L'AVENTURE HUMAINE, UNE BELLE OCCASION MANQUÉE.

L'aventure humaine touche à sa fin dans un monde dominé par des leaders national-populistes, un monde où les lobbies industriels et financiers ignorent la dimension humaine et sociale de l'économie, détruisent l'environnement et attisent les guerres, un monde où les richesses sont captées par une infime minorité. Les dés sont jetés. Notre destin semble scellé. À MOINS QUE ...

Quel que soit le pays, n’attendons plus des grands partis politiques traditionnels qu’ils apportent des solutions aux crises qui secouent le monde. La plupart des pays ont rallié l’Organisation mondiale du commerce qui impose la loi du marché aux démocraties. Désormais sachons-le, c'est le marché qui gouverne. Ignorant délibérément la différence de nature fondamentale entre service de l'état et intérêts privés, les gouvernants des nations ne font plus de politique mais du commerce. Compétitivité exportatrice, modération salariale, flexibilité, employabilité, réduction des services publics, telle est la novlangue qu’ils pratiquent. En revanche, les termes “paix”, avancées sociales”, “dignité humaine”, “qualité de la vie”, "solidarité", “coopération internationale” ont disparu de leur vocabulaire. La logique guerrière de  l'OMC a définitivement pris le pas sur la Charte de l'ONU signée par les représentants des états "munis de pleins pouvoirs reconnus en bonne et due forme" et devant jouir à ce titre d'une priorité absolue dans le droit public international. Les nations du monde entier s'étaient engagées à l'unanimité de "favoriser le progrès économique et social de tous les peuples," (Préambule de la Charte). Or, loin de "réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social (...)"  (Article 1er), l'Organisation mondiale du commerce a fait un pied de nez à l'ONU en imposant de manière quasi-totalitaire une guerre économique mondiale qui fait le bonheur des firmes du S&P500 et des 0,1%, mais n'offre aux deux-tiers de l'humanité que quelques miettes du gâteau, soit 1,9% seulement de la richesse mondiale des ménages. (Source la Global Wealth Pyramid du Crédit suisse 2018.) Nous reviendrons sur cette répartition révoltante des richesses qui est mère de bien des fléaux politiques et sociaux à travers le monde.
La position dominante offerte depuis les débuts de la mondialisation aux firmes multinationales est lourde de conséquences. Celles-ci sont en droit de traduire des collectivités publiques ou des états devant des tribunaux arbitraux privés pour exiger des dédommagements pouvant atteindre des sommes colossales en compensation "d'atteintes à leur profitabilité espérée". Cela ne se produit pas uniquement dans les pays en développement lorsque sont prises des mesures sociales ou du fait d'une baisse de prix sur des aliments de première nécessité. L'Italie a été trainée en justice en 2017 par la multinationale pétrolière britannique Rockhopper Exploration pour vouloir protéger son littoral des risques de marée noire. Autre signal de régression, en négociant les traités transatlantiques et transpacifiques dans le dos des peuples, les haut-fonctionnaires en charge des dossiers entendent supprimer les “entraves à la croissance et à l’emploi”. Cela désigne tout ce qui a contribué à faire progresser la condition humaine à travers le monde, i.e. les protections sociales, les services publics, les règles du travail de Philadelphie, les normes éthiques, sanitaires, fiscales, le principe de précaution...
C'est faire là un inacceptable contresens. Car les principes du marché -guerre des coûts, course au moins-disant social, salarial et environnemental, productivisme et hyperconsumérisme insoutenables, évitement fiscal, corruption, accumulation des richesses entre quelques mains- sont contraires aux valeurs des démocraties, i.e. la dignité humaine, la justice sociale, une liberté responsable, la solidarité, la paix. Foulant allègement aux pieds ces valeurs universelles, l'OMC et les acteurs de la mondialisation ont pris le pouvoir sur le destin de l'humanité au nom d'intérêts privés largement étrangers aux problèmes humains et aux questions sociales et environnementales.
Détenant un quasi-monopole de l'information, les médias porte-voix des groupes annonceurs façonnent nos modes de vie, de consommer et de penser le monde. Cette mondialisation productiviste est présentée comme le cadre naturel de l'économie par l'ensemble des médias publicitaires. Le Tina thatchérien règne en maître chez la plupart des journalistes et des éditorialistes dans tous les pays. Lors des débats télévisés des campagnes électorales, ces derniers nous indiquent clairement pour qui ne pas voter. Sortant du cadre imposé pré-établi, toute alternative écologiquement compatible et socialement juste est discréditée d'emblée comme émanant "d'écologistes radicaux", "d'irréalistes destructeurs d'emplois" ou de "creuseurs de déficits". Confondant dépenses et investissements, ces avocats du laisser-faire-le-marché ignorent délibérément l'immense gisement de richesses et d'emplois induit par une reconversion durable du système mondial actuel.  En revanche, les candidats prônant la relance d'une croissance insoutenable exigeant au moins trois planètes sont adoubés du sceau du "pragmatisme". Toute critique étayée d'une telle absurdité conduirait très vite à la perte de contrats publicitaires au profit de médias servant plus docilement les intérêts des annonceurs.
