Le cercle des consuméristes compulsifs.

Après eux, le déluge.

Conte des mauvais comptes

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Ils sont le paradigme d’une société dans laquelle ils évoluent comme des poissons dans une mer couverte de déchets plastiques. Le consumérisme est leur religion, leur credo, leur raison de vivre. Ils ont besoin de dépenser, d’après certains spécialistes, ils seraient atteints par un curieux virus, celui de la fièvre acheteuse. Nul traitement pour les contraindre à se refréner, même en cas de problème financier, les cartes de crédit viennent un temps poursuivre l’illusion.

Pour beaucoup d’entre-nous, une fée s’est penchée sur notre berceau, nous faisant le don merveilleux d’une passion, d’un talent ou bien d’un savoir-faire, autant de bénédictions qui nous permettent d’aller vers les autres, de leur offrir un peu de nous-mêmes tout en profitant aussi de ce qu’ils peuvent nous donner en échange.

Pour les membres des consuméristes compulsifs, il en est allé tout autrement. La fée a attendu qu’ils grandissent un peu pour se pencher sur leur chariot de supermarché, lorsque leurs parents, croyant bien faire, les avaient juchés sur ce véhicule diabolique. Le mal était fait, ils avaient attrapé le virus, préféraient passer leur dimanche dans un centre commercial, un Cap Satan ou bien La Part-Diable.

Jamais ils ne songèrent qu’ils pouvaient courir dans les bois, faire du sport ou bien de la musique. Leur seul credo, l’achat en bande désorganisée. Faire la queue est devenue pour eux une raison de vivre, une assuétude dont ils ne peuvent se priver. Mais le comble du bonheur, le nirvana absolu c’est de remplir le chariot ras la gueule, à la condition bien sûr qu’ils privent le voisin du dernier paquet de nouilles ou de l’ultime promotion.

En cas de crise, les membres du cercle des consuméristes compulsifs sont tout disposés à supporter des heures dans les files d’attente, envisagent de s’en prendre physiquement à leurs homologues clients pour les dépecer et plus encore, s’estiment en droit de piller leur terrain de jeu favori. Ils sont pris de convulsion quand la menace de restriction pointe à l’horizon. Cela les met dans un était d’hystérie collective proche de la démence.

Ces braves gens, une fois leur croisade accomplie, remplissent le coffre de leur voiture. Ils ne sont pas au bout de leur peine. Arrivés chez eux, au pied de leur immeuble ou devant leur pavillon, il leur faudra décharger les fruits de leur abondante récolte sous le regard envieux et haineux de leurs voisins. La tâche s’annonce complexe.

Il convient de ne jamais laisser le coffre sans surveillance tant qu’il n’est pas entièrement vide. Un comparse doit faire le guet tandis que le déchargement se fait. Puis ensuite se pose le délicat problème de la garde du trésor. Les voisins ont assisté au manège, ils savent que tout ce qui leur manque, est accessible à deux pas de chez eux.

Il ne leur est alors plus possible de laisser la maison vide, la porte serait fracturée, la caverne d’Ali Baba dépouillée entièrement. Les consuméristes compulsifs vivent dans une intranquillité permanente, la crainte d’être volés ou bien attaqués. Ils doivent se calfeutrer, se protéger par des systèmes complexes de fermetures sécurisées. C’est une vie infernale.

Puis survient un autre épineux problème, celui des dates limites de consommation. Si par hasard le gaspillage leur parait être une faute ou une maladresse, il leur faudra alors tenir une comptabilité précise de l’état des stocks afin de ne pas gâcher. C’est hélas un casse-tête sans nom qui souvent s’achève dans la benne à ordures, des regrets plein le cœur s’ils en ont encore un.

Les consuméristes compulsifs sont donc à plaindre et non à tancer. D’ailleurs si la crise perdure, vous serez bien contents de les trouver pour acheter au marché noir ce dont ils vous ont privés. Ils sauront j’en suis certain pratiquer des tarifs prohibitifs de nature à les haïr plus encore. C’est tout ce qu’ils méritent du reste, votre plus totale et parfaite désapprobation.

Restrictionnement leur.

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