COUPE DU MONDE DE FOOTBALL. QUELQUES VÉRITÉS BONNES À DIRE.

Face au diktat omniprésent des médias nous sommant de suivre l'événement pendant un mois, j'expose ici les dérives et les malversations d'un magnifique sport que mon père m'a fait aimer et pratiquer.

La Coupe du monde vient de commencer. L’événement est attendu comme le Messie -sans jeu de mots- tous les quatre ans par les médias du monde entier pour vendre des espaces publicitaires et par les chefs d'état car, en cas de succès ou de bon classement, l'événement est politiquement rentable.
Plusieurs facteurs ternissent pourtant le Mondial. La Fifa tout d’abord. Le premier témoin du procès de la Fifa qui a démarré en novembre 2017 à New-York a brossé un tableau accablant de la corruption au sein du football. La déposition a conduit un ancien dirigeant argentin mis en cause à se suicider quelques heures plus tard. Pour obtenir des droits télévisés, la commercialisation de tournois ou de matches, la corruption a été la norme pendant vingt-cinq ans. Au total, rien qu'en Amérique du Sud, plus de 150 millions de dollars (128 millions d'euros) auraient ainsi été détournés. (Source journal Le Monde)   Je ne me permettrai pas de critiquer l’icône nationale Michel Platini récemment blanchi du fait d’avoir reçu 2 millions de francs suisses en 2011 du Suisse Joseph Blatter pour certaines prestations sans base légale. Scandale de la justice américaine également. Quand vous pouvez payer deux millions de dollars de caution, vous n’allez pas en prison.
Outre le fait que le football est devenu l'un des principaux lieux du recyclage des capitaux des mafias internationales, le Mundial rassemble ce que la plupart d'entre nous détestons. Malversations et combines douteuses pour les droits télé et le choix du pays hôte. Le Qatar a été retenu pour la Coupe de monde de 2022 dans un pays sans culture du foot où le climat n'est pas vraiment adapté aux compétitions estivales. L'anomalie a donné lieu à une enquête du procureur indépendant Michael Garcia qui publia en juin 2017 un rapport de 400 pages détaillant de nombreux faits pour le moins surprenants. Tirages au sort des rencontres également truqués. Michel Platini, co-président du Comité français d’organisation du Mondial de1998, a confessé une manoeuvre évitant à la France et au Brésil de se rencontrer avant la finale remportée par les Bleus. Citons notre héros. «Ecoutez, on est à la maison, il faut bien profiter des choses, alors on ne va pas s’emmerder pendant six ans à organiser la Coupe du monde si on ne peut pas faire quelques petites magouilles. Vous pensez que les autres ne le faisaient pas aux autres Coupes du monde?» (Interview dans Libération du 18 mai 2018.)
Les joueurs à présent. Ne les accablons pas, leur carrière est courte et ils saisissent avec le football l’opportunité de s’extraire de la pauvreté. 
Pour dire les choses, à l'instar des Jeux Olympiques de Berlin qui permirent un temps de rendre Hitler fréquentable, le Mondial est la caution du sport et de ses vertus universelles au service d'enjeux politiques. Joao Havelange, ex-président de la Fifa était l'ami intime des pires dictateurs réprimant et torturant allègrement leurs populations. Sepp Blatter ne démontre pas une éthique plus élevée. La Coupe du monde lie intimement la Fifa en procès à New-York et en Suisse et des chefs d’état pseudo-démocrates ou franchement dictatoriaux en quête de respectabilité. La stratégie n’est pas toujours payante. Au Brésil, patrie du football, le peuple a majoritairement manifesté contre le dernier Mondial de 2014. Fallait-il construire un stade à Manaus, en pleine Amazonie? Un autre dans la capitale fédérale Brasilia qui n'a même pas d'équipe de foot digne de ce nom ? Autant dire que les quelque 12 milliards de dollars d'un budget qui n'a cessé de croître, avec son lot de dysfonctionnements, voire de corruption, sont vite apparus disproportionnés aux yeux des citoyens par rapport à celui des transports (près de 10 milliards), de l'enseignement (37 milliards de dollars), de la santé (45 milliards de dollars) ou de la lutte contre la faim et pour le développement (28 milliards de dollars).
Voilà, c’est dit tant pis si ma voix discordante déplaît. J’entends d’ici les commentaires "Ce type méprise le peuple", "encore un rabat-joie qui casse la fête", "il ne comprend pas le besoin de se changer les idées dans un monde qui va si mal », etc… Certains croiront lire la réaction d’un intello antisportif, d’un grincheux snob. Ce n’est pas le cas, j’aime le football, j’ai joué au football, mon père a gagné deux Coupes de France et un championnat de France en tant que capitaine de l’équipe de l’OM. C’était en 1935, 1937 et 1938. Il fut un grand champion adulé des foules. Mais en aucun cas l’une de ces stars dont la première préoccupation est de ne pas payer d’impôts et de cacher de colossaux revenus dans des paradis fiscaux. D’autres penseront "encore un gauchiste". Même pas. J’ai été formé aux affaires, je suis pour la liberté d'entreprendre et de commerce,  à condition bien sûr de respecter les personnes et l'environnement, et j'ai fait carrière à la tête de mes entreprises.

