LA SOCIÉTÉ MONDIALE S'ORGANISE EN FORCE RÉFORMISTE MAJORITAIRE

Liés par les accords de l'OMC, les dirigeants du G20 travaillent à l'expansion du commerce mondial au profit des firmes globales et des investisseurs internationaux. Face à des désastres sociaux et environnementaux avérés, la société mondiale élabore un contre-programme écologiste et progressiste capable de fédérer les nationalités et les cultures afin d'assurer un futur à l'humanité.

L’humanité se trouve face à un choix déterminant pour son avenir. Devons-nous continuer à pousser ce modèle productiviste altérant l’environnement et les climats, à se lancer dans le réarmement des grandes puissances et à réserver l’essentiel de richesses aux 0,1% qui en détiennent autant que 3,5 milliards de personnes? (Source Rapport sur les inégalités mondiales 2018)  Ne devrions-nous pas au contraire investir massivement dans une reconversion équitable et durable du système mondial actuel? Le bon sens et l’instinct de survie nous commandent la deuxième voie pour permettre à chacun(e) d'avoir une vie décente, désamorcer ainsi l’explosion démographique et opérer une protection stratégique de la planète, unique lieu de l’espace pour vivre, aimer et accomplir nos projets.
Un problème surgit pour faire barrage à ces demandes partagées de manière quasi-unanime à travers le monde. L'obstacle est de taille car il s'agit des médias, puissants vecteurs d'influence s'il en est. Ce n’est pas leur faire un mauvais procès de rappeler qu’il s'agit d’industries publicitaires porte-voix des groupes annonceurs. Ainsi, quel que soit le pays, les médias façonnent nos mode de vie autour d'un consumérisme compulsif de produits et de services qui aggravent de mois en mois l'empreinte écologique de l'humanité au-delà de ce que la planète peut supporter. Les excès de la société de consommation sont patents depuis près d'un siècle. Ils font l'objet d'alertes récurrentes depuis les années 60 de la part des scientifiques et des écologistes "historiques" tels Lester Brown, Edward Goldsmith, René Dumont... C'est en 1965 que le rapport titré Restoring the Quality of our Environment et rédigé par le Comité scientifique de la Maison blanche sous l'autorité du professeur Donald Hornig fut remis au président Lyndon Johnson. Ce rapport alerta sur les effets de l'american way of life sur l'environnement et des émissions de CO2 sur les climats (Sum up page 127). L'étude commandée par les industriels du Club de Rome à l'équipe de Dennis Meadows The limits to Growth alerta la classe politique dès 1972 sur l'impossibilité physique de poursuivre notre modèle de développement sur une planète limitée en ressources et en capacités régénératices. Innombtables sont les publications scientifiques offrant des conclusions convergentes. Citons les plus récentes publications du GIEC et celle des 15.000 scientifiques dans la revue BioScience en novembre 2017.
Cette somme de travaux sérieusement étayés par une énorme compilation de données émanant de toutes les régions du monde sont restées sans effets. Le mode de vie américain fut décrété non amendable ni négociable par tous les présidents des États-Unis en dépit de son caractère particulièrement pollueur, gaspilleur, prédateur des ressources et émetteur de gaz à effet de serre. Ce qui peut faire douter de l'honnêteté intellectuelle des dirigeants des nations, c'est qu'ils ne surent résister à la pression des grands groupes industriels et bancaires -généralement des bailleurs de fonds des campagnes présidentielles- pour ratifier en 1995 les accords de l'OMC qui mondialisent le mode de vie et de développement américain. Bien que parfaitement informés de l'inéluctable krach écologique lié à cette mondialisation productiviste basée sur une croissance perpétuelle, celle-ci constitue l'ultime horizon des gouvernements du G20, des firmes globales et de leurs publicitaires pour le développement de la Chine, de l'Inde ou du Brésil. Avec comme seul argument "Nous ne saurions refuser aux autres les progrès dont nous bénéficions dans les pays avancés". Un triple crime contre la raison, contre l'humanité et contre la planète. D'autant que se vivent avec succès des milliers d'expériences alternatives en Amérique et en Europe. Ces expériences font l'objet de livres à succès, notamment «Passeurs d’espoir » de Marie-Hélène et Laurent de Cherisey. (Éd. Presses de la Renaissance). « Résistants pour la Terre » Sébastien Viaud et Anne Gouyon. (Éd. Librairie Eyrolles). « 80 hommes pour changer le monde » Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux (Éd. JC Lattès). « Le tour de France des alternatives » Emmanuel Daniel (Éd. du Seuil). « Recherche volontaires pour changer le monde » Laurent de Cherisey (Éd. Presses de la Renaissance). « Ils changent le monde » Rob Hopkins (Éd. du Seuil). « Un million de révolutions tranquilles » Bénédicte Manier (Éd. L.L.L.).
