Je souffre d’un grave trouble de l’équilibre à droite

Après un examen clinique très approfondi et suite à une batterie de tests, mon ORL est formel, je souffre d’un trouble aigu de l’équilibre. Il m’oriente séance tenante vers un spécialiste. Il se passe plein de choses bizarres entre mes deux oreilles...

Après un examen clinique très approfondi et suite à une batterie de tests, mon ORL est formel, je souffre d’un trouble aigu de l’équilibre. Il m’oriente séance tenante vers un spécialiste, une spécialiste en l’occurrence.

Vanessa est kinésithérapeute spécialisée en rééducation vestibulaire, le mal viendrait de mes vestibules…j’ai des courants d’air entre les oreilles, siège de l’équilibre, c’est fou ce que c’est important une oreille, pas que pour entendre.

Il se passe plein de choses bizarres entre mes deux oreilles.

Vanessa est une très jolie brune aux cheveux longs, une petite quarantaine, des yeux vifs, un regard étincelant et un sourire bienveillant accompagnent chacun de ses commentaires, elle fait preuve de beaucoup de pédagogie, elle est tonique, gaie, elle dégage quelque chose de rassurant.

Elle est passionnée par son métier, quinze années passées à rééquilibrer ses compatriotes, bancales à gauche, branlants à droite, parfaitement instables, lui ont permis d’acquérir une vraie expertise récompensée par une certaine notoriété régionale, elle aime ce quelle fait et cela se voit !

Elle n’intervient que sur les déficits de gauche et de droite, elle ne fait rien au centre qui n’existe pas, cela se confirme une fois de plus, vous n’entendrez jamais quelqu’un se plaindre en disant qu’il est déséquilibré au centre, cela n’aurait aucun sens.

Les vestibules fonctionnent comme un niveau à bulle, l’équilibre est maintenu en alignant la gauche sur la droite…à moins que ce soit le contraire, je ne peux pas m’empêcher d’y penser, mais il est vrai que pour prendre l’exemple de Macron, il a clairement aligné la social-démocratie sur la droite, c’est incontestable…ils doivent rester l’un en face de l’autre, au même niveau me dit-elle, sur le même plan.

En même temps à gauche et à droite ?

À la fin de la deuxième séance, Vanessa m’explique que mon vestibule droit s’est complètement effondré, elle ajoute que le vestibule gauche essaye de combler l’écart, une sorte de compensation réflexe inefficace et contre-productif qui aggrave le trouble, c’est votre cerveau qui prend le relais, sans lui vous ne pourriez même pas tenir debout ! une dérive macronienne qui ne me rassure pas, si  je ne me soigne pas vite je vais me mettre à dos ma famille, mes amis, mes chiens, mes poules, tout mon entourage…on va me jeter des cacahuètes, des œufs pourris…ou des pierres ! jaunes, les fameuses pierres dorées de chez nous !

Ne vous inquiétez pas, il nous faudra 10, peut-être 20 séances pour venir à bout de votre problème qui remonte à très longtemps, j’en suis certaine, peut-être à 10 ou 15 ans…

Non, je pense que ce déséquilibre dont je n’ai pas pris immédiatement conscience remonte aux années 80, je crois me souvenir que j’ai commencé à trébucher, à zigzaguer et à louvoyer en 1983, Mauroy parlait du virage de la rigueur.

Curieuse coïncidence.

Coïncidence ?

Elle me fait tourner la tête, Vanessa (au sens très propre du mot) 5 tours à gauche, 5 tours à droite, les yeux ouverts, les yeux fermés, il faut que je lui indique quand le tournis commence à se calmer dès que le fauteuil arrête son manège, elle chronomètre mon retour à la stabilité, elle dispose d’une caméra qui lui permet de voir le mouvement de mes yeux, je porte un masque, le même qu’Yves Montand dans L’aveu, le film que Costa Gavras a réalisé en 1970, un film qui m’avait marqué, j’avais 16 ans en 70.

Effectivement quand je tourne à droite j’ai la nausée, ça ne s’invente pas, Vanessa m’explique que c’est normal. Oui, je sais.

Quand je termine ma rotation sur la gauche, mes yeux se fixent plus vite, le tournis disparaît au bout de 10 ou 15 secondes, alors qu’à droite…c’est l’enfer !

Me voilà rassuré.

À gauche tout semble normal. En apparence seulement…chez vous la gauche est très forte, très haute, beaucoup trop haute, il faut donc que je baisse le niveau de gauche et que j’élève le niveau de droite afin qu’ils soient alignés, même si le niveau reste  bas, ce qui compte c’est l’alignement.

