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Le Club de Mediapart jeu. 5 mai 2016 5/5/2016 Édition du matin

Un billet d'excuse !

© LCP
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La gangrène de l'absentéisme.

 

 

Il est un mal lancinant, silencieux, insidieux qui sape le système scolaire, ronge notre école au plus profond de ses valeurs : l'absentéisme ! Oh, ne pensez pas que je vienne vous narrer les exploits des champions de la « discipline », des absents chroniques qui ne viennent jamais, ceux-là nous les avons perdus dans la nature. Ne croyez pas non plus que j'évoque seulement ces énergumènes qui mettent en péril toutes les mesures que l'on peut bien prendre en haut lieu. Ils sont parfois convoqués à l'inspection académique pour se voir tancer et menacer d'une belle amende. Puis ils s'en retournent à leurs aventures buissonnières en toute liberté.

 

Non, je veux vous raconter tous les autres, ceux que vous pensez bien dans les clous, qui répondent officiellement à leur obligation scolaire. Ce sont vos chers enfants, charmants bambins mais si fragiles qu'au premier rhume, sinon, c'est la cuite), beaucoup restent à la maison pour ne pas prendre froid. Curieusement le phénomène s'amplifie avec l'âge, les années en « z » sont si difficiles. Aux premiers frimas, c'est la scolarité qui s'enrhume !

 

Il y a l'immense cohorte des malheureuses victimes de l'électronique défaillante. Depuis l'invention du radio-réveil, de la sonnerie du téléphone et autres joyeusetés numériques, il y a une pandémie de pannes. Le retard conséquent ou la demi-journée manquée sont le résultat d'un mal chronique qui a la fâcheuse habitude de se répéter avec la régularité d'un métronome. Les parents conciliants, naïfs ou encore au lit couvrent le problème d'un mot bienveillant. Comment voulez-vous alors mettre les pendules à l'heure ?

 

Il faut encore compter sur les victimes des incidents bénins, des chutes diverses, des glissades et autres galipettes. On ne lésine plus sur la résine, jamais il n'y eut autant de béquilles dans nos collèges que ces derniers temps. On multiplie les absences pour ces mutilés de la vie ordinaire, on distribue généreusement les dispenses de sport et des cours se vident avec la mansuétude du corps médical. L'école se grippe et l'enseignement boîte bas !

 

Puis nous devons redouter les vicissitudes de la circulation routières. Une grève des transports, une chute de neige, un bon coup de gel, des trombes d'eau et voilà le pays désorganisé et nos classes bien vides. Cette petite plaisanterie peut durer une bonne semaine, elle induit dans les esprits juvéniles qu'il ne faut prendre aucun risque pour se rendre au travail. La leçon est vite comprise et les problèmes de transport individuel deviennent vite singuliers. La continuité scolaire s'enraie un peu plus encore !

 

Il y a toutes les obligations d'une existence si compliquée que les rendez-vous importants ne peuvent se prendre que sur le temps scolaire. L'orthodontiste tient la palme de l'excuse, il est suivi de près par l'orthophoniste et autres spécialistes qui souvent ne travaillent pas en dehors des heures de classe. Ajoutons tous les rendez-vous internes à nos collèges, et la classe devient un joli pointillé qui manque de continuité.

 

Rien de neuf sous le soleil me direz-vous, que nenni ! Celui qui a manqué ne doit pas rattraper. Il a excuse estampillée, homologuée, certifiée. Il se trouve ipso facto exonéré de tout rattrapage, de tout devoir éventuel donné en son absence, de tout contrôle pour peu qu'il ait été donné sans qu'il en fût averti par un SMS spécial. Gare à celui à qui viendrait l'abominable idée de réclamer la prise d'un cours manqué, l'exercice ou le contrôle évité. Ce serait l'occasion d'une belle révolution, enfant, famille et tout le système venant défendre celui ou celle qui n'y peut rien !

 

Nos classes deviennent à ce joli train train un vaste gruyère ayant plus de trous que de croûte. Il nous faut célébrer les jours fastes où il ne manque personne. Ne soyez pas surpris qu'ensuite, nous préparions de futurs adultes qui éprouveront les plus grandes difficultés à répondre aux exigences de ponctualité et de présence qu'impose le monde du travail. Je sais que dans notre belle maison, nos élèves ont parfois des modèles désastreux en la matière. Mais je n'en dirai rien de peur de me faire taper sur les doigts.

 

Absentéistement leur.

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C'est que le marché est juteux ! On va vers la privatisation de l'enseignement !

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