J’hésite entre le bien et le mal.

Un cheminement long, pénible et hasardeux vers un nihilisme de gauche vraiment libertaire. Rien que ça ! Que viennent faire Edgar Morin, Michelle Torr, Claude François, les Beatles et Boy George dans cette galère ? J'ai bien dit pénible et hasardeux...je suis lucide.

Pour les moins jeunes d’entre nous, la féroce concurrence qu’opposait le bondissant et sautillant Claude François au rockeur transpirant Johnny Halliday aurait pu laisser des traces.

Encore aurait-il fallu que nous nous y intéressions…juste un vague souvenir…et encore…il faut bien reconnaître qu’il avait mauvais genre Johnny, il y a 60 ans. Et cette manière de se déhancher…pas étonnant qu’il ait eu un problème de claudication vers 60 ans.

Dans la salle d’attente de mon cardiologue, j’ai lu un article sur Claude François…il était « de droite », le bâtard.

Face à ces cruels dilemmes, comment rester neutre sans jamais prendre parti ?

Impossible, le commerce a viscéralement besoin de ces croyants qui deviennent fanatiques à la moindre occasion, les cœurs s’emballent, les porte-monnaie se vident et les caisses se remplissent.

Ou l’audimat, c’est pareil.

Nos vies s’articulent autour de ce débat, il y a les « pour » et les « contre ». Il suffit d’un tout petit rien pour que la conversation ne se transforme en pugilat, tout est important, il n’y a pas de sujet vraiment anecdotique.

La vie en noir et blanc, j’hésite entre le bien et le mal, les occasions ne manquent pas, il faut savoir les saisir et y répondre. Sans honte et sans pudeur, j'en ai bien peur.

Les brunes contre les blondes : ceux qui expliquent aimer ces deux catégories de femmes que pourtant tout oppose passeront pour des prédateurs sexuels incurables, des frustrés, des obsédés. Je ne parle pas de ceux qui préfèrent les rousses, des psychopathes, des pervers, ceux-là.

Franchement, c’est dégueulasse un type qui aime les rousses. En plus ça ne veut rien dire, rousse, et pourquoi pas bleue ?

Moi, par exemple, j’aime les brunes, oui, monsieur, parfaitement, je n’aime que les brunes…à part, peut-être Clara…et Béatrice…et Sophie…et...l’occasion d’expliquer qu’il y a toujours une règle derrière l’exception, exception sans « s » car chacune de ces blondes était une vraie exception.

Les femmes ne sont pas des êtres humains, elles sont blondes ou brunes. Ou décolorées, les pires !

Mireille Mathieu contre Michèle Torr…quelle horreur ! se poser la question c’est y répondre…regardez Sarkozy, il a choisi, lui. Michèle Torr, l’amie de Mitterrand.

Qu’on le veuille ou non, le clivage gauche-droite a eu de beaux jours.

Belmondo contre Delon…Delon ? Pouah ! tellement sympa, Belmondo…alors que Delon…

Catherine Deneuve est « froide » alors que Salma Hayek est « torride ».

Pauvre Dewaere...quel gros porc ce Depardieu quand on y pense. Bon acteur, ouais mais ce n'est pas une raison, pour qui se prend-il ?

Les Beatles contre les Stones. Si vous êtes plutôt « Beatles » faire un bref laïus sur les mélodies, sur les harmonies de Georges Harrison, après on ne pourra plus vous reprocher d’aimer les Beatles, vos ennemis vous regarderont avec un sourire bienveillant. Se taire risque de vous classer automatiquement parmi les tocards, un choix s’impose. Être passé à côté des Beatles et des Stones est statistiquement impossible, sauf, peut-être, pour Philippe Barbarin, trop occupé à caresser ses ouailles dans le sens du poil quand elles (ils) en avaient.

