Nantes : son château, son Voyage, son éléphant, sa Loire et ses plastiques…

La mission scientifique 2019 de la Goélette Tara concluait en 2020 que « 100 % des prélèvements d’eau effectués dans neuf fleuves européens contenaient des microplastiques » (1) en outre, 80 % de la pollution marine est d’origine terrestre (2). En 2015, la ville de Nantes accueillait la Goélette Tara (3).

Le marché de la Petite-Hollande est bordé au nord par la ligne de tramway qui dessert la ville d’ouest en est et au sud par un boulevard et une piste cyclable qui longe la Loire. Sur l’autre rive, le tribunal de Jean Nouvel affiche son austérité dans l’écoquartier de l’île de Nantes.

Le marché alimentaire occupe le nord-est de ce qui est encore un parking. On s’interpelle en arabe, kabyle, espagnol, wolof, créole, avec un dénominateur commun : la langue française, ici pas de pollution au globish. La boucherie Halal côtoie la charcuterie traditionnelle, le camion crêperie fait face à celui des spécialités antillaises. Les producteurs bios, conventionnels, primeurs cohabitent, quelques traiteurs vietnamiens, indo-pakistanais, vénézuéliens, sénégalais se révèlent au hasard d’une travée. Les étales des producteurs de fromage de chèvre, éleveurs de volailles, vignerons ou autres paludiers de Guérande longent la ligne de tramway. Enfin au nord-est du marché sont rassemblés les poissonniers et leurs poissons, coquillages et crustacés en provenance des ports bretons et vendéens et plus particulièrement ceux du Croisic et de la Turballe situés au nord de l’estuaire de la Loire.

Bref, un marché français comme on les aime, où toutes les catégories sociales se côtoient (bien que certaines soient l’exclusivité du marché couvert du centre-ville, où règne une ambiance plus policée, moins polychromatique, moins polyphonique).

Mais (car il y a un mais) il y a le sud-ouest du marché et la Loire à portée d’une bourrasque, occupé par les marchands de produits manufacturés, acheminés par de gigantesques porte-conteneurs à travers les océans de la planète. L’ambiance est joyeuse et colorée. On s’y autorise le petit plaisir futile qui met un peu de fantaisie dans le quotidien des enfants et des ados : T-shirts à l’effigie du « Che » ou de « Bob Marley », foulards à  paillettes, coques pour smartphone, gadgets électroniques aux durées de vie éphémères. On y achète aussi de l’utile bon marché comme ces jeans, chemises, vestes, robes et autres chaussures aux marques inconnues. Evidemment, tous ces produits manufacturés sont gourmands en emballages aux multicouches de plastiques. On les arrache, on les déchire et on les jette sous l’étale, sans penser à mal (les services de la ville s’en chargeront) parce qu’il faut aller vite et accrocher le chaland avant qu’il ne change d’avis.

A la fin du marché, chacun replie et range soigneusement ses invendus. L’esplanade est désertée par les marchands et les clients mais malheureusement pas par une farandole de plastiques colorés qui, libérée de tout obstacle,  s’achemine allègrement à chaque coup de vent ou de passage de voitures vers les bords de Loire. Alors l’inévitable et l’irréparable se produit, elle franchit la mince barrière végétale et se fond dans l’eau limoneuse du fleuve.

Commence ainsi un périple funeste jusqu’à l’estuaire de la Loire. Nos polymères entreprenants et voyageurs se faufilent entre les porte-conteneurs stationnés au large de Saint-Nazaire (vous vous souvenez ceux qui depuis l’autre bout du monde acheminent nos produits manufacturés qui sont vendus au sud-ouest du marché). Nos fausses méduses se dégradent en multiples particules qui font la joie de certains organismes marins, eux même la proie de ces beaux poissons et crustacés pêchés au large de la Turballe, du Croisic ou de Saint-Gilles Croix de Vie et … Mais j’y pense, le poisson, les huîtres et les araignées que j’ai achetés ce samedi matin au nord-est du marché de la Petite-Hollande ! Une forme d'économie circulaire en quelque sorte mais pas celle qu'on atttendrait dans "le monde d'après".

En 2020, les élections municipales ont traduit un attachement toujours croissant des citoyens (je ne parle pas évidemment du taux de participation) aux enjeux environnementaux et Nantes n’a pas fait exception avec sa liste d’union de la gauche. La ville de Nantes fait des efforts louables en matière de transports alternatifs mais son équipe municipale ne peut pas continuer par son inaction à contribuer à la pollution des fleuves et des océans. Alors je te lance un appel camarade Johanna Rolland. Je ne sais pas où tu habites mais je t’invite à venir voir notre joyeux marché populaire. Tu peux utiliser le tramway ou le vélo. Grâce à  ton équipe c’est très bien desservi en transport en commun  et en pistes cyclables. Tu viendras constater les dégâts et tu en discuteras en toute simplicité avec les usagers du marché de la Petite-Hollande qui ne demandent qu’à trouver une solution durable à ce scandale environnemental.

PS : il y aurait aussi beaucoup à  dire et écrire sur l’état des berges prisées par de jeunes fêtards noctambules, sortes de «GretaThunbergs à l’envers», probablement distraits : emballages en polystyrène de restauration rapide, cannettes en verre ou métal, gobelets en plastique, papiers plastifiés qui  martyrisent  inutilement, chaque samedi soir, la faune et la flore du fleuve à peu de distance du marché, en amont du fleuve.

Quelques captations vidéos de nos voisins qui ont décidé d’agir individuellement et qui ont obtenu des résultats le samedi suivant avec la participation des commerçants en attendant une réaction et une réponse politique de la ville :

https://www.facebook.com/sophieberhardt/videos/pcb.10164075518040694/10164075511445694/?type=3&theater

https://www.facebook.com/sophieberhardt/videos/pcb.10164075518040694/10164075511925694/?type=3&theater

1 - 20 minutes (23/11/2019)

2 - France Info (11/12/2018)

3 - Ouest-France (16/10/2015)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.