Imposer des séances de macronisme à des mineurs pourrait s’apparenter à un délit

Le spectacle affligeant proposé par les chaînes d'infos en continu commence à faire des ravages dans les collèges et lycées, l'embrigadement commence très tôt, beaucoup trop tôt.

Shakira et Leonardo Le Gal sont les heureux parents de Matt et de Jenifer, deux adolescents à qui la vie semblait tellement prometteuse…

Étaient les heureux parents, car leur vie a basculé en même temps que celles de leurs bambins, transformant un rêve en cauchemar.

Nous sommes en Bretagne, à Morlaix, une commune du Finistère, c’est la rentrée des classes ce 3 septembre 2018, il est 7h45 heures quand Matt, l’aîné des Le Gal, entre dans la cour du Lycée Notre-Dame du Mur accompagné de sa petite sœur Jenifer qu’il tient par la main, Léonardo, le père, les a déposés en garant sa BMW en double file, devant la grille.

Matt entre en terminale S, il a eu quinze ans début mars ; la petite, Jenifer, « Jen » pour les intimes, entre en seconde, elle a tout juste douze ans. Des enfants précoces, travailleurs, doués, gentils, prix d’excellence sur prix d’excellence depuis leur 6e…Matt parle déjà couramment anglais et allemand (ça peut servir explique son père), Jen est une latiniste passionnée, Sénèque, Salluste, Tacite qu’elle cite dans le texte, la philosophie l’intrigue.

Blonds tous les deux, ils chantent dans une chorale, bien sûr, tous les prédisposaient à chanter.

Shakira Le Gal - née Moreau - et son mari Léonardo sont propriétaires d’une agence immobilière rue du Porsmeur, Léonardo en est le gérant, Shakira est la négociatrice en chef, une affaire qui marche mieux que bien, pas de location, que des ventes de maisons individuelles cossues, de Saint-Pol-de-Léon jusqu’à Roscoff, un territoire commercial démesuré dont ils connaissent pourtant tous les recoins, toutes les cachettes, tous les bosquets.

Ils ont de l’ambition pour leurs enfants, Matt fera Sciences-Po, peut-être l’ENA (l’inspection des finances, salive d’avance Shakira) Jen passera son agrégation de lettres classiques, elle sera professeure ou écrivaine ; ou l’inverse, peu importe. Qui sait, les deux ?

Ce n’est pas le costume deux pièces style Hugo Boss de Matt, ce n’est pas le tailleur gris clair un peu trop grand de Jen, ce n’est pas non plus le coupé cabriolet BMW bleu électrique du papa, Leonardo, qui ont posé problème ce lundi 3 septembre 2018, jour de rentrée des classes, non, mais cela n’a pas contribué à faciliter leur intégration non plus, il faut bien le reconnaitre…

Ce jour-là, chaque élève doit se présenter à tour de rôle, Matt explique devant ses vingt-neuf nouveaux camarades qu’il a passé ses vacances à lire le livre d’Emmanuel Macron, « Révolution, c’est notre combat pour la France », il cite de mémoire, sans aucune note, un passage entier « Si par libéralisme on entend confiance en l'homme, je consens à être qualifié de libéral… Mais si, d'un autre côté, c'est être de gauche que de penser que l'argent ne donne pas tous les droits, que l'accumulation du capital n'est pas l'horizon indépassable de la vie personnelle, que les libertés du citoyen ne doivent pas être sacrifiées à un impératif de sécurité absolue et inatteignable, que les plus pauvres et les plus faibles doivent être protégés sans être discriminés, alors je consens aussi volontiers à être qualifié d'homme de gauche ».

« …je consens à être libéral…je consens volontiers à être qualifié d’homme de gauche » : « ce qui est important c’est l’usage qui est fait du verbe consentir à la première personne de l’indicatif présent » explique Matt qui ne semble pas troublé plus que cela par la notion d’homme de gauche libéral. Il est macroniste, ça se sent à des petits rien.

L’aîné des Le Gal termine sa présentation (qu’on a un peu de mal à qualifier spontanément d’impersonnelle, vous en conviendrez) en faisant référence au livre consacré à la femme du président, une biographie signée Maëlle Brun, « Brigitte Macron, l’affranchie » en expliquant, non sans humour, que « derrière l’homme d’État, se cache toujours une femme d’influence », il pense peut-être à sa maman, Shakira, c’est mignon, en effet une femme, si elle a vraiment de l’influence, est forcément dans l’ombre de son mari, c’est évident, planquée derrière « son  homme ». Sinon, c’est une intrigante voire une garce. Ou une pute.