Militant écologiste depuis plus de trente ans, homme d’expérience ayant rencontré tous les chefs d’état de la planète pour la préparation de la COP21, Nicolas Hulot a une voix qui porte. Sa démission du Ministère d'état à l'environnement l'été 2018 provoqua un véritable séisme dans l’opinion lorsqu’il brisa l’omerta qui prévaut en politique. "C’est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. Et il faut à un moment ou à un autre, poser ce sujet sur la table. Parce que c’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir? Qui gouverne?"  La réponse a été donnée aux États-Unis par Martin Gilens de l’université de Princeton et Benjamin Page de l’université Northwestern. L’étude ‘Testing Theories of American Politics: Elites, Interest Groups, and Average Citizen’ fut publiée en 2014. Nous apprenons que sur 1779 décisions politiques prises par l'administration américaine, 90% d'entre elles l’ont été au profit des milieux d'affaires, des organisations de lobbying et des personnes à très hauts revenus. Ces chercheurs ont constaté que les décisions du gouvernement américain ne respectent généralement pas les préférences de la majorité des Américains. Ils définissent en conclusion la démocratie américaine comme un régime oligarchique. Récurrent dans le monde entier, ce phénomène devrait faire l’objet de vives critiques, que ce soit dans les cursus de sciences politiques ou dans les médias. Ce n’est pas le cas. Proclamés moteurs de la croissance et de l’emploi dans tous les pays, les groupes mondialisés et la petite caste des 0,1% bénéficient de toutes les attentions de la part des dirigeants du G20, rien ne doit entraver leur dynamisme. Ce parti-pris n'est pas partagé par les citoyens.nes des nations. Rappelons en quelques lignes l’histoire du traité de Constitution européenne. En France, le Non au référendum de 2005 l'emporta à 55%. Le résultat a surpris hommes politiques et journalistes car les partisans du Oui avaient bénéficié de 71 % des interventions à la télévision entre le 1er janvier et le 31 mars. Le référendum aux Pays-bas refusa trois jours plus tard à 61,54% ce traité libéral. Sous le pression des milieux d'affaires, les gouvernements du Danemark, d'Irlande, de Pologne, du Portugal, de la République tchèque et du Royaume-Uni où il était prévu de consulter le peuple reportèrent sine die les référendums pour procéder par la voie parlementaire. En France, rejetant le verdict des urnes de 2005, les parlementaires ratifièrent trois ans plus tard le traité de Lisbonne portant une Constitution européenne au bénéfice des firmes et des banques ... mais au détriment des citoyens, de l'environnement et de l'intérêt général.
Illustrons par d'autres exemples la puissance des lobbys sur les institutions mondiales et les dirigeants des nations. Cela fait quarante ans que les gens du pétrole et de l’amiante noyautent les sommets de l’ONU pour leur couper les ailes et en réduire la portée. Maurice Strong ouvrit celui de Stockholm en 1972, puis présida dans la foulée le Programme des Nations unies pour l’environnement. Un bémol cependant, ce monsieur était le vice-président, le président ou le PDG de firmes transnationales telles Dome Petroleum, Caltex-Chevron, Norcen Resources, Petro-Canada, Power Corporation. Grand organisateur officiel du Sommet de la Terre de Rio en 1992, Maurice Strong choisit comme adjoint Stephan Schmidheiny dont la famille à la tête d’Eternit fit fortune dans l’amiante. (Cf.  le .) On avance ainsi au pas de l’escargot pour accumuler un retard criminel dans le domaine de l’environnement et des climats alors que ces questions exigeraient une mobilisation mondiale afin d’assurer la survie de nos civilisations. Les stratégies suicidaires de certains plus grands acteurs du marché contreviennent au simple bon sens et aux aspirations des peuples. Sur la question des OGM, un sondage du New York Times réalisé en 2013 indiquait “Three-quarters of Americans expressed concern about genetically modified organisms in their food, with most of them worried about the effects on people's health.” Cela signifie que 75% des américains expriment des préoccupations sur le OGM dans leur nourriture et des effets sur la santé. La même proportion d’européens exprime ses préoccupations quant à la présence d’OGM dans leur nourriture. Bien que tous les peuples du monde exigent un étiquetage clair mentionnant leur présence dans les produits alimentaires, les responsables du commerce au sein de l'UE et du G20 s'activent en coulisse pour enrayer cette demande supposée pénaliser les échanges, la croissance et l'emploi. Les firmes ordonnent, l’exécutif obéit. Un sommet de non-démocratie a été atteint par Barack Obama promulguant en 2013 un amendement nommé par ses détracteurs Monsanto Protection Act dont l'article 735 ne permettra plus aux tribunaux américains d'empêcher la vente et la plantation de plantes OGM, quelles que soient les conséquences pour l'environnement ou la santé. Innombrables sont les  cas où la puissance des lobbies industriels, bancaires, pharmaceutiques, de la distribution, etc influencent les votes des parlementaires à Washington, Bruxelles et autres centres du pouvoir au nom d'une croissance sans limites qui abrège la durée de vie de l'espèce humaine sur une planète devenant inhospitalière.

