Levalloisiens, Levalloisiennes, je vous ai compris !

Les Levalloisiens ont remplacé la lucidité par quelque chose d’indescriptible, de sublime, un mélange d’amour et de fanatisme, d’égocentrisme et de connerie, une con-passion sélective, élitiste et néanmoins frénétique ; c’est un phénomène déjà observé à Nice, une ville où les vieilles dames continuent de vouer à la personne de Sarkozy un gros culte, un énorme culte, un culte gros comme ça !

On partage la peine que Nicolas Sarkozy éprouve pour son ami d’enfance, Patrick Balkany, injustement incarcéré par une justice de classe aux ordres du Syndicat de la Magistrature, un ramassis de salopards anarcho-gauchistes anti-cons…c’est dire s’ils sont nocifs et dangereux !

Une émotion d’autant plus sincère et désintéressée qu’il n’est pas personnellement concerné par l’acharnement de ces juges rouges, car il est l’innocence incarnée, Nicolas, il n’a absolument rien à se reprocher. Un peu comme Guéant.

On le comprend encore mieux (Sarkozy) si on a le bonheur d’habiter et de voter à Levallois-Perret, ce petit coin de paradis, cette charmante petite bourgade des Hauts-de-Seine qui se situe à moins de trois minutes d’hélicoptère de Paris, à moins de cinq minutes si on commet l'imprudence de sortir sa Ferrari du garage, un rêve !

Il fait bon y vivre : ses buildings, son arbre, ses hôtels particuliers, ses belles limousines, ses voitures de sport, sa piste cyclable, ses sièges sociaux, sa pelouse et sa piscine municipale ; et ce marché qui fleure bon le cabillaud « en direct de Granville » où il n’est pas rare de croiser « Patrick » ; où il n’était pas rare de le croiser…

Ici, les oiseaux toussent moins que dans le 9.3, petit à petit on les a remplacés par des pigeons, c’est plus cossu, plus docile et moins dangereux un pigeon sauf, bien sûr, quand ils ont l’idée saugrenue de déféquer sur la tête de Colette, chaude supportrice septuagénaire d’Isabelle dont elle se sent « si proche ». Mais cela n’arrive jamais, la mairie a tout prévu, tous les pigeons sont équipés de couche-culotte estampillée « PasKK ».


C’est aussi pour cela qu’on l’aime notre Patrick, un saint homme en vérité, et simple avec ça !

Neuilly que l’on peut apercevoir par marée basse les jours de beau temps, est tout à côté, juste là, à portée de mains manucurées et bagouzées, pour nous rappeler que les pauvres n’ont pas encore complètement phagocyté cette oasis de paix sociale, la résistance est en marche ; « Dieu merci » s’écrie les plus anciens qui supportent le clan Balkany depuis près de 35 ans maintenant ; c'est-à-dire depuis plusieurs condamnations des époux, en fait.

Ah, les braves gens !

Ils ont remplacé la lucidité par quelque chose d’indescriptible, de sublime, un mélange d’amour et de fanatisme, d’égocentrisme et de connerie, une con-passion sélective, élitiste et néanmoins frénétique ; c’est un phénomène déjà observé à Nice, une ville où les vieilles dames continuent de vouer à la personne de Sarkozy un gros culte, un énorme culte, un culte gros comme ça !

D’habitude, en France, les délinquants, les voyous et les malfrats n’ont pas bonne presse, surtout s’ils sont jeunes, d’origines maghrébines, blacks ou musulmans, mais pas là, pas à Levallois, non.

Faut-il redouter ici une invasion de dealers de chit en provenance de la banlieue, n’exagérons tout de même pas ! Nous sommes entre gens bien.

Il y a quelque chose de rassurant à Levallois, le cancer de la tête ne tue pas, c’est une bonne chose, mais que l’agonie politique est lente, leeente, mais leeeeente…

Qu’Isabelle Balkany, condamnée à trois ans d’emprisonnement, mais qui échappe au mandat de dépôt, puisse assurer l’intérim de son mari à la mairie n’a rien de très exceptionnel ni de très choquant dans un pays où les professionnels de la politique deviennent tous multimillionnaires après dix, quinze ou vingt ans de « services » ou de mandats, Fillon, Barre, Guéant, Léotard, Sarkozy, Chirac…elle a les clefs du coffre, elle peut encore être utile.

Saluons comme il se doit cette prouesse intellectuelle et morale qui pousse les Levalloisiens et les Levalloisiennes à soutenir massivement (d’après LCI, CNEWS et BFMTV) un tel grand homme, ces images de liesse populaire nous y encourage.

Dans ce but, et parce que nous ne voulons pas passer à côté d’un évènement historique d’une telle ampleur, voici le discours que nous avons prévu de proposer aux époux Balkany dès que son avocat l’aura fait sortir des geôles républicaines du quartier Montparnasse, dans le 14e arrondissement de Paris que Balkany ne connaissait pas.

Il faut se mettre dans l’ambiance et imaginer Patrick au micro, sur une estrade, avec Isabelle à sa droite et son fiston, Alexandre, à sa gauche qui devrait bientôt reprendre le flambeau de papa et maman, le business continue, il faut anticiper.