« DEMAIN » Cyril Dion et Mélanie Laurent (Éd. Actes Sud). Un film éponyme ayant remporté un large succès public a été réalisé par des auteurs.  « Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir » Philippe Derudder et Jacques Holbeck (Éd. Dangles).
À Paris, New York, Londres, Berlin, Tokyo, New Dehli ou Shenzen existent des leaders d'opinion et des prescripteurs de tendance capables de mettre à la mode un nouvel art de vivre, à l'inverse d'une société triste et ennuyeuse. Ces communicants ont le talent voulu pour démoder en quelques années les côtés ridicules du consumérisme actuel et séduire le monde entier aux vertus d'une nouvelle croissance qualitative génératrice de sociétés plus conviviales, moins matérialiste, portées par d'autres aspirations et activités humaines plus enrichissantes.
C'est pourtant vers cette hystérie consommatrice suicidaire qu'accélère le système mondial. Sources de toute information quel que soit le pays, les médias commerciaux présentent dans leur ligne éditoriale cette mondialisation productiviste comme le cadre naturel de l'économie, sans alternatives possibles. Pour ne pas nuire aux intérêts des groupes-annonceurs, les effets pervers de ce modèle de développement sur les sociétés humaines et la planète sont naturellement sous-exposés quand ils ne sont pas totalement occultés. Lors des campagnes présidentielles, presse, radio et télévision conditionnent les opinions publiques 24/24h en mettant à la une les candidats du tout-marché. Dans les émissions politiques, les leaders écologistes et progressistes sont régulièrement désignés par des formules peu rassurantes, “gauche de la gauche”, “creuseurs de déficits”, “irréalistes” ou "socialistes", ultime critique adressée à Bernie Sanders aux États-Unis. Les candidats du laisser-faire les multinationales sont présentés comme des gens pragmatiques soucieux de relancer la croissance et l'emploi.
La stratégie de communication des médias s’inspire des travaux d’Edward Bernays. Ce pionnier de la publicité des trusts américains et des hommes politiques dans les années 20 démontrait que pour manipuler l’opinion des consommateurs et des électeurs, il convenait de répéter sans discontinuer dans les médias les bons arguments, fussent-ils mensongers. Joseph Goebbels s’en inspira pour la propagande nazie, de même que le président G.W. Bush pour justifier la guerre contre Saddam Hussein. Dans un tel contexte, hommage doit être rendu aux journalistes qui font leur métier avec rigueur sans adouber la fable de "la mondialisation heureuse".
Par bonheur, les acteurs de l’intérêt public -associations et ONG, enseignants, écrivains, journalistes d’investigation, scientifiques indépendants, lanceurs d’alerte, etc- apportent le nécessaire bol d’air frais pour ne pas suffoquer sous cette avalanche de propagande. Par leurs efforts pédagogiques, nous savons que la course à une croissance productiviste perpétuelle réduit d’autant la durée de vie de l’espèce humaine sur une planète de moins en moins hospitalière. Nous savons que l’agriculture chimique mondialisée stérilise les sols, pollue les nappes phréatiques et les cours d’eau et génère obésité, maladies cardio-vasculaires et cancers. Ou que la surpêche industrielle vide la mer de ses poissons à grande vitesse. Nous savons également que la fabrication et la dissémination d’armements toujours plus puissants crée des risques mortels pour l’humanité. Enfin, il n’est pas nécessaire d’être diplômé de Sciences-Po ou de Harvard pour prédire de futurs cataclysmes dans ce monde aux inégalités abyssales. Deux mille personnes du classement Forbes 2017 cumulent 7,67 trillions de dollars, soit l’équivalent du PIB de l’Allemagne (3,5 trillions USD), de la France (2,7 trillions USD) et l’Inde (2,5 trillions USD), trois pays totalisant 1,5 milliards d’habitants. Quel avenir peuvent espérer 70% de l’humanité n’ayant à se partager que 3% de la richesse mondiale des ménages? (Source Pyramide mondiale des richesses 2017.) Arrêtons-nous un instant sur le chiffre de 3,4 milliards d'adultes au bas de la pyramide. Alors que la robotisation de l’économie mondiale et l’intelligence artificielle sont loin d’avoir produit tous leurs effets restrictifs sur le marché de l’emploi, près de six milliards d’hommes, de femmes et d’enfants n'ont droit qu'à quelques miettes du gâteau sans le moindre espoir d’un avenir meilleur. On imagine sans peine qu'existe là un large vivier de jeunes désoeuvrés qui penseront donner un sens à leur vie en ralliant, selon leur milieu social, des mouvements religieux fondamentalistes, des milices néonazies, de nouvelles "brigades rouges" anticapitalistes ou des réseaux mafieux.