En réalité, le parti-pris des dirigeants politiques en faveur des acteurs de la mondialisation n’a rien d’un choix intellectuel et moral. C’est le premier ferment de la connivence corruptrice qui fait de nos élus les serviteurs zélés des acteurs du marché. Ces grands groupes financent en effet les partis politiques et les candidats aux présidentielles et accueillent en leur sein les leaders politiques les plus serviables entre deux mandats publics ou en fin de carrière. Le transfert de Juan-Manuel Barroso chez Goldman Sachs, une banque dont l’éthique n’est pas la première exigence, symbolise le phénomène général des revolving doors entre public et privé à travers le monde. Cette porosité banalisée doit être dénoncée haut et fort. Sa justification au motif que l’addition des intérêts privés concourt à l’intérêt général est un mensonge avéré. Loin de générer de l’investissement pour l’emploi, les généreux cadeaux fiscaux accordés aux firmes et aux milliardaires en France, aux États-Unis et ailleurs sont le plus souvent détournés dans la spéculation, l’immobilier cinq étoiles ou en œuvres d’art qui emplissent les gigantesques ports francs à travers le monde.
À cet égard, en dépit d'investissements annuels colossaux pour lisser leur image, les multinationales n'ont jamais obtenu autant d'opinions défavorables. Aux États-Unis comme en Europe s'exprime une très forte opposition à l'influence politique des grands groupes. L’enquête de l'institut américain GlobesScan Pipa réalisée avant le krach de 2008 dans vingt pays représentatifs de la communauté des nations indique. “In nearly every country, large majorities agreed that big companies have too much influence over national governments. On average, 73 % agreed with this statement. Mexico: 88% agree, the United States: 85% agree, France: 86% agree, Spain : 84% agree. 
Dans le domaine des climats, un sondage Harris Interactive de 2007 titré “The Talk of Paris” indiquait qu’une très large majorité en Amérique et en Europe pense que les hommes politiques n'en font pas assez face au défi du réchauffement climatique. “There is an overall agreement on the fact that politicians don’t do enough to address the challenge of global warming: that’s the opinion of 89% of the Spanish, 87% of the Italians, 86% of the French, 83% of the Germans, 80% of the British, and 75% of the Americans.”  Dans l'enquête publiée l’année suivante par le Center for American Progress sur les changements climatiques, les réponses attestent d’un sens des responsabilités des américains bien plus élévé que leurs gouvernants. (Cf. page 18 de l'enquête). “70% of american people consider global warming as a national issue priority(…). 75% support for signing an international treaty to reduce greenhouse gas emissions.”  Le peuple américain pense dans son immense majorité que pour contribuer efficacement à la réduction des gaz à effets de serre, leur pays doit s'engager dans un processus international. Ils sont encore 67% à souhaiter que le gouvernement le fasse “regardless of what other countries do”, indépendamment des actions des autres pays. Sourds aux demandes peuples autant qu'aux alertes des scientifiques, les dirigeants des nations, grands amis des géants des énergies fossiles, ont fait perdre un demi-siècle à l'humanité. C’est en 1965 en effet que le rapport “Restoring the quality of our Environment” fut remis au président Lyndon Johnson par son Conseil scientifique dirigé par Donald F. Hornig. On peut y lire page 127 “By the year 2000 the increase in atmospheric C02 will be sufficient to produce marked changes in climate (...) that could be deleterious from the point of view of human beings.” Le dossier fut soigneusement occulté par le président Johnson pour ne pas contrarier d'importants contributeurs de campagnes. Loin d’être amendé, le standard de vie américain fut décrété “non négociable”, puis mondialisé. Un comble d’irresponsabilité de la part de ceux qui nous gouvernent. Certains scientifiques aux ordres des firmes continuent même à semer le doute sur la responsabilité des activités économiques sur les climats alors même que les tarifs de réassurance chez Münich Re ou Swiss Re explosent en raison de la multiplication des catastrophes naturelles liées aux émissions de GES. Le pire est devant nous quand on sait que les dirigeants de trois pays-continents l'Amérique, la Russie et le Brésil refusent de modérer les rejets de CO2 et de méthane pour ne pas pénaliser l’économie et les jobs. D'autant que les pays dits 'vertueux' -la France en tête- ont déjà dépassé les objectifs d'émissions de la COP21 pour relancer une mauvaise croissance qui accélère le phénomène d'emballement climatique.
