L’abeille et le libraire

Le confinement aura été le mot le plus utilisé dans le monde au cours de l’année 2020. Un peu comme si « prison » était à la mode. Le libraire est en taule, ses livres aussi...

Le confinement aura été le mot le plus utilisé dans le monde au cours de l’année 2020.

Un peu comme si « prison » était à la mode.

Le libraire est en taule, ses livres aussi...

En attendant un hypothétique vaccin, le confinement tue les librairies les unes derrière les autres aussi surement que les pesticides, la monoculture, les pratiques agricoles intensives et le bouleversement climatique tuent massivement les insectes pollinisateurs, abeilles, bourdons, guêpes…

Le taux d’extinction des abeilles est « de 100 à 1000 fois plus élevé que la normale » d’après l’ONU.

L’utilisation systématique des néonicotinoïdes à partir des années 1990 a eu pour conséquence la disparition des trois quarts des insectes volants en Europe de l'Ouest.

Même constat aux USA où on estime que la production agricole américaine est 48 fois plus toxique qu’elle ne l’était il y a 25 ans pour les abeilles.

Autre agent particulièrement toxique pour ces insectes pollinisateurs, le glyphosate, bien sûr, dont le gouvernement français ne semble pas pouvoir se passer…

Les abeilles, mais aussi les papillons, les oiseaux, à terme c’est toute notre alimentation qui risque d’être impactée par cette tragédie écologique, le rendement des cultures destinées à notre alimentation diminuerait de près de 75 % !

Quel rapport entre l’abeille et le libraire ?

En fait, il n’y a aucune différence !

Ils se ressemblent étrangement, ils remplissent la même mission et jouent le même rôle social, avec des instruments différents.

Des jumeaux monozygotes.

La librairie est une ruche qui permet une pollinisation des esprits, la fécondation des idées, la créativité, l’imagination sans lesquelles nous serions condamnés à vivre comme des pierres, indifférents aux vents. Indifférents aux autres.

Sans mémoire, sans perspective, sans espoir. Et sans nuance.

Le confinement est un pesticide comme un autre qui élimine les librairies aussi bêtement, aussi radicalement que les néonicotinoïdes le font avec les abeilles : un massacre organisé.

Amazon, Auchan, Carrefour, Leclerc survivront, mieux, ils s’enrichiront encore un peu plus grâce à cet engrais toxique qu’on appelle confinement, ils seraient donc « essentiels » ?

C’est un choix politique au service d’une ambition économique et industrieuse, rien d’autre.

Misérable politique, funeste pouvoir, incommensurable connerie !

« Le plus beau dans l’art, ce n’est ni de faire rire, ni de faire pleurer, ni de nous mettre en rut ou en fureur, mais d’agir à la façon de la nature, c’est-à-dire de faire rêver. »

Comment ne pas être d’accord avec Flaubert ?

Pour que vive le rêve, libérons les libraires !

 

Vive les abeilles !

Vive les livres !

Vive la liberté !

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