Tout cela ne traduit pas le monde meilleur et la prospérité partagée promis par les auteurs de l'Organisation mondiale du commerce. Si la sphère médiatique tait toute critique de cette mondialisation guerrière sans âme ni projet, en revanche le fossé de défiance se creuse tous les jours entre les citoyens(nes) des nations et les gouvernants du G20. Ceux-ci ont déserté leurs missions régulatrice et redistributrice pour attirer les investisseurs internationaux en abaissant autant que faire se peut les normes éthiques, salariales, sociales, fiscales, sanitaires, environnementales et les conditions du travail.
La dernière stratégie de compétitivité consiste à supprimer massivement le travail humain dans l'appareil productif mondial, y compris les emplois réservés aux cadres. Face aux légitimes interrogations sur la contraction prévisible du marché de l'emploi, les adorateurs du tout-marché rétorquent qu'il y aura des emplois de substitution "à condition que les salariés se forment tout au long de leur vie à des emplois différents dans des secteurs encore inconnus." (Source le rapport du cabinet McKinsey 2017 sur le sujet.) En général, ceux qui prônent les vertus de la modération salariale, de la flexibilité, de la mobilité et de l'adaptation à l'employabilité tout au long de la vie exercent généralement le même type d'activité depuis l'obtention de leurs diplômes, se rendent en vacances dans la même maison de famille depuis leur prime enfance et cumulent les plus fortes augmentations de salaires et les parachutes dorés pour apaiser leurs angoisses face à l'avenir.
À ces différends égards, celles et ceux qui alertent depuis les années 60 sur la nécessité de changer de modèle pour éviter le pire ne sont ni des “rêveurs-qui-ne-comprennent-rien-à-l’économie”, ni des “nostalgiques de la lampe à huile”, ni des “écolo-fanatiques” mais des personnes clairvoyantes que les dirigeants des nations auraient été bien inspirées d'écouter. Les rêveurs et les irresponsables, ce sont les leaders de la politique et des affaires qui appellent à une croissance intenable exigeant plusieurs planètes. Les rêveurs et les irresponsables, ce sont ceux qui ont promu l’OMC en plaçant les règles du commerce au-dessus des choix démocratiques et qui refusent aujourd'hui d’admettre le bilan social, environnemental et géopolitique désastreux de cette guerre économique planétaire. Les rêveurs et les irresponsables, ce sont les dirigeants des grandes puissances qui relancent la course aux armements prétendant protéger leur pays et doper la croissance. Loin d’assurer la paix et la sécurité, ils ouvrent toutes grandes les vannes de nouvelles guerres et de nouvelles barbaries.

LA SOCIÉTÉ CIVILE S'ORGANISE EN CONTRE-POUVOIR MAJORITAIRE
Puisque les gouvernants des nations sont devenus les VRP des grands groupes, il revient à la société civile de faire de la politique pour mettre l’économie, la finance, les sciences et les technologies au service de la paix, du développement humain et du progrès social dans le respect de la planète. La société civile a toujours été en avance sur la politique pour faire progresser la condition humaine et servir les grandes causes. Face aux désastres politiques, sociaux et environnementaux que nous venons d'évoquer, la société mondiale d'autres choix que de prendre son destin en main. Elle recèle en effet toutes les ressources en terme de compétences, d’expérience du terrain et d’innovation pour élaborer un programme écologiste et progressiste à mettre en oeuvre du plan local au plan global. Avec pour principe directeur que la liberté d'entreprendre et de commercer doive respecter à tous égards les personnes et l'environnement. Nous ajouterons le monde animal pour éviter les maltraitances et autres tortures banalisées que subissent des milliards d'animaux avant d'arriver dans notre assiette. Ainsi l'économie, la finance, les sciences et les technologies seront mises, non plus au principal service des intérêts des firmes du S&P500 dans la seule perspective de création de valeur, mais au service des générations présentes et futures.