La métaphore est osée, elle le fait exprès ou quoi ? Le prix à payer pour un retour à la normale consisterait à affaiblir la gauche pour la mettre au même niveau que la droite ? C’est du Manuel Valls pur jus, merde !

À basse fréquence vous êtes très décalé, je n’arriverai pas à faire remonter le niveau à bulle, mais cela n’est pas grave, encore une fois ce qui compte c’est que la gauche soit au même niveau que la droite à haute fréquence, les deux niveaux sont en train de s’aligner séance après séance, c’est prometteur.

Si au bout de 6e  séance ma droite remonte et que ma gauche descend que va-t-il se passer à la 10e ?

Je vais prendre ma carte au MODEM ? Je vais lire du Michel Jobert ? me faire toute la bio de Jean Lecanuet, dents blanches ?

Vanessa veut faire de moi un centriste, c’est bien ça ?

Lorsque j’écris mes misérables billets sur Médiapart, je suis en mode « basse fréquence » ce qui expliquerait un certain décalage par rapport à l’actualité, par rapport à la ligne éditoriale du quotidien. Il ne faut pas que Plenel lise ce billet, surtout pas !

C’est la pagaille chez vous, c’est l’anarchie, mais vous vous y êtes adapté, c’est bien ce qui complique mon travail de rééducation.

L’anarchie est le stade supérieur de l’organisation, c’est l’ordre social suprême, c’est l’ordre sans le pouvoir lui dis-je en souriant bêtement, comme pour l’amadouer. Elle me dévisage, incrédule et méfiante, et me dit sur un ton réprobateur vous ne pouvez pas continuer à vivre comme cela, vous risquez un accident de voiture, le fait même de marcher vous met en danger !

Ça  tombe bien, Vanessa, je ne suis pas un « marcheur », moi ! non, mais !

En fin de séance elle me demande de fixer l’extrémité d’un stylo télescopique, je me concentre, je fixe le point, rien ne bouge.

Ces séances sont exténuantes, je suis vidé.

Ne vous inquiétez pas, vous allez sentir une fatigue générale, vous dormirez bien ce soir, vous pourriez même être tenté par une sieste, cet après-midi, laissez-vous aller.

Je suis assis sur un manège qui tourne, qui tourne…assis à califourchon sur François Bayrou, un corps de cheval,  un percheron avec la tête de Bayrou, j’ai peur.

Devant lui, un petit âne qui ressemble furieusement à Emmanuel Macron, blond aux yeux bleus avec un sourire coincé entre les lèvres, c’est agaçant un âne qui sourit, je note au passage que l’âne a la queue basse, il ne faudrait pas que quelqu’un se blesse en montant dessus. Bayrou essaye de rattraper Macron, il n’y arrivera pas, bien sûr, un manège, pensez donc ! tout le monde reste à sa place.

Un rat albinos sous les traits de François de Rugy ; un gorille imberbe, monstrueux, gras luisant avec une matraque dans la main gauche et une grenade dans la main droite, Castaner je crois ; une danseuse en habit d’apparat qui tourne sur elle-même, Nicolas Hulot, Hulot en tutu ! Un gros cochon bien rose, Gérard Larcher.

Que des centristes de droite, des libéraux ! Un cauchemar !

C’est Vanessa qui est à la manœuvre, elle tient les manettes et fait tourner le manège. Je reconnais la musique, c’est du Mireille Mathieu revisité par André Rieu, le roi de la valse…ça tourne, ça tourne…de plus en plus vite.

Bakounine nous observe, Kropotkine est à côté de lui, Élisée Reclus et Proudhon sont plus en retrait, ils attendent que je descende de mon percheron, Bayrou.

Je saute du manège en marche sans trébucher, sans tomber, je me précipite sur eux, bras écartés, la première étreinte sera pour Kropotkine.

Sarkozy est de l’autre côté du manège et observe la scène, l’air grave, il est vêtu d’un treillis, d’une tenue de camouflage à franges longues, il porte des rangers Weston surcompensés, une Rolex à chaque poignet avec des bracelets or et acier, il a des boucles d’oreilles en perles, sa langue est percée, je vois de là où je suis un gros diamant poire qui scintille. Franchement, il a mauvais genre Sarkozy. Et ce besoin de se barbouiller de suie pour se dissimuler ! au fait, un détail m’avait échappé, le petit âne, Macron, a le museau barbouillé de suie…maintenant je comprends mieux.

Vanessa me regarde amusée et rassurée de voir que sa rééducation a parfaitement fonctionné.

Je suis resté le même.

La preuve, ce billet délirant, ne m’en veux pas Edwy.

Que je rêve ou que je pense, que j’écrive ou que je parle, quoi que je fasse, je penche et pencherai  toujours du même côté.

Cela fait tellement longtemps que j’ai sauté du manège.

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