Tout cela confirme un sens des responsabilités plus affirmé chez les peuples que chez des dirigeants politiques qui ne voient pas plus loin que l'horizon court des élections et des financements électoraux. La déclaration de démission de Nicolas Hulot est totalement fondée. C'est un fait avéré que de puissants lobbys bloquent ou retardent toutes mesures utiles dans le domaine de l'alimentation, de la santé publique, de l’énergie, de la pêche, des transports, de l'environnement, etc susceptibles de pénaliser la profitabilité des grands groupes. Il est plus profitable en effet de recourir à des techniques industrielles anciennes et éprouvées que de réaliser d'importants investissements dans la recherche-développement dans les secteurs d'avenir. Bien que les gouvernants des nations sachent parfaitement les effets dévastateurs sur les écosystèmes de cette croissance boulimique en ressources et en énergie, ils arbitreront toujours en faveur des industries et des banques. Ces dernières continueront à être aidées par les états, même s’il s’agit de secteurs extrêmement pollueurs ou émetteurs de gaz à effet de serre. Bill Clinton confiait à Al Gore en 1992 “Entre faire de l’écologie et gagner les élections, mon choix est fait”. Tout est dit. Nicolas Sarkozy osa proclamer un an après avoir organisé le Grenelle de l'environnement "L'écologie, ça suffit!". Fermez le ban. Le marché salue ce type de déclarations. Le Wall Street Journal a applaudi dès octobre 2018 la possible victoire de Jair Bolsonaro, l'homme qui dit regretter l'époque de la dictature au Brésil, annonce le retour de la torture et promet de déforester l'Amazonie pour produire et exporter des cultures OGM. Les places boursières ont toujours salué les régimes "forts" -y compris les pires dictatures- car ceux-ci offrent une garantie de sécurité pour les investisseurs et les firmes multinationales. 
Illustrons d’un exemple particulièrement édifiant le sommet d’absurdité lié à l’idéologie de la croissance des PIB et à la puissance des firmes multinationales. Le journal Le Monde (23 février 2018) encensait sur une page entière l’événement du premier sous-marin nucléaire fabriqué au Brésil. À première vue, le lecteur pense à un canular. Le Brésil entend-il se protéger de la Russie, de la Chine, de l’Argentine? Mais au fil de l’article et des arguments avancés dans les médias, notre cerveau conditionné tend à accepter cette incongruité comme un levier de croissance et d’emplois pour le Brésil et pour l'entreprise française Naval Group associée dans l’opération. C’est ainsi que s’émousse notre esprit critique, on perd de vue la folie d'équiper en sous-marins nucléaires ce pays en proie à la misère, aux pires inégalités, un pays où explosèrent des milliers de révoltes en 2014, un pays qui vient de se vouer à Jair Bolsonaro. Quel usage le nouveau président fera-t-il de ses nouveaux joujoux nucléaires? La question mérite d'être posée.
