Le crépuscule des bouffons

Quatre semaines d’obstination et de messages mille fois ânonnés par la majorité macronienne « nous maintiendrons le cap » contre vents et marées. Un psittacisme généralisé. Pas un seul mot ni aucune allusion, hier soir, à l’écologie. Plus rien. En l’espace de quatre semaines, l’écologie a totalement disparu de la sémantique gouvernementale, disparu sans laisser de trace...

Souvenons-nous, c'était hier : la taxe sur les carburants était rendue absolument nécessaire, vitale, face à l’urgence climatique ; la surenchère  politique gouvernementale n’hésitant plus à envisager « la fin du monde » pour mieux motiver les plus sceptiques et les plus pauvres d’entre nous. Ou les plus naïfs.

Je taxe ou tu meurs.

Quatre semaines d’obstination et de messages mille fois ânonnés par les ministres, par le président, par le Premier ministre relayés par tous les députés LaREM atteints de psittacisme, « nous maintiendrons le cap » contre vents et marées.

Pas un seul mot ni aucune allusion, hier soir, à l’écologie. Plus rien.

En l’espace de quatre semaines, l’écologie a totalement disparu de la sémantique gouvernementale, disparu sans laisser de trace.

Et sans avis de recherche, car on s’en fout de l’écologie, en fait.

Dans la fosse aux oubliettes !

Inimaginable pirouette ! insupportable manipulation !

L’équipe de clowns qui nous gouverne est passée de l’entêtement à l’amnésie avec bon nombre de contradictions et de retournements au beau milieu des manifestations, ajoutant le doute à la colère.

Emmanuel Macron vient de prouver que l’argument écologique était un habillage, un leurre, un prétexte et un piège destiné à faire avaler la pilule d’un impôt parfaitement indigeste à 9 millions de Français « pauvres et/ou extrêmement pauvres » selon des statistiques officielles toujours optimistes quand il s’agit de regarder la réalité en face, « cacher ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées ».

Des âmes blessées, humiliées, trompées.

L’argument ne tenait pas debout, depuis hier nous savons tous et toutes qu’Emmanuel Macron ne croyait pas un traître mot de ce qu’il affirmait il y a encore 10 jours.

Aucun doute possible quant à sa duplicité.

Gouverner c’est mentir, la preuve est donnée à ceux qui en doutaient encore, il y en aurait.

Comment peut-il encore gouverner et envisager  d’autres réformes dans ce contexte de mépris et de cynisme qui atteint, cette fois, un sommet jamais franchi par ses prédécesseurs ? Comment ?

Macron vient de tuer deux fois l’écologie : une fois en l’opposant au pouvoir d’achat de 10 millions de Français ; une seconde fois, hier, en l’oubliant purement et simplement.

Ce n’est pas le SMIC qui augmente, mais le salaire de ceux qui touchent le SMIC, la nuance est d’importance. C’est la prime d’activité qui augmente de 65 €, pas le SMIC, prime qui, ajoutée à l’augmentation automatique de 1.8 % en début d’année fait bien 100 €, la manœuvre est grossière et habille à la fois. Macron spécule sur les gogos gobeurs.

Sous conditions de ressources !

Sur les 8 millions de retraités, la moitié environ serait finalement exonérée de l’augmentation de la CSG qui passait de 7.5% à 9.2%.

Les « riches » retraités, ceux dont le revenu est égal ou supérieur à 2000 €, la moitié des retraités, seront impactés par cette hausse, car, en Macronie, un retraité qui gagne 2000 € est un riche qui s’ignore…

En résumé un petit cadeau pour ceux qui ne généraient pas beaucoup de rentrées fiscales pour l’État contre une franche ponction pour ceux qui sont au-dessus de la barre, c'est-à-dire ceux sur qui le 1.7% d’augmentation va rapporter le plus à Darmanin. Habille, mais grossière manœuvre.

Sous conditions de ressources !

Un couple de retraités qui cumule un revenu brut mensuel de 2001 € n’aura que ses beaux yeux pour pleurer. Sans parler de la désindexation.

La prime de 1000 €, quant à elle, sera payée uniquement par les entreprises qui génèrent un résultat net (après impôts) confortable, une disposition laissée à la libre interprétation de ses dirigeants : quoi de plus injuste pour ceux et celles qui en seront privés ?

Après l’écologie, la discorde et l’injustice entre Français !

Le CICE imaginé par Hollande sous le gouvernement Ayrault en 2013 coûte 20 milliards d’euros à l’État chaque année pour un résultat nul ou insignifiant, les entreprises raffolent de ces cadeaux…Macron avait l’occasion de reporter sur deux exercices ce cadeau annuel payé par nos impôts…avec 10 milliards il pouvait faire beaucoup plus.

La semaine dernière, le Sénat a entériné la fin de l’exit taxe qui concernait les revenus et les plus-values pour ceux qui préfèrent s’exiler dans un paradis fiscal. S’ils liquidaient leurs actions avant l'échéance de 15 ans ils devaient s’acquitter de 30 % d’impôt.  Le délai est passé à 2 ou 5 ans, sans impôts après. Si j’appartenais à cette catégorie de bienheureux, et à condition d’être indifférent au sort des autres, j’en profiterais immédiatement pour partir, nous sommes en face d’une incitation à l’évitement fiscal contrairement à ce que l’on tente de nous faire croire.

Macron a fait un choix, est-il utile de le répéter ?

Il portera seul la responsabilité d'un désastre annoncé.

«  Que peut-on faire quand le système est de mèche avec les salauds ? ».

 

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