour les musulmans ? ».

Il avait zappé Disney Chanel en se branchant sur CNews…avec Pascal Praud…ah, le sale gamin !

Il y a quelque chose de pornographique chez Pascal Praud, on devrait l'interdire au moins de 18 ans. Passons.

Qu’avons-nous fait pour mériter un enfant comme lui ?

Faut-il le déshériter ?

Le renier ??

Le vendre ???

Le supplicier, l’euthanasier ???? Non, quand même pas ! pas ça ! Non !

Tout cela finira mal, c’est moi qui vous le dis.

Je ne serais pas plus étonné que cela qu’il finisse trader chez Lehman Brothers.

Ou politicien.

Ou, comble de l’horreur pour nous, les deux en même temps, banquier et politicien…

Grâce aux excellents conseils d’un de mes amis, ici, je suis en train de lire Maîtres anciens de Thomas Bernhard, il explique « L’enfance est le trou noir où l’on a été précipité par ses parents et d’où l’on doit sortir sans aucune aide. Mais la plupart des gens n’arrivent pas à sortir de ce trou qu’est l’enfance, toute leur vie est dans ce trou et n’en sortent pas et sont amers ».

Ben oui, c’est cela, démerde-toi tout seul, il a raison Thomas.

Merci à toi, Denys, c’est cru, mais c’est tellement vrai ; curieuse coïncidence, d’ailleurs…

En attendant, Nathalie et moi avons décidé de faire grève.

À notre place, en tant que vieux parents, en tant que jeunes retraités, vous feriez quoi, vous ?

Ben oui ! évidemment !

Tous en grève !

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