Vive la Résistance !

Dans un an, ou dans cinq ans peut-être, l’urgence sociale va croiser la route de l’urgence écologique, rien ne pourra plus s’opposer à ce mouvement de résistance qui a vocation à se généraliser, les grévistes d'aujourd'hui et les gilets jaunes sont à l'avant-garde de cette nécessaire insurrection citoyenne.

Entre l’armistice de juin 40 et la Libération de 44, une poignée d’hommes et de femmes issus de milieux différents ont réussi à mettre sur pieds une vaste organisation, plus ou moins bien coordonnée, autour de réseaux clandestins dans le but de combattre les forces de l’Axe et ses suppôts collaborationnistes.

Des hommes et des femmes ont marqué l’histoire, nous sommes leurs héritiers. Tous y compris les grévistes et les gilets jaunes.

D’un côté Pétain, Pucheu, Laval, de l’autre de Gaulle, bien sûr, mais aussi Jean Moulin, Henri Tanguy, dit Colonel Rol-Tanguy, Geneviève de Gaulle Anthonioz, Lucie Aubrac, Pierre Brossolette, Germaine Tillon, Jean Zay assassiné par la Milice en juin 44, Berthe Wild, dite Berty Albrecht et bien d’autres encore ; beaucoup d’anonymes et de sans-grade, la très grande majorité, en fait, on ne parle jamais assez d’eux.

Le mouvement est insurrectionnel puisqu’il a pour objectif de lutter contre le pouvoir en place, français et allemand. Petit à petit il s’étend, s’organise et multiplie les actions contre l’occupant.

Une éclosion de maquis composés de 10 à 1000 hommes, du Maquis du Vercors, le premier, au Maquis de Surcouf Normandie, en passant par les Maquis des Manises dans les Ardennes, tous les territoires prennent part à la lutte, on en recense pas moins de 47 sans savoir si ce chiffre est suffisamment précis ou très injuste.

Jusqu’à la victoire sur la bête immonde qui a nécessité le renfort d’une bonne partie de l’arsenal militaire que contenait la planète, l'opération Overlord, ou « Opération mer contre Allemagne » comme stipulée sur le livret militaire de certains membres de ma famille.

Loin de nous l’idée d’insulter l’histoire dans un amalgame plus que douteux, honteux à dire vrai, en comparant deux époques entre elles et en mettant sur un même pied d’égalité les acteurs d’hier avec ceux d’aujourd’hui, c’est vrai pour les victimes, c’est vrai aussi pour les bourreaux.

Autres temps, autres mœurs, un peu de décence, un peu de retenue.

Nous sommes toujours en France, sous un régime politique réputé démocratique enfanté par celui qui a le mieux, ou le plus, incarné la Résistance.

Nous sommes donc encore très liés à cette partie-là de notre histoire, 75 ans après…

D’ailleurs Emmanuel Macron fait souvent allusion à l’histoire, lui aussi, au Conseil National de la résistance - CNR - en particulier ; tout comme son Premier ministre qui n’hésite pas à affirmer que sa réforme des retraites est un « pacte fidèle dans son esprit à celui que le CNR a imaginé et mis en œuvre après-guerre pour créer le système de retraites actuel ».

Ils ont besoin de cette référence morale pour justifier de s’en éloigner, jusqu’à la trahir.

Restons donc dans l’esprit, osons le parallèle nous aussi et voyons comment se répartissent les rôles aujourd’hui entre les différents acteurs mobilisés, pour ou contre, les nouvelles forces de l’Axe.

Industrialisation, capitalisme, capitalisme financier, libéralisme, néolibéralisme puis ultralibéralisme, autant de mots, de maux, qui décrivent les mues successives d’un régime économique, social, politique, policier et militaire qui maltraite les hommes et les femmes, les femmes surtout, depuis le milieu du XXe siècle.

Plus le temps passe et plus l’étau se resserre, les classes moyennes passent à la trappe tandis que la classe ouvrière est au tapis depuis des décennies.

Les inégalités se creusent partout dans le monde, avec elles ses cortèges d’injustices, d’amertumes et de rancœurs qui finissent par saper la confiance, base de tous les consentements.

Au moment ou l’ultralibéral Macron fait basculer la France dans le camp des alliés, c'est-à-dire dans le camp des fonds de placements ou de gestion, des fonds de pension, des grandes multinationales et autres holdings financiers, sa réforme des retraites s’aligne sur un modèle anglo-saxon qui va appauvrir encore un peu plus la grande majorité des Français et des Françaises.

Après une taxe « écologique » sur les carburants avortée grâce aux GJ, après la réforme du travail et du chômage, il compte aller plus loin, il le promet, hier encore devant la Presse.

Rien ne peut ni ne doit arrêter la marche libérale forcée. La police sert aussi à cela. La crispation est volontaire, inévitable. Ce n'est qu'un début...

