Sangliers, faisans, canards et chevreuils se mettent à la boule lyonnaise…

Depuis le 1er janvier dernier, la réglementation des compétitions de pétanques s’est renforcée, désormais il ne sera plus possible de jouer aux boules avec un taux d’alcool supérieur à la limite autorisée de 0,5 g/L soit en équivalent 0,25 mg par litre d'air expiré...

Depuis le 1er janvier dernier, la réglementation des compétitions de pétanques s’est renforcée, désormais il ne sera plus possible de jouer aux boules avec un taux d’alcool supérieur à la limite autorisée de 0,5 g/L soit en équivalent 0,25 mg par litre d'air expiré.

Une équipe qui perd sur le triste score de 13 à 0 était déclarée « Fanny » : chaque membre de l’équipe devait embrasser les fesses d’une femme postiche dénommée Fanny ; cette tradition a évolué au fil du temps, hier encore l’équipe battue à plat de couture devait payer sa tournée à l’équipe victorieuse, Fanny et ses grosses fesses laissaient sa place encore chaude aux verres remplis de glaçons.

Fanny cul sec…

Impossible donc depuis le début de cette année d’offrir un « petit jaune » à ses adversaires, depuis le 1er janvier les contrôles se multiplient

Dans nos régions, les sports de boules (les vrais) sont majoritairement pratiqués par des hommes potentiellement très dangereux qui, sous l’emprise d’un ou de verres de pastis, peuvent en venir aux mains, les prétextes ne manquent pas, les litiges sont nombreux : une mesure mal prise entre deux boules adverses qui donne l’avantage aux uns, un cochonnet qui aurait été très discrètement déplacé qui pénalise les autres, faire de la musique, ou faire une chanson, patatras ! un mot plus haut que l’autre et la boite à claques prend le dessus.

Pour ceux et celles qui l’ignoreraient, « faire de la musique » consiste à parler pendant que les autres ajustent leur tir, une façon extrêmement sournoise de déconcentrer l’adversaire, des méthodes de voyous qui démontrent la dangerosité des boulistes.

« Faire une chanson », on le voit bien, la sémantique est révélatrice d’un état d’esprit particulièrement belliqueux, aussi bien à Marseille qu’à Lyon. Paris suit…à terme c’est le pays tout entier qui est sous la menace de ces fous chantants.

Une boule c’est lourd, mise entre les mains d’un déséquilibré, cela peut faire très mal, à cinq ou six pas, la distance de sécurité entre le bouliste armé et le spectateur.

Un déséquilibré armé d’une boule de pétanque, ou de deux boules (les vraies), peut faire des dégâts irréparables.

Il faut savoir que la France compte plus de 300 000 accros aux boules (les vraies), de véritables obsédés, alors que l’Espagne n’a que 29 000 licenciés et l’Allemagne 15 000…nous dominons l’Europe et le monde de nos deux boules, or les Français sont irascibles, voire hargneux, il était temps de s’attaquer à la racine du mal, d’éradiquer ce fléau qui gangrène nos parcs publics.

Le couple boule-alcool ne passera pas !

Il en va tout autrement pour la chasse qui se pratique dans nos forêts, et ce ne sont pas les 380 morts (des hommes, des femmes et des enfants) que l’on dénombre entre 2000 et 2018 qui vont nous contredire. De toute façon ils sont tous morts, les morts.

Non.

Une société qui comparerait la dangerosité d’un fusil de chiasse chasse par rapport à celle d’une boule de pétanque serait en perdition. Ce serait un signe de dégénérescence.

Une société qui comparerait la dangerosité d’un chasseur bourré à celle d’un joueur de pétanque aussi bourré que lui glisserait sournoisement, mais inexorablement vers un ethnocide, n’ayons pas peur de le dire.

Il faut se poser les bonnes questions.

Une idée m’a brièvement traversé (?) la tête : armer les sangliers, les faisans, les canards et les chevreuils pour qu’ils puissent se défendre contre les chasseurs bourrés.

J’ai rapidement abandonné l’idée pour une raison simple : comment voulez-vous qu’un sanglier normalement constitué puisse faire la différence entre un chasseur bourré et un autre à jeun ? C’est vrai aussi pour le chevreuil, pour le faisan et pour le canard.

Sans compter que les canards volent, c’est difficile de tirer tout en volant, cela demande un certain savoir-faire.

Je me suis vite rendu compte qu’à 50 mètres de distance, rien ne ressemble plus à un chasseur bourré qu’un autre chasseur. Bourré ou pas…

Trop compliqué, impossible, pas réaliste.

La solution idéale, bien sûr, c’est d’apprendre à ces animaux à jouer aux boules, à la pétanque ou à la boule lyonnaise. Là, au moins, ils seront un peu plus protégés.

Je suis persuadé que le sanglier, en particulier, sera honoré, ou touché, de découvrir le « cochonnet », le « petit » …cela devrait faciliter l’approche pédagogique de cet animal un rien rustique, parfois susceptible.

Revenons un instant sur les chiffres : il y a près de 1.200.000 chasseurs en France, 10 % d’entre eux seulement ont un permis de chasse.

Il suffirait que les autorités interdisent aux chasseurs non licenciés de chasser pour limiter les dommages collatéraux, c’est mécanique pour ne pas dire mathématique.

Cette approche réaliste, pleine de bon sens et bienveillante comme le dit Emmanuel Macron, permettrait d’éviter le délicat sujet de l’alcool, Macron est l’ami des chasseurs comme le dit Nicolas Hulot, ne l'oublions pas.

120 000 chasseurs bourrés feraient moins de dégâts que 1.080.000.

Sauf à dire que ceux qui n’ont pas le permis de chasse, 90 % de la population totale des chasseurs, sont parfaitement sobres…c’est assez improbable, je suis d’accord, mais on ne peut pas complètement l’exclure.

Si ?

Bon, d’accord.

Mais si c’est le cas, il faudra se poser d’autres questions, ne laisser chasser que ceux qui n’ont pas le permis par exemple.

En tout cas, moi, je ne suis pas resté inactif, j’ai commencé à donner des cours de boule lyonnaise aux animaux que je croise dans mon jardin, j’habite dans la Loire, entre Saint-Étienne et Roanne, ici on joue à la boule lyonnaise.

Ma classe est constituée de deux chevreuils et d’un sanglier, un sanglier un peu bourru, mais sympatoche. Les deux chevreuils sont très vifs, intellectuellement parlant.

Je fais un rapide préambule sur la connerie, les deux chevreuils me coupent immédiatement la parole « On connait, te bile pas ».

Je passe à l’intro, je leur explique la différence entre la pétanque et la boule lyonnaise, cela me prend environ un quart d’heure, je leur explique cela au cas où ils se déplacerait vers le sud, c’est logique.

À peine j’ai commencé que je vois le sanglier se contorsionner sur son banc, il se marre…les deux chevreuils lui emboitent le…les…ils se marrent aussi.

Le sanglier m’interpelle : « Bruno, c’est pas le tout, mais c’est à quelle heure l’apéro ? »

Les chevreuils surenchérissent : « Pour nous ce sera un pastaga, pas trop arrosé, surtout, faut pas le noyer, hein, Bruno, fais gaffe… »

Morts de rire, mes élèves.

J’aime mieux ça.

Nous avons terminé la journée un peu chargés, mais heureusement, aucun schmit à l’horizon pour nous emmerder.

Ils sont chez moi, les animaux.

À moins que ce soit l’inverse…

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