C’est Balkany qui parle, il sort tout juste de la Santé, chemise bleue sans cravate, pantalon de flanelle gris foncé, ceinture Hermès, Weston marron clair au pieds, le teint légèrement hâlé par le soleil grâce aux promenades quotidiennes dans la cour de la prison, la silhouette déjà affinée après une semaine de sevrage de caviar et de homards :

« Je vous ai compris !

Je sais ce qu'il s'est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte à Levallois, c'est celle de la rénovation et de la fraternité.

Je dis la rénovation à tous égards. Mais très justement vous avez voulu que celle-ci commence par le commencement, c'est-à-dire par nos institutions juridiques dont nous avons subi les aigreurs, les frustrations et la violence, et c'est pourquoi me voilà. Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d'hommes et de femmes qui, d'un bout à l'autre de ma longue carrière, quelles que soient leurs communautés, communient dans la même ardeur et se tiennent par la main pour me soutenir.

Isabelle et moi y sommes très sensibles.

Eh bien ! de tout cela, je prends acte au nom de la France levalloisienne et je déclare, qu'à partir d'aujourd'hui, la France levalloisienne considère que, sur tout le territoire municipal, il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants : il n'y a que des Levalloisiens à part entière, des Levalloisiennes à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, à quelques nuances près, que moi et Isa.

Cela signifie qu'il faut ouvrir des voies qui, jusqu'à présent, étaient fermées devant beaucoup.

Cela signifie qu'il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les avaient pas, Il y en a encore ici maton dit (un peu d’humour ne fait pas de mal, que diable ! Patrick y sera sensible, je crois…enfin j’espère, ndlr).

Cela signifie qu'il faut reconnaître la dignité de ceux à qui on la contestait, je sais de quoi je parle, Isabelle aussi, la pauvre et je ne parle pas de nos enfants…

Cela veut dire qu'il faut assurer une patrie au sens municipal du terme à ceux qui pouvaient douter d'en avoir une.

Le peuple levalloisien tout entier uni, cohérent, ardent, discipliné, sous les ordres de ses chefs, Isabelle et moi, Isabelle ou moi, bien sûr, en tant de circonstances outragé et humilié et qui n'en a pas moins accompli ici une œuvre magnifique de compréhension et de pacification, oui, le peuple levalloisien a été sur cette terre municipale le ferment, le témoin, et il est et reste le garant d’un gigantesque mouvement populaire qui s'y est développé.

Vous avez su endiguer le torrent de boue dont j’ai été la cible pour en capter l'énergie, je vous rends hommage. Je vous exprime ma confiance. Je compte sur vous pour aujourd'hui et pour demain., je compte sur vous pour les 15 et 22 mars 2020, mes cocos.

Levalloisiens à part entière, dans un seul et même collège ! Nous allons le montrer, pas plus tard que dans six mois, aux municipales, je le répète, dans l'occasion solennelle où tous les Levalloisiens auront à décider de leur propre destin ; et du mien, accessoirement et très humblement.

Pour ces 67 000 Levalloisiens, pour vous mes amis, j’affirme que vos suffrages compteront autant et plus que ceux des juges qui osent nous attaquer ici et maintenant.

Boutons l’ennemi hors de nos frontières !

Vous aurez à désigner, à élire, je le répète encore, en un seul collège vos représentants municipaux pour les pouvoirs publics, comme le feront tous les autres Français appelés à voter pour désigner leur maire.

Avec ces représentants élus, nous verrons comment faire le reste, Isabelle et moi avons le projet, en effet, de nous acheter un chalet à Megève et une maison aux iles Moustiques, je l’annonce à l’avance afin que personne ne puisse nous le reprocher, ainsi il n’y aura pas de surprise. En plus ma Bentley est en panne…mais c’est un détail sans importance.

Ah ! Puissiez-vous participer en masse à cette immense démonstration, tous ceux de notre ville, de vos hôtels particuliers, de vos minables taudis, de vos modestes appartements achetés à crédit ; puissiez-vous même y participer, vous qui, par désespoir, ont cru devoir mener sur ce sol levalloisien un combat contre ma personne et celle de mon épouse, un combat dont je reconnais, moi, Patrick Balkany, qu'il est courageux… car le courage ne manque pas sur les terres levalloisiennes, qu'il est courageux, mais qu'il n'en est pas moins cruel et fratricide ! et totalement voué à l’échec, je vous le dis sincèrement.

Oui, moi, Patrick Balkany, à ceux-là, j'ouvre les portes de la réconciliation.

Jamais plus qu'ici et jamais plus que ce soir, je n'ai compris combien c'est beau, combien c'est grand, combien c'est généreux, Levallois !

Vive Levallois-Perret !

Vive moi ! »

Texte librement et honteusement adapté à partir du discours du général de Gaulle prononcé le 4 juin 1958 depuis le balcon du Gouvernement général devant une foule immense réunie place du Forum à Alger.

Cette référence politique et historique s’imposait, en effet Balkany, comme Sarkozy, se dit gaulliste, à tout seigneur tout honneur donc ; mais surtout il y a un message subliminal qui se cache dans ce discours : les pieds-noirs se sont bien faits…comment dire… en…b…avoir.

On est con, Levalloisien et gaulliste ou on ne l’est pas.

 

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