Macronyme et macronymie : le vocabulaire français s’enrichit d’un nouveau concept

Il y aura un avant et un après Emmanuel Macron. La littérature, la philosophie, l’art, la science, la musique, les mathématiques vont devoir intégrer un nouveau concept révolutionnaire formé à partir du mot « macronyme ». Le macronyme est à la pensée politique ce que la physique quantique et la relativité sont à la physique classique, non pas un point de départ, mais une rupture.

Il y aura un avant et un après Emmanuel Macron.

La littérature, la philosophie, l’art, la science, la musique, les mathématiques vont devoir intégrer un nouveau concept révolutionnaire formé à partir du mot « macronyme ».

Le macronyme est à la pensée politique ce que la physique quantique et la relativité sont à la physique classique, non pas un point de départ, mais une rupture.

En expliquant qu’il n’était ni de gauche ni de droite, le candidat à la présidentielle de 2017 nous mettait sur la voie d’un bouleversement idéologique et sémantique qui allait profondément modifier la géographie politique de la France, de l’Europe et du monde. Et du cosmos qui n’est pas à l’abri, lui non plus…

N’être ni de gauche ni de droite c’est se réserver la possibilité d’être de gauche et de droite, l’expression « en même temps » vient renforcer le mouvement de déplacement qui doit accompagner ce nouveau concept, la translation est, si non automatique, du moins implicite, voire systématique au sens noble du terme puisque c’est tout un système de pensée qui est remis en cause.

Dans l’Ancien Monde, c'est-à-dire 3 ans av E-C, malgré les efforts de Mitterrand, de Jospin et de Hollande, les valeurs de la gauche étaient réputées incompatibles (en grande partie) avec celles de la droite quand elle en avait. Plus maintenant, grâce à Macron. Dorénavant on peut affirmer que les valeurs de la gauche sont celles de la droite et que les valeurs de la droite sont celles de la gauche, la réciprocité tient une place fondamentale dans la logique macronienne, c’est ce qui fait sa richesse.

Les exemples d’applications sont infinis et touchent notre vie quotidienne jusqu’à notre intimité.

Être riche ou être pauvre n’a plus aucun sens, un retraité qui gagne 2050 € mensuel est réputé riche, celui qui gagne 1990 € est déclaré pauvre, or avec un taux d’inflation de 2 %, le pauvre va devenir riche en un an seulement puisqu’il gagnera 2030 € après douze mois de pénitence ! Le pauvre devient riche, le riche reste riche. Tout le monde est riche, c’est une question de patience, Macron va nous expliquer cela demain si la tour Eiffel ne fait pas un malaise deux heures avant, je me fais du souci pour la tour Eiffel, c’est mon droit.

Magique !

Macron a aboli l’ISF en expliquant qu’il avait droit de le faire puisque cette disposition figurait à son programme et qu’il a été élu démocratiquement, il rappelle à ceux qui veulent bien l’entendre qu’il est « légitime ».

Que dire ? Il a raison, c’est un argument solide, le programme électoral, la démocratie, la République, la légitimité, tout ça…

A contrario, d’une manière ou d’une autre, on ne sait pas encore comment, il va bientôt augmenter le temps de travail, une mesure qui, pourtant, ne figurait pas à son programme, il avait même déclaré qu’une telle augmentation ne verrait jamais le jour pendant toute la durée de son quinquennat, un engagement pris lors de sa campagne électorale. De la même façon, il avait prévu de ne pas diminuer le pouvoir d’achat des fonctionnaires, une promesse qu’il n’a pas su respecter puisqu’ils n’ont pas bénéficié de la baisse de leurs charges alors qu’ils ont bien subi, eux aussi, l’augmentation de la CSG : Macron, en étant « en même temps » infidèle à son programme électoral pour une catégorie de la population  a su être infidèle à son programme pour une autre catégorie de la population, c’est ce qu’on appelle la symétrie en logique macronienne, un autre fondamental de sa pensée qui s’ajoute à la réciprocité.

1 partout, balle au centre.

Le macronyme s’affranchit de la notion un tantinet désuète de « définition » si chère à nos éducateurs, à nos chers professeurs et à nos académiciens, tous de vieux cons qui s’embarrassent d’une multitude de détails dans lesquels ils se noient avec délectation. Regardez la tête de VGE…il ressemble trait pour trait à la momie de Toutankhamon ! vous, je ne sais pas, mais moi, j’ai la trouille dès que je le vois.

Synonymes et antonymes sont vidés de leur substantifique moelle. Il était temps ! Le macronyme a réussi à les phagocyter.

Le fait qu'un mot trouve son contraire ne veut plus rien dire. Un peu d'audace, que diable !

La violence n’a pas le même sens selon que tu es policier ou manifestant, dans un cas elle est parfaitement « légitime » quelques soient les circonstances, dans l’autre c’est toujours un délit, toujours. Le pompier qui éteint un incendie un samedi et qui en allume un autre le samedi d’après est en même temps un sauveteur et un délinquant. En ce sens, le benallalisme est un produit dérivé de la macronymie, flic et truand.  

Il faut suivre, car la pensée macronienne est complexe et très subtile, le bien, le mal, le chaud, le froid, le sucré, le salé, le sacré, le profane, tout cela ne sert plus à rien, c'est du passé ! comment faut-il vous le dire ?

Il n’y a plus de différence entre celui qui pourrait éventuellement commettre un acte délictueux et celui qui vient de le commettre, reconnaissons qu’un flag c’est compliqué, c’est vrai, il faut être au bon endroit au bon moment, ce qui n’est jamais facile facile pour un flic normalement constitué.

Le conditionnel, le présent, le futur et l’imparfait sont des empêcheurs de matraquer en rond.

Plus de différence non plus entre un journaliste qui filme une manifestation et un membre des black block. D’ailleurs pas de différence du tout entre des manifestants, des gilets jaunes, des badauds, des journalistes et des casseurs, ils appartiennent tous à la racaille.

Le macronyme de gauche est droite, celui de droite est gauche, les deux en même temps ! c’est cela le macronyme.

Le macronyme de vérité est mensonge et inversement, tout dépend du contexte.

Le macronyme de jeune est vieux, de vieille est jeune, une pensée affectueuse pour Brigitte.

Attention toutefois à ne jamais confondre macronisme avec macronymie : quand tu es macroniste tu es con sans t’en rendre compte tout en croyant bêtement être très intelligent, alors que quand tu fais de la macronymie tu es très con et très fier de l’être, mais tu es trop con pour faire semblant d’être intelligent.

Ça se joue à très peu de chose, en fait, on peut même s’amuser à interchanger macroniste avec macronymie, ça match parfaitement !

De là à conclure que le macronyme est un vecteur de con-fusion et de connerie il n’y a qu’un pas.

Pour ceux et celles qui en douteraient encore, rendez-vous demain : vous allez voir comment on augmente le pouvoir d’achat des pauvres en leur demandant de travailler plus et gratuitement.

On va bien se marrer !

Bon, je vais aller de ce pas rassurer ma femme, Nathalie, qui a lu ce que j’écrivais à propos de la fidélité, depuis elle me regarde d’un air suspicieux, elle ne décolère pas.

Pour être très franc avec vous, elle m’a même balancé une claque en me traitant de vieux con ! sur un simple quiproquo…un quiproquo bête, mais bête…

Si ce n’est pas de l’amour, ça…

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