Le mouvement des gilets jaunes né il y a 14 mois et les grèves d’aujourd’hui s’inscrivent dans un processus de résistance face à ce rouleau compresseur dont Emmanuel Macron est la marionnette française.  Un guignol pour certains.

Le référendum sur le quinquennat présidentiel (2000) portant sur la réduction du mandat présidentiel est adopté avec un taux d’abstention record de 69 % : le parlement devient godillot par nature, la présidence devient absolue, le monarque républicain se fait despote.

En 2017, Macron sera élu avec un taux d'abstention équivalent, un signe du destin...

En 2005, les français avaient refusé par référendum le projet de traité constitutionnel européen. Le 4 février 2008, au grand mépris du peuple, Nicolas Sarkozy fait adopter par le Parlement le texte, à peine modifié….

Le peuple est cocufié, en glissant un nom dans l’enveloppe tous les 5 ans, il renonce à son droit de vigilance et de contrôle, c’est l’essence même de ce referendum de 2000 ; et quand le peuple dit « non » en 2005, les gouvernants disent « oui » en 2008…

Cette démocratie représentative ne représente plus rien ni personne, c’est à partir de ce constat que l’on peut expliquer les taux d’abstention, à rien d’autre.

La défiance à l'encontre des politiques s'aggrave autant par les « affaires » que par ces tripatouillages constitutionnels et ces trahisons. Sarkozy n'est jamais très loin...

Pour comprendre aujourd’hui ces mouvements de contestation auxquels nous assistons depuis plus d’un an, il faut intégrer cette dimension de cocufiage et de perte de confiance et la replacer dans un contexte plus général de lutte contre les nouvelles forces de l’Axe, c'est-à-dire de lutte contre le capitalisme financier.

Il faut savoir que l’espérance de vie moyenne des 10 % des personnes les plus riches dépasse de 13 ans l’espérance de vie moyenne des 10 % les plus pauvres. Vive la retraite ! pour les riches…

Savoir aussi que le destin professionnel et social d’un enfant de parents nantis est infiniment plus porteur, ou plus prometteur, que celui d’un enfant d'ouvriers, c’est statistiquement établi, école, formation supérieure, carrière, rémunération, retraite, maladies…

Dans ce contexte, les grévistes qui se mobilisent contre la réforme des retraites et les gilets jaunes qui manifestent tous les samedis sont, à nos yeux en tout cas, les nouveaux résistants du monde « moderne ».

Des éclaireurs.

L’ultralibéralisme et l’industrialisation sauvage qui l’accompagne en Inde, en Chine, au Brésil, entre autres, viennent compléter l’œuvre de destruction massive de la planète qui crame de partout, 1,3 milliard d’animaux exterminés en moins de 3 mois en Australie, des espèces endémiques disparaissent…

La catastrophe écologique s’intensifie et se repend sur toute la surface du globe qui n’a pas de frontière. Sauf en France, pour les nuages toxiques en provenance de Tchernobyl.

La forêt brésilienne est dévastée, le Trump brésilien rase toute l’Amazonie. 

La visibilité est réduite à 60 mètres à New Delhi, à Pékin...

On ne peut pas penser l’écologie sans remettre en cause le modèle économique et industriel, les deux sont étroitement liés : le désastre écologique planétaire est généré par cette politique dont Emmanuel Macron, en France, se fait le chantre.

Il ne s’agit plus d’intégrer l’écologie à la politique et à l’économie, c’est à la politique et à l’économie de se plier à l’écologie, en ce sens l’écologie est révolutionnaire, donner la priorité absolue au Vivant dans le sens le plus large du mot.

L’homme n’est pas la priorité, nous n’en sommes plus là…

Le facteur temps joue un rôle d’accélérateur de particules : plus le temps passe et plus la catastrophe écologique va s’intensifier ; plus l’ultralibéralisme étend ses ramifications et son pouvoir et plus le sentiment d’injustice lié aux inégalités va s’intensifier.

L’explosion est pour demain. Pour bientôt.

Dans un an, ou dans cinq ans peut-être, l’urgence sociale va croiser la route de l’urgence écologique, rien ne pourra plus, alors, s’opposer à ce mouvement qui a vocation à se généraliser.

La gauche (ou les gauches…) doit repenser sa stratégie dans ce sens, la FI semble l’avoir compris, Mélenchon, que l’on soit pour ou contre le bonhomme, l’anticipe, il a raison, je le crois sincère, sur ce point en tout cas.

Repenser la vie, repenser le collectif, rien de moins !

J’ai tendance à croire, et à espérer, que les gilets jaunes et les grévistes, sont l’avant-garde de ce vaste mouvement d’insurrection avec cette dimension si typiquement et si magnifiquement française, c'est-à-dire révolutionnaire, au sens écologique du terme, cette fois.

C’est ce qui explique que la grève ne s’éteint pas, elle se renouvelle, elle bat même des records de durée, c’est ce qui explique aussi que les gilets jaunes descendent toujours dans la rue.

Merci à eux.

Vive la Résistance !

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