La nouvelle offre politique privilégiant la paix, la dignité humaine, le progrès social, une liberté responsable et la coopération internationale fédérera à n'en pas douter les hommes et les femmes d'aujourd'hui, quelle que soient la nationalité, la cultures et les croyances. Une large majorité renforcée par l’énorme vivier des abstentionnistes déçus de la politique fera accéder au pouvoir dans chaque pays à l'horizon 2022-2025 une nouvelle génération politique coopérant à un changement de cap écologique et social salvateur.

L’appel à une mobilisation de la société mondiale est l'allume-feu d'un grand rassemblement des citoyens(nes) et des forces de progrès souhaitant voir élaboré ce programme régulateur pour le XXIème siècle. Un collège international pluridisciplinaire indépendant des gouvernements et des firmes sera missionné à ces fins. Modéliser un futur équitable et durable, élaborer des législations internationales afin de réguler la mondialisation dans le strict respect des personnes et de l'environnement, proposer des stratégies socio-économiques privilégiant la qualité de la vie et le mieux-être social, mettre en chantier la refonte des institutions mondiales -OMC, FMI, Banque mondiale, ONU- qui ne sont plus adaptées aux enjeux du XXIème siècle, proposer des solutions appropriées pour un revenu de vie décente à l'intention des milliards de personnes en surnombre dans un appareil productif mondial recourant de plus en plus largement aux robots et à l'intelligence artificielle, c'est préparer les esprits à des alternatives réalistes et réalisables et c'est accélérer le changement de cap écologique et social que chacun espère et attend. Pour ajouter une légitimité populaire à l'autorité intellectuelle et morale des membres du Conseil international de la société civile (appellation indicative), les préconisations des experts du CISC seront soumises aux votes de la société mondiale à travers un panel représentatif. Les choix réformistes majoritairement retenus seront mis en cohérence pour composer ce programme socio-économique baptisé NEWDEAL21 en référence au programme rooseveltien qui permit à l'Amérique de sortir de la crises de 1929.
Les acteurs du marché ont le plus grand besoin d'un corpus de règles internationales offrant une bonne lisibilité pour leurs investissements à long terme et mettant leur capacités innovatrices et leur puissance financière et au service d'une croissance qualitative respectueuse des personnes et de l'environnement. Le premier levier du changement sera la réforme du FMI et de la Banque mondiale pour réorienter leurs financements vers les secteurs d'avenir. Une profonde réforme concernera également le système monétaire international et le rôle des banques centrales et des établissements financiers. Ceci constitue une priorité pour faire face aux immenses enjeux du XXIème siècle dans le domaine social et environnemental.
Le deuxième volet sera fiscal. Il aura une portée internationale grâce au soutien majoritaire de la société mondiale. Par la surfiscalisation de certains secteurs et les exonérations ou les subventions sur d'autres secteurs, le marché mondial s'orientera naturellement vers les domaines d'avenir. Les économies d'énergie, les énergies renouvelables, le stockage des énergies à pics, l'économie circulaire, la récupération, le recyclage, le démantèlement nucléaire civile et militaire, l'agrobiologie et la pêche raisonnée, ainsi qu'un ensemble d'activités non lucratives au service des personnes, de l'éducation, de l'expression culturelle et artistique seront subventionnées dans chaque pays.
Dès lors émergera une nouvelle économie du bien-être. Plurielle, cette économie associera dans une rapport gagnant un mondialisation régulée sur un mode équitable et responsable et d'autres formes d'économie durables -coopérative, sociale, solidaire, entreprises familiales, activités d'intérêt prioritaire sans but lucratif. Ainsi, les milliards de personnes en surnombre dans une économie mondiale de plus en plus automatisée jouiront d'une vie digne et humainement riche par des activités gratifiantes -humanitaire, aide à la personne, apprentissage de la lecture et de l'écriture, femmes au foyer, actions pour la paix, pour l'environnement, etc- grâce à un nouveau système de rémunération ne dépendant plus d'un emploi salarié dans une entreprise. Un grand pas sera ainsi fait pour faire bénéficier le plus grand nombre des gains de productivité liés aux robots et à l'intelligence artificielle pour vivre mieux, partager son temps entre vie de famille et développement personnel et donner un sens à l'existence.

Claude N. Bruhin
Coordinateur de la plateforme Global Society
dédiée à la société civile mondiale.
bruhin.claude@wanadoo.fr

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