Le disco contre le rock. On a le droit d’aimer les deux quand on a plus de 60 ans. Avant c’est suspect, après c’est trop tard, vous pourriez être taxé d’opportunisme voire d’insincérité, car, dans un diner arrosé, ou pendant un apéro chez le voisin, il y en a toujours un qui vous regarde de travers, il n’attend qu’une occasion pour vous ridiculiser, il veut se distinguer. Et c’est un peu vrai que le disco, ça fait ringard…i will survive…Gloria G, je n’ose pas avouer que je connais son nom et que je pourrais (bien bourré) éventuellement fredonner la chanson.

Muhamed Ali contre Joe Frazier. J’aurais tort de me moquer, je suis allé au Palais des Sports de la Porte de Versailles avec mon pote de toujours, Pierre, pour assister à la retransmission en direct du match vers 3 heures du matin…Ali…j’arrête d’en parler, des larmes m’en tombent.

Chopin contre Mozart ou contre Bach, au choix…éviter à tout prix de parler de la dynastie des Strauss, père, fils, petit fils, neveu…Contrairement à Woody Allen, moi, c’est quand j’entends la Marche de Radetzky que j’ai envie d’envahir l’Autriche, en commençant par Vienne et son Musikverein, surtout en ce moment, mais chacun a ses goûts. Wagner ou Strauss…sans moi, les gars, je n’aime ni l’odeur ni le bruit que font les bottes. Même en musique.

Raphaël contre Michel Ange…ou contre Léonard de Vinci…il suffit de placer « renaissance » avant « haute renaissance » pour avoir l’air de s’y connaître, personne ne vous contredira.

Nietzsche contre Marx, on sait de quel côté penche la balance, il y en a un qui est « de gauche », le con, et l’autre « de droite », le salaud. Deux Allemands…méfions-nous quand même ! Parler ensuite de Freud en prenant bien soin de placer un couplet sur « les philosophes de l’invisible » qu’il est de bon ton d’opposer à Descartes et à Spinoza, des curés fanatiques, des pédophiles en puissance, quoi. Si vous habitez Nice vous pouvez vous permettre d’ajouter un laconique « Descartes n’était pas juif, lui ». Succès garanti. Reconnaissons que « Baruch » c’est un peu lourd à porter, non ?

Tout cela c’était hier, aujourd’hui les choses sont beaucoup plus simples.

Quelques foyers, ici ou là, les véganes contre les viandards, ou le contraire.

Des fantasmes, des complots qui envahissent la scène, on est loin de « La rumeur d’Orléans » de l’excellent Edgar Morin, la rigueur fout le camp, Le Pen et Ducon-Aignan surfent sur la connerie qui s’enivre de mensonges.

Les idoles sont mortes ou en voie d’extinction.

Les barrières idéologiques, s’effritent, menacent ruine, l’extrême droite italienne copule avec la gauche, c’est vrai dans d’autres pays aussi…la France, demain peut-être. Ou le dernier bastion de la résistance, c’est ce que j’espère.

Daniel Cohn-Bendit fait ami-ami avec Luc Ferry qui ne voit pas comment on pourrait résoudre les dramatiques problèmes liés à l’injustice sociale sans passer par les armes ces gilets jaunes qui, décidément, ne comprennent rien à rien, des bourrins avinés.

Emmanuel Macron organise un monologue national qu’il veut faire passer pour un débat, il demande à Cyril Hanouna de relayer sa bonne parole avec Marlène Schiappa en cheerleader.

Il fait des claquettes ici ou là.

Il remonterait dans les sondages.

Une bonne nouvelle quand même, Besancenot, Mélenchon, Drouet et la CGT se mettent d’accord pour une grève nationale le 5 février, il était temps.

J’espère que cette grève ira jusqu’au 7 février, ce jour-là, j’aurais 65 ans. J’irai claquer la bise à Besancenot, je l’aime bien ce petit gars.

C’est le seul cadeau que j’accepterais.

J’espère que tu me liras, d’ici là, Olivier…sinon…Do you really want to hurt me, do you really want to make me cry ?

 

 

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