Dans le domaine de la finance, l'avenir n'est pas plus serein. Le monde a subi des crises à répétition -crise du système monétaire européen en 1992, crise mexicaine en 1994, asiatique en 1997, russe en 1998, Argentine en 2001, effondrement du système mondial en 2008. Selon les déclarations faites en 2016 et 2017 par nombre d’experts en finance internationale, la question n’est plus de savoir si surviendra un nouveau krach, mais à quel moment. Pour Christopher Dembik économiste chez Saxo Banque, Jean-Michel Naulot ancien régulateur à l’Autorité des marchés financiers, Simon Johnson économiste et professeur au MIT, Jim Rogers, analyste financier, tous les signaux laissent augurer une prochaine crise systémique. Selon le prix Nobel Robert Schiller, expert mondial de la formation des bulles spéculatives, le PER de Wall Street -Price Earning Ratio- ajusté au cycle économique est de 27, soit le niveau atteint en 1929, 2000 et 2007. Quant aux marchés des produits dérivés, il s'élève à près de 700.000 milliards de dollars, soit dix fois le PIB mondial. Qui plus est, les Panama Papers, Paradise Papers et autres Luxleaks ont appris au monde où se cache l’argent des 0,1% de l’humanité. En réalité, une sphère financière hypertrophiée tourne sur elle-même sans autres considérations que sa propre expansion. Les derniers rapports du FMI annoncent également un nouveau krach de très grande amplitude lié un endettement de pays insolvables, au surendettement des ménages, aux prêts étudiants, leverage, titrisations, crises internationales… La présidente de cette institution Christine Lagarde confirmait ses inquiétudes début janvier 2019 dans une interview au magazine Paris-Match. ‘Les risques se sont déplacés à la périphérie du système, ce qu’on appelle le shadow banking est peu ou mal supervisé. (…) Il est vrai que l’ensemble des dettes souveraines et corporate représentent aujourd’hui 220% du PIB mondial, soit 164.000 milliards de dollars.’ Commentant la crise de 2008 : ‘La crise a entraîné d’innombrables catastrophes individuelles et beaucoup de gens ont tout perdu –maison, salaire, retraite, assurance santé-. Mais les responsables de la crise, eux, s’en sont bien sortis. Tous profitent aujourd’hui d’un train de vie confortable et d’activités rémunératrices avec des bonus et/ou des dividendes très élevés. Ces deux facteurs combinés offrent un terreau fertile aux thèses populistes’. L’analyse de la patronne du FMI est pertinente. Le krach de Wall Street en 2008 fut un élément déclencheur du populisme ambiant. Un sentiment général d'injustice nourrit des rancoeurs à travers le monde. Alors qu'aucun des responsables de l'effondrement du système mondial n'a fait un seul jour de prison aux États-Unis -pas même Mr Fuld, patron de Lehman Brothers-, c'est l'argent des contribuables qui fut massivement injecté pour sauver les banques. Depuis lors, d'inutiles sacrifices sont imposés aux peuples afin de réduire les déficits publics. Phénomène atterrant soixante ans après la Shoah, les personnes de confession juive exerçant dans la finance sont désignées en bouc-émissaires de l’effondrement mondiale de 2008 alors que traders et financiers sont issus de toutes les religions. L'antisémitisme explose à travers le monde, y compris aux États-Unis avec la plus lourde attaque de son histoire à Pittsburgh en 2018. De leur côté, soumis à des années de bombardements durant les guerres de la coalition en Afghanistan et en Irak où la torture d’état fut pratiquée sur le terrain et à Guantanamo, les musulmans sont trop souvent assimilés à des islamistes potentiels dans les pays occidentaux, aggravant les peurs et les rancoeurs.
À défaut d’en avoir analysé les causes et prévu les conséquences, les journalistes et les politologues dissertent aujourd’hui sur ce phénomène national-populiste qui s'étend à la planète. Nous assistons en effet à l'irrésistible ascension des leaders ultranationalistes aux quatre coins du monde. Dinald Trump en Amérique, Vladimir Poutine en Russie, Xi Jiping qui s'est fait nommer à vie en Chine, Shinzo Abe le révisionniste au Japon, Duterte aux Philippines, Benyamin Netanyahou en Israël, Erdogan en Turquie, Al-Sissi en Égypte, Bolsonaro au Brésil… Même phénomène en Europe avec la Hongrie, l'Italie, la Pologne, la Slovénie, l’Autriche, la France avec Marine Le Pen arrivée deuxième à l’élection présidentielle, l’Allemagne désormais… À l’instar de la montée des fascismes dans les années 30, ce phénomène n’est pas né de génération spontanée. Il résulte de choix assumés et mis en œuvre dans les années 80 et 90. Si les acteurs industriels ou financiers multinationaux ont acquis une puissance économique et une influence politique déterminantes, si près de trois mille personnes intègrent le classement Forbes des milliardaires, en revanche les deux-tiers de l’humanité n'ont accès qu'à 1,9% de la richesse mondiale (Source Global Wealth Pyramid 2018 du Crédit suisse). Il n’y a plus de corrélation entre les performances des groupes du S&P500 et le mieux-être des sociétés humaines. Toutes les statistiques indiquent que depuis 2008, la progression des revenus des personnes les plus fortunées a été très supérieure à celle des classes populaires, moyennes et moyennes supérieures. Revenons un instant sur le chiffre de 3,2 milliards d'adultes au bas de la pyramide. Alors que l’automatisation de l’économie mondiale via la robotique et l’intelligence artificielle est loin d’avoir produit tous ses effets restrictifs sur le marché de l’emploi, plus de trois milliards de personnes -auxquelles ajouter leurs enfants- n'ont droit qu'à quelques miettes du gâteau sans le moindre espoir d’un avenir meilleur. On imagine sans peine qu'existe là un large vivier de jeunes désoeuvrés qui penseront donner un sens à leur vie en ralliant soit des mouvements religieux extrémistes, soit de nouvelles "brigades rouges" anticapitalistes, soit des mouvances d’extrême-droite néonazi ou des réseaux mafieux. Pour dire les choses, la situation mondiale annonce de nouveaux cataclysmes et de nouvelles barbarie sur une planète écologiquement dévastée.
