« Le mode de fonctionnement de mon épouse dans l’équipe était pour l’essentiel oral »

Des propos tenus par Rocco Siffredi ? Par le fiancé d’Ovidie, actrice porno à la retraite ? Par le mari de Brigitte Lahaie ? Vous n’y estes pas du tout, non, ce sont les mots de François Fillon, ancien premier ministre, qui s’exprimait devant Serge Tournaire, juge d’instruction, le 7 septembre dernier.

Des propos tenus par Rocco Siffredi ? Par le fiancé d’Ovidie, actrice porno à la retraite ? Par le mari de Brigitte Lahaie ?

Vous n’y estes pas du tout, non,  ce sont les mots de François Fillon, ancien premier ministre, mari de Pénélope Fillon, qui s’exprimait devant Serge Tournaire, juge d’instruction, le 7 septembre dernier.

François et Pénélope Fillon sont mis en examen, lui pour «détournement de fonds publics», elle pour «complicité et recel d’abus de biens sociaux».

L’impudeur est dans le camp des pornographes politiques, la discrétion dans l’autre. Ce que n’oserait pas dire ou pas faire une Ovidie, un François Fillon se le permet.

L’obscénité n’est pas là où on l’attend, ce n’est pas un paradoxe, c’est au contraire une « culture » politique, un comportement dicté par l’ADN de la Ve République.

Il y a deux types de pornographie : celle qui est censurée, contrôlée, limitée et dont les revenus sont normalement déclarés puis taxés ; celle que pratiquent les hommes politiques quand ils essayent de se défendre après avoir été pris les mains dans le pot de déconfitures du grand détournement de fonds publics.

L’une est légalement et strictement encadrée, l’autre est officieusement tolérée, inutile de préciser laquelle, nous sommes en France, ne l’oublions pas.

L’axe de défense de Fillon est simple : puisque tout est « oral » rien n’est écrit, circulez, rien à voir, monsieur le juge.

Dès le 29 mai dernier, les soi-disant rapports écrits ont été détruits avec toutes les archives de Fillon, curieusement l’information n’a pas été relayée par la presse, ou très peu.

Pénélope Fillon aurait touché près de 850 000 € entre 1981 et 2006 pour un pseudo rôle d’assistante parlementaire dont on ne trouve aucune trace, une absence totale de preuves écrites. Quelques témoignages bidon et inconsistants sont signés par une poignée d’inconditionnels plus ou moins impliqués dans la martingale de l’ancien chef de gouvernement, complices actifs ou passifs, ils lui sont redevables à un titre ou à un autre.

Le Monde, Le Canard et Médiapart ont été à la manœuvre tout au long du printemps 2017, une presse indépendante - en ce qui concerne les deux derniers, en tout cas - à qui on a reproché de feuilletonner l’affaire dans le seul but de flinguer Fillon. « On » a eu tort, évidemment, même si Fillon est politiquement mort depuis.  Jean-Michel Apathie s’est étranglé de colère face à un Edwy Plenel serein, imperturbable et déterminé.  Heureusement.

Si on veut purger un système aussi perverti que celui que nous proposent les institutions de cette république à la dérive, il faut continuer d'enfoncer le clou, le plus profondément possible, dans l’abcès pour le vider, si c'est encore possible.

Parler de cette affaire, en reparler, c’est faire preuve de civisme au nom d’un idéal de justice vraiment républicaine.

En ce mois de septembre 2018, le calendrier juridique est plein de malices, ou d’étranges coïncidences : dans l’affaire Bygmalion, ce 20 septembre, la cour d’appel reporte sa décision au 25 octobre prochain, Nicolas Sarkozy peut encore faire tranquillement son footing au Bois de Boulogne, encadré par deux gardes du corps que nous payons de nos impôts. En toute impunité, lui aussi, et apparemment sans honte et sans aucune gêne m’explique un de mes potes qui l’a croisé fortuitement la semaine dernière. À l’aise dans ses Nike rutilantes, bronzé, détendu.

Dans un avenir très proche, Dupond et Dupond sauront s’ils doivent comparaître devant un tribunal correctionnel.

Puisque nous parlons des Dupond et Dupont, comment ne pas parler des Ducons & Co ? Les Philippe Bas, président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation, du suffrage universel et des règlements au Sénat, chargé de l’enquête (nécessaire) sur les agissements (insupportables) d’Alexandre Benalla ; les Ciotti donneur de leçons morales ; les Wauquiez dont la seule ambition est d’être « au milieu » de la corde tendue par Emmanuel Macron.  On notera au passage que la reprise de cette expression, macronienne par excellence, que cette étrange appropriation est révélatrice du niveau psychologique et intellectuel du bonhomme. Il a déjà perdu, il s’est pendu avec la corde de Macron…

Ciotti, le pote de Mariani en partance vers le RN pour conduire la liste de Le Pen aux Européennes !

Il n’y a qu’à Nice que l’information ne circule pas, les vieilles blondes peroxydées et leurs maris à pompes vernies blanches ne sont pourtant pas complètement sourds, pas totalement aveugles. Non, ils font tout simplement partie de la fédération la plus importante des Ducons & Co, celle des Alpes-Maritimes.

Quand je les entends pérorer sur Benalla, je me demande ce qu’ils auraient bien pu dire concernant Fillon et Sarkozy s’ils avaient été là. Ou pas trop loin.

Bande de clowns.

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