Les jours, les semaines, les mois passent, les enfants Le Gal font l’objet de railleries et de moqueries incessantes, on les pointe du doigt, ils sont insultés, l’agression physique n’est plus très loin, nous sommes en plein harcèlement. Les réseaux sociaux ne sont pas en reste, évidemment, c’est l’époque qui veut cela…

Un déchainement de haine très inquiétant.

Le samedi 17 novembre 2018, une gigantesque manifestation envahit toutes les rues, tous les ronds-points, la France se révolte, un mascaret impressionnant qui surprend jusqu’à Jean-Michel Apathie et Pascal Praud qui n’ont pas l’habitude de nager à contre-courant, il est vrai.

Le lundi matin, le 19 vers 8 heures, c’est le drame, le frère et la sœur pénètrent dans la cour du lycée, Matt porte un teeshirt blanc sur son veston de costume deux pièces sur lequel est inscrit cette phrase en bleu blanc rouge « Stop à la violence, la France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale » ; sur celui de Jen, on peut lire ces mots « J’aime ma république », des slogans très complémentaires en fait, ils se sont certainement concertés, on devine la cohérence.

On frise l’émeute, le proviseur est obligé de demander aux forces de l’ordre d’intervenir, il faut protéger les enfants Le Gal, on les exfiltre du Lycée en passant par les caves tels des pestiférés, des rats.

Une plainte pour trouble à l’ordre public a été déposée par le proviseur au nom du ministère de l’Éducation nationale.

Shakira et Leonardo Le Gal ont également saisi la justice pour « harcèlement scolaire ».

Enfin, le conseiller principal d’éducation accuse les parents de « harcèlement moral dans la famille », il justifie sa démarche en expliquant qu’on ne devient pas macroniste spontanément, ou par hasard, à douze et quatorze ans, en pleine puberté. Il se constitue donc partie civile avec l’aide et le soutien de plusieurs syndicats de professeurs et de parents d’élèves. Tous de gauche, bien sûr.

Il est vrai que la cellule familiale est le principal agent de socialisation dans la vie des individus, c’est par là que tout commence. Les parents représentent la première autorité de référence, ils ont la responsabilité de guider le développement affectif, cognitif et comportemental de l’enfant, une très lourde tâche, une énorme responsabilité.

Les enfants ont-ils été embrigadés ? La famille Le Gal s’apparente-t-elle à une secte macroniste ? la justice va devoir trancher.

Les premiers éléments de l’enquête révèlent que les deux enfants ont passé plus de 20 heures par semaine à regarder LCI et CNEWS, surtout le samedi après-midi. Depuis 2016, la petite n’avait que 9 ans, la pauvre malheureuse…

On a retrouvé un poster géant dédicacé de Jean-Michel Apathie et de Pascal Praud dans la chambre de Jen ; Matt est abonné à Valeurs Actuelles, aux Échos et au Figaro, apparemment, lui aussi aime les posters, celui de Laurence Ferrari en maillot de bain deux pièces au bord d’une piscine est épinglé sur la porte de sa chambre, juste en face de son lit…c’est de son âge, c’est vrai, mais quand même…

Dans les toilettes de la maison familiale, au rez-de-chaussée, les enquêteurs ont découvert six rouleaux de PQ très compromettants : un à l’effigie de Jean-Luc Mélenchon, un autre représentant Marine Le Pen…puis Laurent Wauquiez, Yannick Jadot, Ian Brossat et Nicolas Hulot. Nicolas Hulot, ancien ministre !! Pas lui, enfin ! pas lui !

Sur la porte, la devise de Morlaix « s’ils te mordent, mords-les » ! Tout un programme, décidément, les voilà bien informés, plus qu’un programme, une menace.

Sur la table de chevet de Matt, le livre d’Emmanuel Macron qui a tout déclenché « Révolution, c’est notre combat pour la France », avec cette dédicace « Pour Matt : Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années » signé Emmanuel M et non pas Pierre Corneille comme on aurait pu le penser…

À la lecture de cette dédicace, Matt s’est senti pousser des ailes, des ailes macronistes, qui l’aident à rester en lévitation permanente, hors sol.

Pour les enquêteurs, il s’agit véritablement d’un embrigadement, on peut même affirmer que nous sommes en face d’un cas d’intoxication macroniste aiguë.

La famille Le Gal est une secte.

Imposer des séances de macronisme à des mineurs pourrait s’apparenter à un délit, devrait s’apparenter à un délit.

Si le délit est constitué pour les mineurs, il faudra alors condamner aussi, et dans la foulée, leurs ainés ; avec circonstances aggravantes, pour récidive en ce qui les concerne.

 

Voilà ce que j’ai rêvé, cette nuit, vers 3h30…

À l’heure où je vous parle, je ne sais toujours pas si c’est un rêve ou un cauchemar.

Une problématique très macronienne, non ?

Essayer de nous faire prendre un cauchemar pour un rêve.

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