Cette réalité-là échappe pourtant aux chercheurs "optimistes" financés par la Silicon Valley. Équipé des oeillères du marché, leur chef de file Steven Pinker se fait applaudir par les deux mille leaders de la politique et des affaires qui se réunissent chaque hiver au Forum économique de Davos lorsqu'il proclame que le monde se porte mieux que jamais. Dès lors, la course à la catastrophe lancée par ceux qui nous gouvernent ne fait qu'accélérer. La relation contre nature entre pouvoir politique et géants mondiaux des affaires est érigée en système de gouvernance au sein de la Commission européenne et des pays du G20 et rien ne laisse augurer que cela puisse changer du fait de l'absence d'une nécessaire coordination antilibérale transnationale.
De fait, si on liste les formes d’opposition entreprises depuis les années 60 et 70 envers un système productiviste antisocial et inégalitaire qui abrège la durée de vie de l’espèce humaine, on parvient à un constat d’échec. J'évoque ici pêle-mêle les partis politiques écologistes et progressistes, les mouvements sociaux tels Les Indignés dans cinquante pays, les Occupy Wall Street, les Via Campesina et Alternatiba, les manifestants alternatifs des sommets mondiaux, ceux anti-guerre en Irak dont je faisais partie en mars 2003. J’évoque également les Nuit Debout de 2016 et le mouvement des Gilets jaunes en France fin 2018 et 2019. J’évoque les centaines de milliers d'ONG et d’associations d'intérêt public à travers le monde. Ces oppositions se manifestent également par les publications des scientifiques et des experts indépendants depuis le rapport Hornig de 1965 sur le réchauffement climatique et le rapport Meadows de 1972 jusqu’aux publications du Giec et bien d’autres. Je citerai les journalistes enquêteurs des Cash investigation, Envoyé spécial, des Panama Papers, etc, les courageux lanceurs d'alerte qui sacrifient leur existence pour dénoncer les malversations et autres délits de certains groupes mondiaux ou banques, et non des moindres. J’évoque les films mobilisateurs tels La vérité qui dérange de Al Gore,  Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot, Home d’Arthus-Bertrand, j’évoque tous les films de Michael Moore, Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin, Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent et tant d’autres films-documentaires détaillant les manœuvres frauduleuses des plus grands banquiers de la planète et les délits et les crimes commis par certaines firmes multinationales à l’encontre des enfants, des populations et de l’environnement. D’autres oppositions s’expriment sur les plateformes Avaaz etc qui lancent chaque semaine des pétitions pour les grandes causes réunissant parfois dix millions de signature à travers le monde.
Si ce bouillonnement d’actions démontre une volonté commune des citoyens(nes) des nations de s’opposer à cette mondialisation sans âme ni projet, si ces initiatives ont pu générer quelques progrès à la marge, sur le fond, RIEN n'a dévié et RIEN ne déviera d'un pouce le rouleau-compresseur ultralibéral codirigé par les gouvernants des pays du G20, le FMI, les firmes multinationales et les acteurs financiers. Gageons qu’en ne remettant aucunement en cause cette mondialisation sauvage, le grand débat lancé par le chef de l’état Macron accouchera d’une souris. Les Gilets jaunes obtiendront au final quelques miettes du gâteau. En restant dans le strict cadre de cette économie productiviste sous l’emprise d’une finance mondiale spéculative, ce mouvement de colère associant d’authentiques progressistes et des extrême-droites nationalistes -parfois antisémites-, il aura principalement multiplié les faillites chez les petits commerçants tout en renforçant Amazon et autres acteurs du commerce électronique. 