Cette débauche de divertissements est fascinante, mais elle nous empêche de penser l'essentiel.
L’humanité est transportée sans discontinuer entre les grandes messes du foot, du tennis, de la Formule 1, du Superbowl, des Césars, des Oscars, les festival de Cannes, Roland Garros, les Jeux Olympiques, le Tour de France et je passe sur d'autres événement tout aussi passionnants. Toutefois, en prenant un peu de recul, ces grands divertissements qui saturent l'espace médiatique anesthésient nos moyens de comprendre le monde. Je regrette cette omniprésence qui occulte les vrais problèmes et empêche de penser aux solutions. C'est d'autant plus dommageable que nous sommes à la veille de nouveaux cataclysmes. Tous les pays soutiennent leurs grands groupes dans cette guerre économique planétaire au principal profit d'une infime minorité. Les dirigeants du G20 -notre président en tête- infligent les derniers outrages à notre planète à bout de souffle avec une quête hystérique de croissance qui ne fait que raccourcir la durée de l'espèce humaine sur une planète qui devient de moins en moins hospitalière. L'action de ces écocidaires conduit à détériorer les climats, à plastifier les océans, piller les ressources jusqu’au dernier mètre cube de gaz, la dernière goutte de pétrole, la dernière forêt, la dernière abeille, le dernier poisson ... avant d’aller coloniser Mars. C’est la dernière stratégie des investisseurs internationaux qui ont largement anticipé un effondrement global des écosystèmes d'ici quelques générations seulement. Mr Elon Musk et sa société SpaceX nous promettent les premiers voyages pour 2024.
Je n'assombrit pas le tableau. Car le monde est dirigé par des gens comme Donald Trump, le milliardaire climatosceptique, et tous les autres dirigeants ultra-nationalistes fascisants en Europe, en Russie, en Turquie, en Syrie, en Israël, en Inde, en Iran, en Arabie Saoudite, au Japon, en Indonésie, etc qui réarment à tour de bras et jouent à se faire peur. Nous sommes dans une situation assez analogue à celle des années 30 après le krach de 1929 jusqu'à la deuxième guerre mondiale.

Mais comme la plupart des gens, j'ai mes incohérences. Le spectacle et l’émotion  prennent souvent le pas sur des jugements rationnels. Je pense qu'à l’invitation d’amis, je suivrai quelques beaux matches. Car en dépit des voyous aux manettes, le football est un sport intelligent basé sur l’esprit d’équipe, l’anticipation, le coup d’œil, le soutien au porteur de ballon, le démarquage avec, au final, le prodige de la feinte et du geste divin qui marque le but. Et certains joueurs sont de grands messieurs dans la vie. Sans parti pris familial, mon père en faisait partie.
Je crois cependant utile d'avoir donné ici quelques informations sur ces grands événements qui monopolisent l'attention de l'humanité. S'ils nous procurent de belles émotions, n'en soyons pas dupes. Les médias ne sont pas la vie. Ils sont les porte-voix des groupes annonceurs qui nous donnent une image marchande du monde et nous imposent un système productiviste et un mode de vie hyperconsumériste exigeant au moins trois planètes. C'est cela la réalité. C'est l'urgence des menaces qui m’a donné envie d’écrire ce billet, non pas pour gâcher la fête, mais pour donner envie d'ouvrir les yeux et de réagir.
Bon foot quand même !

Claude Bruhi
Initiateur de la plateforme de la société civile mondiale
globalsociety.org

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