BONNE ANNÉE 2019!

Bannissons les voeux creux. Voici un souhait bien concret qui sera largement partagé. Promouvons chez les jeunes générations le sentiment d'un même destin sur une même fragile planète. Cette conscience planétaire désamorcera le choc des civilisations, apaisera les tensions géopolitiques et substituera une étroite coopération internationale à la guerre économique de la mondialisation.

Dans les faits, notre monde est une minuscule entité de l’espace, sorte de vaisseau planétaire que l’équipage humain doit conduire à bon port pour assurer sa survie. L’humanité est une, riche de ses cultures, aspirant communément à vivre en paix et dans la dignité sur une planète préservée. Qui que nous soyons et où que nous résidions sur Terre, un sourire rapproche, l'amour exalte le coeur et les sens, nous avons toutes et tous autant besoin de considération que de pain, une attitude hautaine irrite, une injustice révolte, l'humiliation suscite rancoeur et haine, la solidarité permet aux sociétés humaines de perdurer. Quant aux guerres et à la politique du bâton, ce sont plus que jamais des solutions contre-productives aggravant tous les problèmes. La situation en Afghanistan, au Moyen-Orient ou au Proche-Orient en donne une éclairante démonstration.
Dans sa réalité politique, le monde reste compartimenté entre deux cents états concurrents dont les frontières ont été tracées au hasard des conquêtes. Pire, l’OMC enrôle chaque pays dans une compétition économique impitoyable qui brutalise des peuples et détruit l’environnement. Et la guerre demeure un secteur privilégié de toutes les grandes puissances pour assurer la croissance des PIB, épuiser les anciens stocks et renouveler les armements.
Ce lourd héritage artificiel créé par les hommes de pouvoir nous précipite irrémédiablement vers les pires abîmes. En ce début de siècle, au-delà  des régimes dictatoriaux et des fascismes religieux, les démocraties sont majoritairement gouvernées par des dirigeants national-populistes, généralement racistes, de sinistre mémoire. De l’Amérique au Japon en passant par la Russie, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil, la Turquie, la Syrie, Israël et nombre de pays d’Europe, la régression est atterrante. Signe de temps cataclysmiques, les grandes puissances réarment massivement. Le monde est aux portes de l’enfer.

Faut-il dès lors supprimer les frontières, bannir les patries et se fondre dans un magma global indifférencié? Ce ne serait pas souhaitable. Nous sommes toutes et tous issus d’un lieu, d’un pays, d’une culture originelle. Cet attachement est naturel. En revanche, il est nécessaire et urgent d'ouvrir la jeunesse des nations à une conscience planétaire. Axée sur l’écologie et l’humanisme, cet enseignement sera le meilleur investissement dans la paix, l’entente entre les peuples et la protection de la planète. Nous cultiverons aisément cette double appartenance. À son village, à son pays bien sûr, mais également et avec autant de force à la planète Terre, unique lieu de l’espace pour vivre, aimer et accomplir nos projets. Sans jamais se substituer aux croyances et aux religions des hommes, cette conscience planétaire viendra les enrichir d’une spiritualité commune.
Dès lors comment la promouvoir? De quelle manière faire vivre cette double appartenance ?
Envisageons trois pistes convergentes. La première est éducative avec la création d’un cours spécifique donnant aux jeunes générations le sentiment d’un destin et d’intérêts communs sur une même petite et fragile planète. Ce cours serait institué dès la petite école jusqu’à l’université dans tous les pays membres de l'UNESCO en adaptant la forme aux différentes cultures sans en altérer le fond.
La deuxième initiative consistera à apposer un symbole planétaire au verso de chaque drapeau national. Cette révolution symbolique semble impossible tant est forte la volonté des gouvernants des grandes puissances comme des petits pays de cultiver un nationalisme étriqué. Malgré les résistances, ce drapeau offrant une dimension unitaire sera institué si la société civile des nations la souhaite majoritairement.
La troisième toucherait le grand public à travers un programme télévisé hebdomadaire promu par des artistes populaires à une heure de grande écoute. Là encore, la forme serait adaptée aux différentes cultures. Les annonceurs seront demandeurs d'espaces publicitaires pour une émission réunissant un très large public dans chaque pays.

ACTION ! J'invite des instituteurs et des professeurs intéressés par ce projet ambitieux à m'écrire directement à bruhin.claude@wanadoo.fr pour constituer une première équipe. Ce groupe pionnier se développera naturellement au niveau transnational. Ce réseau d'enseignants sollicitera l'UNESCO et l'ONU comme partenaires officiels de ce projet mondial humaniste et écologiste. Appelons dans le même temps des écrivains, des délégués de différents cultes et courants de sagesse, des musiciens bien sûr et des artistes de toutes disciplines, des scientifiques, des personnes humanistes exerçant à la radio et à la télévision, des sportifs populaires … et des spationautes tel Thomas Pesquet à soutenir publiquement ces trois projets.
Soumettons-les dès lors aux votes d’un panel représentatif en tous points de la population mondiale. Une réponse majoritairement favorable leur confèrerait une légitimité populaire. Aucun chef d’état du G20 ne souhaitant s’opposer à des initiatives validées par les peuples, soutenues par l'UNESCO et l'ONU et promues par des personnalités médiatiques, le cursus humaniste, le programme télévisé et le drapeau double-face seront ratifiés lors d’une assemblée générale de l’ONU empreinte de solennité.  Un chœur d’enfants du monde chantant un hymne mondial composé par des musiciens des quatre continents trouverait là l’occasion de faire vibrer la corde unitaire de l’humanité.
Les problèmes politiques, sociaux et environnementaux ne se résoudront pas d’un coup d’un seul, mais ce sera déjà un premier pas dans la bonne direction pour désamorcer le choc des civilisations, apaiser les tensions géopolitiques et substituer une étroite coopération internationale à la guerre économique de la mondialisation.
Tels sont mes voeux de Bonne année 2019! pour que ces belles utopies touchent sans tarder dans les esprits et les cœurs aux quatre coins du monde pour s'inscrire dans la réalité. Et grand merci à Edgar Morin dont les idées de "conscience planétaire" et de "double appartenance" ont inspiré cet article.

Claude N. Bruhin
Association Société globale - Global Society
Marseille - Genève

 

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