Dans le système des décisions politiques tel qu'il se pratique aujourd'hui tant au plan national qu'international, rien n'augure d'un futur meilleur. Continuer à s’opposer avec les mêmes méthodes que nous venons d'évoquer serait s'enfermer dans à un jeu de rôles stérile, ce serait se condamner à échouer encore et encore, et au final, se rendre complice d’un système qui conduit l’humanité à sa perte. La responsabilité de l’échec de l’aventure humaine incomberait, non pas aux décideurs au sommet des états et des institutions mondiales du commerce et du crédit liés aux milieux d'affaires, mais à la dispersion et à l'incapacité des 99% à s’organiser en contre-pouvoir transnational majoritaire autour d'options socio-économiques puissamment fédératrices.

CHANGER LE MONDE, SAUVEGARDER LA PLANÈTE, CELA DÉPEND DE NOUS ET DE NOUS SEULS !

Seule une mondialisation citoyenne autour de valeurs et d'orientations écologiques et progressistes pourra remettre le marché et ses acteurs à leur juste place pour opérer le changement de cap assurant un futur à l'humanité. Entre l’état omnipotent communiste et “l’état c’est l’ennemi” des émules de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, les citoyens à travers le monde souhaitent à une très large majorité un état efficace capable d’assurer sa fonction régulatrice et redistributrice comme gage de cohésion sociale et de paix civile. Le problème de fond est de reprendre la maîtrise politique du marché dans l’intérêt partagé des peuples, des acteurs économiques eux-mêmes et de l’environnement. La société civile a toujours été en avance sur le politique pour faire progresser la condition humaine et servir les plus grandes causes, en incluant récemment et à juste titre la cause animale. Disons Stop aux petits pas. Stop aux programmes politiques ‘petits bras’ qui se résument à de grands sommets coûteux aux bien maigres résultats. Les questions doivent prises à bras-le-corps. Ma bibliothèque est riche d’auteurs ouvrant depuis les années 70 des pistes réformistes réalistes dans les domaines-clefs : la mondialisation, la finance et les monnaies, l’alimentation, l’agriculture biologique et la pêche durables, l’environnement et les climats, la bioéthique, les institutions internationales, la géopolitique et les conflits mondiaux, la sociologie… Leur vision d’un futur plus pacifique, équitable et durable se fonde sur quatre piliers. Le premier éducatif pour promouvoir dès l’école jusqu’aux cycles supérieurs le sentiment d'un même destin sur une même fragile planète. Cette conscience planétaire désamorcera le choc des civilisations, apaisera les tensions géopolitiques et favorisera une étroite coopération internationale pour la paix et l’environnement. Le deuxième pilier est d’ordre économique afin de substituer à cette économie productiviste sous surveillance des marchés financiers des processus pleinement durables du plan local au plan mondial. Plusieurs processus à mettre en œuvre, avec une priorité à l’économie circulaire et aux activités de récupération/recyclage et aux économie d’énergies. Le dispositif de substitution recourra également aux solutions High-Tech afin de réduire l’empreinte carbone de l’économie mondiale. Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse, dynamise ce domaine avec son ‘Alliance mondiale pour les solutions efficientes’ et ses mille solutions rentables pour protéger l’environnement. Le recours au solutions techniques simples aux coûts accessibles complêtera utilement les processus de remplacement envisagés. Ce secteur baptisé Low-Tech démontrera toute son utilité pour les pays d’Afrique, en Inde, en Amérique du sud, dans la Chine de l’intérieur et autres contrées reculées délaissées par le pouvoir central. Appel sera également fait aux savoirs ancestraux offerts par certaines civilisations autochtones. Cela exigera la création de passerelles transdisciplinaires comme gage d’efficience dans la transformation des processus socio-économiques actuels.
Le troisième pilier est une vaste opération de communication adaptée à chaque culture. Un pool international de publicitaires financé sur fonds publics ciblera les responsables politiques, le monde des affaires et les 10% de l’humanité qui détiennent 90% de la richesse mondiale de ménages et consomment en conséquence. (Même source Global Wealth Pyramid 2018.) L’objectif de cette campagne permanente est de démoder le consumérisme compulsif de l’inutile ainsi que les styles de vie ostentatoires et de développer des marchés pour un ensemble de nouveaux produits et services offrant du plaisir, culturellement attrayants et enrichissants ou favorisant la santé. Avec pour dénominateur commun d’être écologiquement neutres ou restaurateurs des écosystèmes.
