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Billet de blog 25 mai 2022

Je suis devenu coach, spécialiste en écoute passive.

Je ne suis pas lassé, à proprement parler, du genre humain, non, mais je dois reconnaître qu’il m’arrive parfois de douter...

Bruno Painvin
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Attention, il y a une énorme différence entre l’écoute passive et l’écoute active !

Ce n’est pas du tout le même tarif, mais alors pas du tout ! J’y reviendrai.

Bruno, tu sais écouter les gens, toi !

C’est fou ce que tu es capable d’écouter tes interlocuteurs ! Avec une de ces patiences !

Je t’observais, hier soir, après le dîner chez Yvonne et Christian, j’étais impressionnée par ton silence face à Yvonne qui t’a, quand même, tenu la grappe pendant une heure avec ses histoires, la pauvre Yvonne !

Bruno, je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi attentif, d’aussi disponible que toi vis-à-vis des autres !

Mais comment tu fais pour écouter toutes ces conneries, Bruno ?

Cinq personnes différentes, cinq témoignages identiques.

Depuis mes 20 ans, j’ai accumulé un nombre considérable de déclarations de ce genre qui, près d’un demi-siècle après, m’ont conduit à donner une orientation différente à ma retraite.

Je me suis donc lancé dans le coaching, moi aussi, le coaching en écoute passive.

La communauté des coachs est vaste : coach sportif, coach mental, coach comportemental, coach alimentaire, coach spirituel, coach commercial, coach vestimentaire, coach propreté, coach vocal, coach sexuel, coach de couple, la liste des coachs est illimitée.

Pas besoin de diplôme.

Il y a même des coachs de vie qui ont pour mission de motiver les gens pour les aider à atteindre leurs objectifs personnels et/ou professionnels qu’ils se sont fixés.

S’ils n’ont pas d’objectif, le coach peut les aider, doit les aider à en trouver.

Mais tu ne peux pas leur foutre la paix, non ?

Je ne suis pas lassé, à proprement parler, du genre humain, non, mais je dois reconnaître qu’il m’arrive parfois de douter.

Mes nombreux « admirateurs » dont je ne remets pas en cause ni la sincérité, ni l’empathie, ne se rendent pas compte, en fait, que tous ces gens que j’écoute me font profondément chier.

Depuis 50 ans !

Je n’en peux plus !

J’ai atteint mes limites, bien au-delà du raisonnable, bien au-delà du supportable, bien au-delà de la décence.

Plus le temps passe et moins je les supporte.

Les seules personnes avec qui j’échange régulièrement sont ma femme, Nathalie, mes enfants, mes deux chiens, ma chatte, mes poules et Pierre, un pote que j’ai connu en 1971.

En dehors d’eux, au bout de cinq minutes d’échanges, je m’emmerde fermement.

Untel que j’ai pris pour un type sympa s’est révélé être lepéniste.

Une autre que je trouvais drôle était homophobe, narcissique, frustrée et méchante.

Un autre que je prenais pour un libertaire plutôt marrant, en tout cas original, s’est avéré être, en fait, un antisémite de la pire espèce, nostalgique de la bande à Hitler…

Des gens qui regardent la télévision, écoutent Pascal Praud et chantent du Michel Sardou quand ils sont gais…ou du Mireille Mathieu, mais je ne veux pas trop accabler cette pauvre femme.

Et donc, non, je ne suis pas patient, mais alors pas du tout !

C’est bien simple, si je me laissais aller, je deviendrais coach de mort ! Normalement, je devrais être en train de purger une peine de prison à vie…

Vous m’insupportez, bande de nazes ! Comment faut-il vous le dire ?

Vous croyez vraiment que vos conneries intéressent quelqu’un sur terre ? Et pourquoi, justement, ça tombe sur moi ? Je suis maudit ou quoi ?

Je me souviens d’un soir, toujours après un dîner, ou j’avais cru intelligent – par pure courtoisie – d’accompagner une certaine Isabelle (une copine d’une copine de Nathalie) à l’épicerie du village qui fermait tard le soir, pour qu’elle puisse s’acheter un paquet de clopes, j’avais été, moi aussi, dépendant à cette drogue, question de solidarité donc.

