La recette miracle de la Macronerie : le pivot !

Encore un petit effort pour faire partie du peloton de tête des nations performantes, oh pas grand-chose, juste un tout petit effort. À tout seigneur tout honneur, commençons par le droit de grève...

Encore un petit effort pour faire partie du peloton de tête des nations performantes, oh pas grand-chose, juste un tout petit effort.

À tout seigneur tout honneur, commençons par le droit de grève.

Archaïque, injuste, pénalisant pour les Français qui « en veulent », ils sont majoritaires, largement majoritaires.

Puisqu’ils en veulent, on va leur en donner !

Il faut réformer en douceur le droit de grève en instaurant un service minimum dans toute la fonction publique, dans toutes les administrations, EPIC, EPA, SNCF, RATP, hôpitaux, Éducation nationale, impôts…soyons précis : partout ! Il n’y aura pas de jaloux.

Universel, difficile d’être plus clair.

99 % du service (seuil pivot, NDLR) sera assuré entre 6 heures et 10 heures du matin et entre 16 heures et 20 heures l’après-midi et le soir. Y compris les dimanches, les jours fériés, la veille des jours fériés et le lendemain des jours fériés, l’idée étant d’assurer l’aller et le retour des Français qui bougent, c’est malin en plus d’être populaire. Et très efficace.

C’est une mesure de bon sens qui a l’immense mérite de respecter le droit de grève prévu par la Constitution. Nous sommes constitutionnalistes, faut-il le répéter ?

Nous sommes « pour » le droit de grève, mais avec ce que nous appelons dans notre jargon technique des « heures pivots ».

Venons-en maintenant à l’épineuse question du droit de manifester qui engendre des quiproquos, des malentendus, voire des tensions entre manifestants, forces de l’ordre et commerçants. Et entre Français, ce qui est le plus important.

Faisons simple.

Nous allons instaurer ce qu’en jargon technique nous appelons des « zones pivots », de quoi s’agit-il ?

L’idée générale de cette ambitieuse réforme est de privilégier le monde rural et les campagnes afin de désengorger les villes de plus de 999 habitants (seuil pivot, NDLR) qui sont régulièrement prises en otages par des manifestants obtus et souvent, disons-le, avinés.

Rendons à nos campagnes ce que les villes leur ont volé !

Il faut repeupler, même temporairement, les zones désertiques ou en voie de désertification, c’est une urgence. Quoi de mieux qu’une bonne grosse manif en ras campagne ?

Là encore nous respecterons le droit constitutionnel de manifester : c’est un droit constitutionnel que la constitution a prévu dans sa constitution constitutionnelle que nous voulons respecter scrupuleusement, consciencieusement.

Hors de question, donc, de s’écarter du droit, nous ne sommes pas, anticonstitutionnellement parlant, des sauvages.

L’autorisation de manifester sera systématiquement accordée pour toutes les manifestations qui se dérouleront dans les champs en jachère. Les chasseurs et les agriculteurs qui proposeront leurs champs se verront gratifier d’un avoir fiscal significatif. L’avoir fiscal sera doublé si le chasseur est « en même temps » agriculteur, ce qui peut arriver.

Un observateur attentif reconnaîtra avec nous que nous faisons d’une pierre deux coups, peut-être trois, voire quatre coups, qui sait, il est encore trop tôt pour le dire, mais nous sommes très optimistes.

Sur le plan syndical, autre sujet délicat, nous allons lancer une vaste « campagne » de sensibilisation en vue d’inciter les Français à se syndicaliser massivement, la France est trop en retard par rapport à ses voisins anglo-saxons, saoudiens, allemands, coréens (du sud et du nord !) russes et brésiliens.

Nous allons rendre obligatoire la cotisation syndicale pour tous les salariés du privé, pour tous les fonctionnaires et agents de l’État et pour tous les chômeurs, en introduisant ce que nous appelons dans notre jargon technique, le « syndicat pivot » dont l’ambition est d’être largement majoritaire.

L’idée nous est venue du don d’organe « vous êtes donneur sauf si vous ne voulez pas être donneur », le principe est le même « vous êtes pour sauf si vous ne voulez pas être pour », « pour » nos réformes, cela va sans dire, mais vu l’ambiance mieux vaut le préciser, nous voulons être le plus clair possible et jouer cartes sur table.

En deçà de 90 % (seuil pivot, NDLR) d’abstentions ou de votes « contre », la réforme sera dite acceptée par tacite acceptation, reconductible tacitement sur deux législatures consécutives à la suite.

Un slogan : qui ne dit mot con-sent.

Enfin, et pour en terminer, nous allons instaurer ce que nous appelons dans notre jargon technique un « droit pivot à l’information ».

La liberté de la presse est constitutionnellement garantie, mais chacun s’accordera avec nous pour déplorer la pernicieuse désinformation dont se rendent coupables les réseaux sociaux, l’exemple récent du sort réservé à Jean-Paul Delevoye est la preuve des méfaits de cette presse à scandales, car oui, nous introduisons un nouveau concept qui consiste à rapprocher, voire à confondre pour ne pas dire à assimiler réseaux sociaux et presse à scandales, et ce pour une raison simple, l’un ne va pas sans l’autre ! et réciproquement ! et inversement !

Dès qu’un média se rendra coupable d’une information potentiellement fausse, ou non prouvée scientifiquement, et d’une seule (seuil pivot, NDLR) il se verra retirer immédiatement toutes ses accréditations.

Le Canard, Médiapart et beaucoup d’autres seront déclassés, Plenel n’aura que sa moustache pour pleurer.

L’âge pivot pour les retraites, les heures pivots pour les grèves, les zones pivots pour les manifestations, les syndicats pivots, le droit pivot à l’information, tout est « pivot » en macronerie.

Le seul hic est qu’il n’y a pas d’âge pivot pour la connerie.

La preuve.

 

 

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