Le gland remplacement

Nous sommes entrés dans un automne triste, froid, venteux, pluvieux, horriblement monotone, gris, sombre et menaçant qui risque de s'éterniser. Les glands sont partout, ils prennent le pouvoir. C’est le gland remplacement.

Ça y est, ils prennent le pouvoir !

Ou pas loin de le prendre, ils se rapprochent...

Ils sont partout, dans les villes, à la campagne, en maisons individuelles, en appartements, au camping, à l’Élysée, à Matignon, au LR, au RN, sur CNEWS, sur BFMTV, à Valeurs actuelles, au Figaro, au PS aussi.

Ils ont voix au chapitre, leur pouvoir d’influence sur les esprits est phénoménal, sans limites.

C’est un réseau puissant, apparemment très bien organisé, avec des ramifications probablement très étendues, en tout cas discrètes, secrètes, mais très efficaces ; curieusement sans leader déclaré, le bouche-à-oreille est la règle, onomatopées et borborygmes ponctuent leur discours de haine.

Ils n'ont pas besoin de se parler pour se comprendre, pas besoin de penser non plus...

Ils se mettent en scène, se cooptent, s’entraident, se font la courte échelle, s’encouragent, se congratulent.

Ils s’applaudissent quand ils sont en réunion, les occasions ne manquent pas.

Ils pensent tout haut ce qu’ils disaient tout bas, frénétiquement.

Ils ont réinventé le point Godwin, rebaptisé pour la circonstance point Gourdin, tous les chemins mènent aux tapis de prières, vêtements, pilosité, couleur de peau, regard, alimentation...Ali-Mentation, si c'est pas un signe, ça, ben merde alors !

Ils sont partout...

J’en rencontre dans la rue, dans mon club de sport, j’en croise à vélo quand ils roulent en groupe, dans le bar où je vais acheter des timbres, je les entends vomir sur tout ce qui ne leur ressemble pas.

Aux réunions de la mairie, dans la salle d’attente de mon médecin ou de mon dentiste.

N’ayons pas peur des mots, il s’agit bel et bien d’une invasion.

Rien ne les distingue vraiment les uns des autres, il n’y a pas de signaux faibles qui permettraient d’anticiper, de s’éloigner, de se mettre à l’abri ou de prendre un peu de recul.

Gros, maigres, petits, grands, chauves, pas chauves, hommes, femmes, retraités, actifs, adolescents, vieux, ils rodent, ils sont là, pas loin.

Ils sont partout...

Impossible dans ces conditions de lancer une alerte, ce serait très risqué, voire contre-productif, une agression n’est pas impossible, je parle d’agression physique, oui, bien sûr, le point Gourdin !

Susceptibles, colériques, rancuniers, apeurés, violents, frustrés, je suis absolument certain que parmi eux, certains gros mâles frappent leur femme, les femmes sont les premières victimes de la connerie.

Si tu leur parles du « Dictionnaire des idées reçues » ils te regardent comme si tu débarquais d’une autre planète, l’œil rond, la pupille dilatée, bouche ouverte.

« C’est quoi ton Flo Bert, c’est qui, Flo, c'est bien une gonzesse, non ? »

« C’est quoi un dictionnaire ? »

« J'ai pas le temps de lire toutes ces conneries », ils sont très occupés, leur obsession est chronophage, une véritable hystérie collective.

Hier ils détestaient les juifs, les francs-maçons, les communistes, les « pédés », les « gouines » …mais ça, c’était hier…enfin, c’était hier, c’était hier, faut voir ! il en reste toujours quelque chose, ils sont très opposés à la PMA, à la GPA…ben oui, quand même ! « et le mariage pour tous, j'étais pas franchement pour, moi »

Catho-tradi en surface même s’ils ne pratiquent pas, même s’ils ne croient plus à rien, même s’ils n’ont jamais cru à un Dieu quelconque…

« On est quand même chez nous, oui ou merde ? ».

Leur laïcité est à géométrie variable, d’ailleurs ils n’ont jamais pris le temps de lire attentivement les 44 articles de la loi de 1905.

« On s'en fout, on n'en veut pas chez nous, un point c'est tout ! ».

Nous sommes entrés dans un automne triste, froid, venteux, pluvieux, horriblement monotone, gris, sombre et menaçant qui risque de s’éterniser, le plafond est bas, très bas, difficile de voir l'horizon.

L'air devient irrespirable.

Y'a de plus en plus de glands chaque année. Mais cette année, j'ai l'impression que les glands de l'année prochaine sont déjà là...Patrick Timsit nous pardonnera cet emprunt qui fait échos à l'actualité française d'une majorité de franchouillards hier silencieuse.

Les glands sont partout...ils prennent le pouvoir.

C’est le gland remplacement.

Celui-là est bien réel.

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