L’engrenage meurtrier de la connerie

Ce que l’on pouvait redouter de pire est arrivé hier à Bayonne, Claude Sinqué, ancien candidat frontiste, a tiré à vue sur des fidèles qui se rendaient à leur mosquée, blessant deux personnes dont une est entre la vie et la mort. Pour essayer de comprendre cet acte odieux, gravissime dans une République qui se dit laïque, il faut prendre en compte le contexte qui entoure ce drame.

Ce que l’on pouvait redouter de pire est arrivé hier à Bayonne, Claude Sinqué, ancien candidat frontiste, a tiré à vue sur des fidèles qui se rendaient à leur mosquée, blessant deux personnes dont une est entre la vie et la mort.

Pour essayer de comprendre cet acte odieux, gravissime dans une République qui se dit laïque, il faut prendre en compte le contexte qui entoure ce drame.

Plusieurs évènements marquants se sont passés juste avant que ne se produise cette tentative d’assassinat, l'enchaînement des faits, leur chronologie, pour ne pas dire leur concomitance, saute aux yeux, c'est évident.

Le 3 octobre se produit un attentat terroriste sur fond d’islamisme radical à la préfecture de police de Paris au cours duquel 4 personnes trouvent la mort dans des conditions atroces.

Le 11 octobre Julien Odoul, président du groupe RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, agresse verbalement une femme voilée qui accompagnait un jeune enfant venu voir le fonctionnement d’une institution démocratique dans le cadre d’une opération civique, il lui demande de sortir de l’hémicycle, il parle d’une « provocation ».

Le 8 octobre, au lendemain de l’attentat terroriste, Emmanuel Macron se déplace à la préfecture de police de Paris pour rendre hommage aux victimes et témoigner de son soutien aux fonctionnaires de police très affectés – on le serait à moins – par la mort de leurs camarades, il tient des propos ambigus, flous, et appelle les Français à « bâtir une société de vigilance » en précisant un modus operandi qui laisse songeur au regard de ce qui vient de se passer au Pays basque, une société, selon lui, où il faudra désormais, « savoir repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi, les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République ».

Emmanuel Macron a été entendu…pris au mot par un imbécile, il vient de tomber dans son propre piège, entrainant avec lui une partie importante de la population française à son corps défendant, mais suivi par une autre ; en trois semaines la Nation s'est divisée, fracturée, fracassée, trois semaines fatales qui con-sacrent le délitement franchouillard qu'on voyait venir depuis une douzaine d'années.

L’agression verbale dont s’est rendu coupable Julien Odoul a donné lieu à un vaste débat sur le port du voile, un de plus, dans une France légitimement meurtrie par les attentats terroristes du Bataclan, de Charlie Hebdo et de bien autre encore, malheureusement, tragiquement.

Le front national devenu rassemblement (?) national est toujours impliqué, à des degrés différents, dans cette psychose islamophobe, parfois acteurs directs ou indirects, c’est son fonds de commerce, Macron l’a parfaitement compris, lui qui espère un duel final face à Le Pen en mai 2022, son discours sur le devoir de vigilance est à comprendre dans le sens d’une surenchère dextrogyre, et rien d’autre, c'est une resucée sarkoziste de la pire espèce.

De plus en plus d’intellectuels, parmi lesquels l’académicien Alain Finkielkraut, prennent la plume pour dénoncer les risques d’une islamisation rampante de la France, accréditant à quelques nuances près la fumeuse théorie du « grand remplacement ».

Dans ce contexte, la parole se libère, Yves Thréard se sent autorisé à déclarer publiquement « Ça n'existe pas l'islamophobie ! Moi, je déteste la religion musulmane, je peux le dire ! On a le droit de détester une religion ! » dans un amalgame que plus rien ne retient, l’impudeur est islamophobe , « on a le droit » de le revendiquer haut et fort en tant que tel.

Les hyènes sont lâchées.

Derrière lui, mais avec lui, Gilles-William Goldnadel, Olivier Galzy et l’impayable Éric Zemmour, impayable sauf pour Canal +, sauf pour Serge Nedjar, patron de CNEWS.

La haine est partout, mise en scène, produite et orchestrée par une bande d’inconscients qui ne savent plus quoi faire pour sauver les apparences quand les flammes commencent à leur lécher les fesses, ils sont pris en flagrant délit avec un briquet dans la main droite.

Tous.

Y compris Emmanuel Macron dont il ne faut pas oublier le titre et la fonction de président de tous les Français.

Son discours du 8 octobre prononcé dans la cour d’honneur de la préfecture de police de Paris fera date…l’histoire en reparlera, j’en ai bien peur.

Claude Sinqué est un esprit faible, probablement déséquilibré, qui a entendu une « musique de fond » chantonnée par ces journalistes, par ces brillants professeurs, par tous ces hommes et femmes politiques qui passent leur temps à attiser le feu de la haine, on ne peut pas parler de xénophobie puisque ces musulmans sont tous, en tout cas très majoritairement, Français…

On ne peut pas nier un problème de fond face à l’islamisation politique, face à une radicalisation qui existe, mais si on voulait jeter les musulmans français dans les bras de DAESH on ne s’y prendrait pas mieux.

La peur, et l’exploitation politique que l’on en fait, conduit au désastre.

Souvenons-nous du 17 octobre 1961 : en pleine période d'attentats, une manifestation pacifique organisée par le FLN est tragiquement réprimée. Le bilan fluctue entre 32 et 300 morts…

À croire qu'octobre est un mois maudit pour les hommes et les femmes de bonne volonté, musulmans ou pas.

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