Avec Thierry Breton Emmanuel Macron invente un nouveau concept : le confit d’intérêts

Après Sylvie Goulard, Emmanuel Macron propose la candidature immaculée de Thierry Breton : grâce à un tour de passe-passe dont il a le secret, le futur ex-PDG d'Atos permet au président de la République de réaliser une prouesse à la fois juridique, politique et gastronomique : transformer des conflits d'intérêts en confit d'intérêts !

La plainte qu’Anticor vient de réactiver le mois dernier n'y changera rien, pas plus que l’excellent article très bien documenté, rédigé hier par la non moins excellente Martine Orange : Thierry Breton n’est pas coupable, il n’est même pas soupçonnable de conflit d’intérêts, c'est dire !

En France la notion de « conflit d’intérêts » entre privé et public, ou entre public et privé, ou dans les deux sens comme c’est le cas avec Thierry Breton, n’est…ne… n’existe pas.

Y'a pas conflit, rien...ni hier, ni aujourd'hui et encore moins demain, c'est juré !

C’est pour cette raison très technique que la justice n’a pas cru opportun d’instruire la première plainte déposée par mes amis d’Anticor contre le futur ex-PDG d’Atos, il y a plus de cinq ans.

« À quoi bon ? » , s’interrogeait prudemment Paul Valéry qui ajoutait qu’« un bon poète n'est pas plus utile à l'État qu'un bon joueur de quilles » : Thierry Breton n’est pas un bon poète, il n’est même pas poète, en revanche c’est un excellent joueur de quilles – et de flûte – comme l’a si bien démontré Martine Orange : contrairement à l’auteur de « La Crise de l’esprit », Emmanuel Macron a été sensible à ce savoir-faire qui permet à Thierry Breton de passer entre les mailles du filet à chaque fois qu’une des entreprises qu’il a dirigées d’une main de fer est impliquée dans un scandale politico-financier à base de conflits d’intérêts.

Quille, flûte ou pipo, ce qui compte c’est de ne jamais se faire pendre prendre.

Un as de l’esquive qui sait rester dans l’ombre quand il le faut, la boule de bowling le frôle sans jamais l’atteindre, quand elle le vise, il est déjà parti pour un autre poste…loin du tohu-bohu juridique, mais toujours proche des pouvoirs.

Toutes les autres quilles tombent, mais pas lui comme on a pu le constater lors du procès de France-Télécom.

Ces « affaires » se jouent à de tout petits riens, sur des détails.

Afin de mieux comprendre la technique employée par Emmanuel Macron pour proposer la candidature de Thierry Breton à la tête des affaires intérieures européennes – marché intérieur, industrie, espace, défense, numérique et culture – sans risquer de se faire retoquer par des députés européens sourcilleux eu égard au positionnement d’Atos sur le numérique (10 ans de mandat), il faut se plonger dans l’art de la gastronomie, en particulier dans l’art et la manière de réaliser des confits.

Nous sommes en France, pays de la bonne bouffe politique.

Soyons précis, reportons-nous d’abord à Wikipédia qui nous rappelle que « le confit est le nom générique donné à divers aliments immergés dans une substance à la fois pour le goût et pour la conservation. Scellé et entreposé dans un endroit frais, un confit se conserve plusieurs mois. Le confit est l'une des plus anciennes techniques de conservation des aliments. »

Instructif !

Mots clefs : « immergés », « goût » (bon, forcément), « conservation », « scellé », « endroit frais » « des plus anciennes techniques ».

Nous nous rapprochons.

Allons faire un tour, ensuite, du côté de l’Encyclopédie Larousse du XXe dans son édition – en six volumes reliés cuir vert, magnifique ! – de 1929 : « Art culin. Procédé de conservation par enrobage dans leur graisse fondue, de l’oie, du canard, de la dinde, etc., découpés en morceaux ».

« …de la dinde, etc., oui, mais pas que, le pigeon aussi, on aime bien les pigeons à LaREM.

Sublime !

Mots clefs : « enrobage », « graisse fondue » « découpés en morceaux ».

Le confit d’intérêts est l’art et la manière d’enrober des conflits d’intérêts dans leur graisse, de les découper en petits morceaux, de les mettre au frais sans oublier de les sceller, afin de les conserver à l’abri du vent, de la pluie et des yeux indiscrets de nos députés européens, le plus longtemps possible.

Le confit d’intérêt est un plat qui se mange froid, c’est évident.

Emmanuel Macron est un cuisinier hors pair qui accumule les prouesses juridico-gastronomico-politiques et qui, grâce à Alexandre Benalla puis à Richard Ferrand, a déjà brillamment obtenu deux étoiles au guide du Vieux Routard Politique – VRP –, gageons qu’après la mésaventure Goulard et celle qui se profile maintenant avec cette candidature Breton, il obtienne une troisième étoile, deux oreilles et la queue.

Sous vos applaudissements !

Tout cela concourt au succès et à la notoriété mondiale de la gastronomie politique française.

Il y a un risque, ne nous voilons pas la face : rien ne dit que l’Europe digérera aussi facilement que les Français ce plat, reconnaissons-le, un rien roboratif.

Nous, nous avons l’habitude, mais eux…

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