Le dernier pilier permettant aux trois précédents de prospérer est d’ordre monétaire et financier. Les institutions mondiales du crédit -FMI, Banque mondiale- créées à la fin de la deuxième guerre mondiale avaient d’autres priorités en leur temps. Je rejoins l’idée de créer à leur place un Fonds mondial d’investissements missionné pour financer la survie de l’humanité dans un monde écologiquement préservé. Privant les états de la possibilité de financer des secteurs économiques insoutenables du passé ou d’injecter des milliards dans le sauvetage des banques ou dans des guerres contre-productives aux coûts colossaux, mettant un terme aux usages des Banques centrales de créer ex-nihilo des milliers de milliards pour soutenir un modèle de croissance suicidaire, le nouveau Fonds soutiendrait de manière illimitée à taux zéro tout ce qui permettra la reconversion écologique et sociale du système actuel. L’investissement public impulsant au triple l’investissement privé, les géants du marché mettront leur capacités réactives et innovatrices au service partagé de leurs intérêts et du bien commun. Dans le contexte d’une économie mondiale en cours d’automatisation accélérée, le nouveau Fonds rémunèrerait décemment les personnes en surnombre sur le marché de l’emploi qui souhaiteront exercer dans le domaine éducatif, humanitaire, social, culturel et de l’environnement. Ce vaste secteur d’intérêt public sera valorisé sous le vocable de ‘Secteur d’activités prioritaires’.
La société civile est riche de talents capables de proposer les réformes et les régulations internationales nécessaires. Il existe au sein des universités, des ONG ou chez des personnes ayant fait carrière au sein de multinationales ou d’institutions mondiales des experts soucieux du bien commun capables de dessiner sur page blanche une nouvelle architecture internationale adaptée aux réalités sociales et environnementales du XXIème siècle et d’articuler concrètement les grandes réformes évoquées. Il est temps également d’innover en politique concernant les questions mondiales d'intérêt commun qui outrepassent les champs d’exercice des démocraties nationales. Inutile de créer, comme le suggère l’ancien directeur de l’OMC Pascal Lamy, un organe de gouvernance mondiale associant l’OMC, l’ONU et des représentants de la société civile. Cela enfanterait un nouveau monstre technocratique au service des multinationales et de banques imposant ses diktats aux peuples du monde entier.  Faisons plus simple avec un panel représentatif en tous points de la population mondiale. Ces quelques milliers d’hommes et de femmes ayant reçu une information préalable sur les questions les propositions de réformes, de régulations et de législations internationales émises par les experts de la société civile pourront voter en connaissance de cause.   

 
Réveillons-nous! Notre monde est une minuscule entité de l’espace, sorte de vaisseau planétaire que l’équipage humain doit conduire à bon port pour assurer sa survie. Quelle que soit notre nationalité ou nos croyances, ce qui nous relie étant plus fort que ce qui nous divise, la société mondiale est une force politique majoritaire en devenir. Nous devons reprendre notre destin en main et empêcher démocratiquement les gouvernants du G20 de conduire l’humanité à un suicide collectif.
Sont invités à amplifier cette mobilisation les écrivains, les réalisateurs et les artistes de tous les pays pour que la liberté d’entreprendre et de commercer respecte en toutes circonstances les personnes et la planète.
C’est au prix de cette forte mobilisation qu’à l’horizon 2022, une nouvelle génération politique accédera au pouvoir dans chaque pays et coopérera pour assurer un futur à l'humanité. Cet ambitieux défi sera remporté car nous sommes toutes et tous membres d'une société mondiale, riche de ses diverses cultures, aspirant communément à vivre en paix et dans la dignité sur une planète préservée. L’heure n’est plus au scepticisme, à la résignation, aux commentaires ou à la critique des gouvernants. Nous sommes l’immense majorité, nous détenons au sein de la société civile tous les talents et tous les outils pour élaborer les bonnes réformes, les soumettre aux citoyens.nes des nations via leur panel représentatif et opérer un changement de cap salvateur. Dès lors toutes les initiatives de bon sens à large consensus sont possibles et réalisables.

Au-delà de cette grande utopie qui s'inscrira d'ici quelques années dans une réalité démocratique, un mot sur cette année 2019.
L'Europe est la bonne échelle pour entraîner les peuples du monde entier. Le Pacte Finance-Climat lancé par Jean Jouzel du Giec, Pierre Larrouturou et Christiane Hessel est a soutenir puissamment. Les élections de mai 2019 doivent donner une très forte majorité aux élus écologistes et progressistes. Monsieur Juncker, successeur de JM Barroso et soutien indéfectible de l'industrie financière, doit céder la place à un responsable intègre soucieux du bien commun. C'est mon voeu en de début d'année 2019.

Les moyens de conduire à bonne fin cette mondialisation écologiste et progressiste sont développés dans la deuxième partie de l’essai "RÉVEILLONS-NOUS!"
"WAKE UP EVERYBODY!" pour l'édition internationale (Copyright).

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