Pêcheurs à la ligne et bien plus encore.

À pousser le bouchon beaucoup trop loin.

Réjouissez-vous, accapareurs du pouvoir ...

 

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Ils étaient qualifiés autrefois de pêcheurs à la ligne, ceux qui trempaient le bouchon loin de la ligne des deux grands courants idéologiques de l’époque. Stigmatisés, ils étaient l’exception tout autant que le repoussoir pour les analystes et ceux qui appâtaient l'électeur à grand coup de promesses jamais tenues. Ils n’en avaient cure, il y avait de la friture sur la ligne, « Simone» tricotait à côté de son bonhomme, les représentations avaient la vie dure mais comptaient encore une bonne majorité de votant.

Puis le phénomène s’est aggravé, les abstentionnistes sont devenus plus importants, ont cessé même de taquiner le goujon. Pour les faire revenir aux urnes, un parti « Chasse, Pêche, Nature et Traditions » avait vu le jour en oubliant peut-être que le ver était déjà dans le fruit d’un système qui confisque les voix et ne rend jamais de compte. Il fallut les disqualifier en utilisant l’artillerie lourde : « mauvais citoyens, incivisme chronique, indifférents à la chose publique, égoïstes ... »

Des experts en expertise venaient naturellement expertiser leur refus de participer à ce qui devenait réellement une farce. L’urne se faisait funéraire, la démocratie partait déjà en lambeaux. Pour bien enfoncer le clou et assécher à jamais le vote populaire, les usines ont été délocalisées, les ouvriers mis à pied, le Parti Communiste réduit à néant. C’était la grande victoire de la bourgeoisie qui aime conserver le pouvoir en réduisant les risques.

Il y a toujours des surprises et la vague brune est venue semer le trouble dans des eaux qui n’ont jamais été limpides. Ce fut alors le grand et méritoire sursaut républicain de tous ceux qui se serrèrent les coudes pour voter comme un seul électeur pour le mangeur de pommes. Ils n’avaient pas compris que l’hydre totalitaire avait été conçu de toutes pièces par une classe politique qui se disait qu’un repoussoir valait bien mieux que des idées.

La stratégie a encore fonctionné, bien moins efficacement pour qu’une parfaite illusion, création des banquiers et des médias prenne le pouvoir avec le minimum d’adhésion populaire. Ce fut alors la curée pour les droits sociaux et la fête pour les riches. La colère tourna à la fièvre jaune tandis que le bras séculier frappait dur la révolte les gueux. De vaines promesses pour noyer le poisson et c’est toute la politique qui était plombée.

Maintenant, ils s’étonnent que la grande majorité silencieuse soit devenue muette, refusant de donner une voix qui de toute manière est sans importance, nulle et non avenue. Tout a été fait pour décourager, repousser, réduire à néant le vote populaire et ces entrepreneurs de la magouille généralisée voudraient avoir l’onction de ceux qu’ils méprisent et ignorent de la sorte ? Foutaise que tout cela.

Dans le secret de leurs officines à pouvoir ils se moquent bien du taux de participation. L’essentiel est de réunir les bénéficiaires de leur politique, de laisser chez eux ceux qui coutent déjà un pognon de dingue pour qu’ils cessent de revendiquer ou d’exprimer désappointement et colère. La police ou l’armée se chargeront bien de mâter d’éventuelles rebellions tandis que nos joyeux drilles de la confiscation démocratique se prétendront légitimes avec quelques poignées de cerises en guise d’adhésion citoyenne.

Ils sont venus tous ou presque faire le petit couplet sur l’abstention comme si la chose n’était pas de leur fait mais de l’immense ingratitude d’un peuple qui n’estime pas tous les efforts faits pour lui. Puis, ils ont analysé les tendances de l’heure, évoqué une vague verte faite de bien peu de voix malgré tout, parlé du sursaut des vieux partis fossoyeurs, moqué la déroute du prestidigitateur tombé de son piédestal et qui désormais marchera à cloche pied.

Ils continueront à mentir, profiter, tricher, s’accorder des privilèges, se donner des passe-droits et calculeront combien il faut de fidèles pour conserver une parcelle de légitimité dans le vide sidérant des urnes désertées par les humbles, les gueux, les jeunes, les exclus ; tous ceux qui ne sont jamais attendus ni surtout représentés dans leur assemblées, conseils et autres instances sociologiquement uniformes. Le tirage au sort devient plus que jamais un impérieux besoin pour sauver la nation de ce ramassis de profiteurs.

Insupportablement leur.

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