Pendant le repas, elle m’avait parlé de son parcours professionnel et amoureux en m’expliquant qu’il lui était arrivé, très souvent, de ne pas faire la différence entre l’un et l’autre, elle en riait, j’aurais dû me méfier…

Paquet de clopes en poche, elle revient s’asseoir dans ma voiture, à ma droite, la place des grands brûlés, et s’en allume une, sans rien me demander, en utilisant l’allume-cigare dont c’était le baptême du feu, je m’en souviens, car cela m’avait agacé.

Et là…c’est le drame !

Elle exhale langoureusement une bouffée, que dis-je une bouffée, un nuage gris-bleu qui m’arrivent droit dans les naseaux et me piquent affreusement les yeux et, profitant d’un moment d’aberration, me met sa main sur mon entrejambe !

Sans un mot, sans me regarder…comme si c’était naturel, évident…

En lui proposant gentiment de l’accompagner après l’avoir écouté poliment, elle avait cru que…elle m’avait piégé…

Ah la garce !

Voilà pourquoi, j’ai décidé de me spécialiser dans l’écoute passive, l’écoute active est devenue, à mes yeux, potentiellement beaucoup trop dangereuse, pleine de quiproquos ou de malentendus et réserve trop de mauvaises surprises comme ce fût le cas ce soir-là.

J’ai passé l’âge, merde !

J’ai hésité sur le nom de mon futur blog de coach : Le silence des agneaux, Le silence est d’or, Le monde du silence, J’écoute donc tu suis, Le silence, un ami que vous veut du bien…

Finalement je me suis arrêté sur Un silence peut en cacher un autre ; mon silence précède le tien, pour le dire clairement, connard !

L’idée de cet intitulé est simple : il s’agit de faire comprendre à mes interlocuteurs qu’ils feraient beaucoup mieux de fermer leur gueule plutôt que parler pour ne rien dire ou sortir des énormités racistes. L’observateur attentif (s’il n’était pas attentif, il ne serait pas digne d’être un observateur, pas assez crédible) aura noté l’image du deuxième train qui était caché par le premier…la menace est là. Vont se faire écrabouiller, les bavards !

Si la connerie est envahissante, c’est bien à cause de quelque chose, non ?

Nous passons beaucoup trop de temps à écouter les cons et leurs conneries.

Je vais bientôt lancer une pétition destinée à créer un électrochoc en France, l’objectif est de faire réagir le plus grand nombre de gens pour une prise de conscience collective et néanmoins salutaire, l’idée m’est venue en lisant un papier sur le « transfert du siècle » entre France 2 et France 3 qui va bientôt hériter de Michel Drucker, né il y a 80 ans à Vire, là où on fait les andouilles éponymes…

L’intitulé de ma pétition sera sobre : Débranchez-le !

Voilà soixante ans que ce type nous inonde de ces mièvreries…c’est la période pendant laquelle la connerie s’est dangereusement intensifiée en France, il n’y a pas de hasard, ce n’est pas une simple coïncidence.

Drucker est le symbole de la médiocrité qui a enfanté la connerie devenue envahissante, il faut mettre un terme à ce drame national.

Drucker, c’est la référence de Pascal Praud, le père spirituel de David Pujadas, l’amant merveilleux dont rêve Laurence Ferrari, le gourou de Patrick Sébastien, le modèle de Nicolas Doze, le gendre idéal de Nadine Morano, l’homme qui chuchote à l’oreille droite de Roselyne Bachelot.

Sans lui, comme par hasard, pas de Mireille Mathieu ! eh oui !

Il a hanté les couloirs de toutes les télévisions, de toutes les radios pendant six longues décennies.

Dès que j’aurai fait tomber Drucker, le reste va suivre, la connerie va s’arrêter, faute de carburant.

Pauvre Mireille, elle ne lui survivra pas.

Comme quoi, l’écoute passive à quelque chose de vraiment révolutionnaire si on en généralise le principe.

Le mot de la fin, comme souvent, à Pierre Desproges : « Est-il indispensable d’être cultivé quand il suffit de fermer sa gueule pour briller en société ? ».

À méditer, Michel, même si, j'en ai bien peur, pour toi c'est déjà trop tard...

Étonnant, non ?

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