Procès de Bernard Tapie sans les politiques : une honte typiquement française

Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde et Claude Guéant sont les grands absents au procès de l'arbitrage supposé frauduleux fait au profit de Bernard Tapie qui a commencé aujourd'hui. Et ça vous étonne ?

Bernard Tapie et cinq autres personnes sont poursuivis en correctionnelle pour « détournement de fonds publics » et « escroquerie ».

En tant qu’auteurs de ces délits ou en tant que complices.

Ils risquent dix ans de prison et des amendes pouvant s’élever à un million d’euros.

Que reproche-t-on à Tapie ?

D’avoir bénéficié d’un arbitrage frauduleux, ou d’un simulacre d’arbitrage, lui ayant permis d’empocher un chèque de l’État français, nos impôts, d’un montant de 404 millions d’euros, dont 45 millions pour « préjudice moral ».

« Tout tend à démontrer que Bernard Tapie, Maurice Lantourne et Pierre Estoup ont conçu et exécuté ensemble une opération frauduleuse » expliquent les deux juges chargés d’instruire le dossier, Serge Tournaire et Claire Thépaut.

Ils accusent Tapie d'avoir « mobilisé ses soutiens politiques de manière à obtenir, par des pressions et des incitations auprès des personnes en charge dans l'appareil d'État et les structures de défaisance, l'abandon de l'instance judiciaire, dont l'issue était pour lui particulièrement compromise, au profit d'une procédure arbitrale exclusivement conçue à son avantage ».

Les juges d'instruction considèrent que les trois autres prévenus - Stéphane Richard, Jean-François Rocchi, Bernard Scemama – « ont agi de manière soutenue et concertée, obéissant à des consignes politiques explicites ou implicites, uniquement motivées par la relation personnelle entre le président de la République nouvellement élu (Nicolas Sarkozy) et l'ex-homme d'affaires.

Trois personnalités politiques de premier plan sont directement ou indirectement associées à ce montage frauduleux, elles sont nommées, elles sont clairement désignées, mais elles sont absentes...

Dans l’ordre hiérarchique descendant, Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances et Claude Guéant alors Secrétaire général de d’Élysées.

Sarkozy est protégé par l’immunité présidentielle, le président de la République jouit d’une irresponsabilité totale pour tous ses actes commis pendant l’exercice de son mandat, le roi ne peut faire le mal.

Christine Lagarde sera déclarée « coupable de négligence » mais ne sera pas poursuivi, elle est dispensée de peine par la Cour de justice de la République, seule habilitée à juger les ministres pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions.

La Constitution permet au président de commettre des délits, elle protège aussi ses « serviteurs » zélés, circulez, rien à voir !

Claude Guéant échappe à la justice, car les charges contre lui ne sont pas suffisamment consistantes, ou probantes, d’après les juges.

On sait qu’au soir de l’élection de Sarkozy, Tapie a exprimé publiquement sa joie en affirmant devant plusieurs témoins qu’il allait enfin obtenir gain de cause dans l’affaire qui l’opposait au Crédit Lyonnais.

Ce qui fut dit fut fait.

La fraude est préméditée, le montage remonte au jour où Tapie a déclaré soutenir son « ami Sarkozy » pendant la campagne pour les présidentielles de 2007, un ancien ministre de Mitterrand…avant une autre « prise », Kouchner.

Il fallait à tout prix (???) que Tapie évite la procédure judiciaire habituelle qui risquait de lui être défavorable, tous les experts qui se sont penchés sur le dossier l’ont affirmé et/ou écrit.

Christine Lagarde seule n’aurait pas pris l’initiative de protéger une personne qu’elle déteste au plus haut point, elle a obéi aux ordres du chef. Elle rejette la faute sur Tapie qui lui aurait caché la vérité…cela lui permet d’éviter de citer qui vous savez.

Guéant est un toutou, il sera rattrapé par la patrouille pour d’autres dossiers tout aussi fumants.

Reste Sarkozy, le Patron, le Parrain, celui qui donne les ordres.  

Cette tambouille si typiquement française contribue à discréditer la classe politique tout entière, pas tous pourris, non, peut-être pas, mais quand le Chef de l’État, son ministre de l’économie et des finances et le Secrétaire général de l’Élysée sont directement impliqués sans qu’on puisse exiger qu’ils rendent des comptes, il y a de quoi se poser la question.

Et que l’on ne vienne pas nous parler des violences des samedis après-midi quand on assiste à celles-là, à longueur de temps, depuis 1958 au moins…142 « affaires » entre 1973 et 2016, un record pour la Ve République.

Ma contribution au grand débat :

  1. Suppression immédiate des articles 67 et 68 de la Constitution qui traite de l’irresponsabilité pénale du chef de l’État.
  2. Suppression immédiate de la Cour de Justice de la République au profit d’une juridiction civile ou pénale classique.
  3. Création immédiate d’un ministère de la justice vraiment indépendant, le Parquet sera désigné par une commission d’experts.
  4. Référendum pour une sixième République qui devra voir le jour dès 2022.
  5. Reconnaissance du vote blanc.

Je dois avouer mon étonnement, il semblerait que Macron connaisse déjà les résultats du grand débat avant même qu'il ne soit terminé...il est vraiment fort, non seulement il a réponse à tout, mais en plus il est devin...

Puisqu'on vous dit que rien n'est pipé.

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