La puce à l’oreille

Ce qui vous attend.

Coupez !

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Curieusement l’expression ne semble pas avoir mis en éveil les consciences. Mettre la puce à l’oreille de nos semblables n’est certes pas vécu par ces derniers comme une nécessité. Chacun réclame son libre arbitre, souhaite agir comme il l’entend pour mieux jouir de sa liberté absolue de faire comme tous les autres. Le pareil est devenu la règle, la copie qu’on forme en quelque sorte !

Troupeau de moutons bêlant, nos semblables aiment à singer le pire dans les comportements humains, s’attachant à transformer en règle de conduite les plus absurdes pratiques, imitant jusqu’au ridicule les plus déraisonnables attitudes. Tout est bon pour devenir les parfaits clones d’une société de la duplication à l’infini du ridicule absolu.

Pour atténuer la responsabilité individuelle et jouer l’avocat du diable, reconnaissons à la décharge de la masse, que les grands moyens ont été mis pour que leur conditionnement opère au mieux. Télévision, mode, publicité, propagande, campagne d’opinion, modélisation des vedettes, tout va dans le même sens : donner un modèle unique d’agissement.

Cela marche remarquablement, on peut ainsi constater que pour entretenir à l’infini le concept de croissance, chacun y va de ses dépenses somptuaires pour s’équiper du dernier appareil à la mode, de la plus récente version de la nouvelle petite merveille de technologie sortie des laboratoires du conditionnement absolu. Les moutons se pressent, se disputent parfois pour être les premiers à bénéficier de la chose, s’endettent ou se privent pour mieux se laisser tondre. C’est un bonheur que de voir ainsi les amis de Panurge plonger en chœur dans la dernière arnaque de l’heure.

Il y a cependant un point commun qui devrait nous interpeller, mettre en garde la joyeuse masse, l’inciter à la plus extrême prudence. Toutes ces nouveautés magnifiques sont équipées de puces qui les espionnent, les pistent, les traquent, les tracent, les décrivent, les devinent et bientôt à moins que ce ne soit déjà le cas, dictent leurs actions, leurs pensées et leurs sentiments. La société toute entière se compose désormais de robots téléguidés à distance par les marchands du temple.

C’est un bonheur que de les savoir, la puce à l’oreille, s’offrir ainsi au plus parfait contrôle. Ils se laissent mener par le bout du nez, abandonnent leur autonomie et leur liberté à cet appareil qui gère leurs vies, les oriente, leur fixe des obligations et des directives, les guide, les distrait, les détourne de leurs amis, les éloigne de la nécessité de dormir et du droit essentiel à l’ennui.

Les robots vont en troupe, chacun totalement accaparé par son petit dictateur personnel, ne cherchant jamais à le contredire ni même à lui couper le sifflet. Ils se laissent envahir au point d’en perdre le sommeil, de ne plus jamais rien faire sans lui, d’en devenir esclave. Ils ont aliéné leur liberté à ce maudit appareil qui n’est que la première étape d’un vaste plan de lobotomisation générale des masses.

L’étape suivante, l’expression aurait dû éveiller les consciences, sera l'implantation généralisée d’une puce dans le lobe de l’oreille. Lobotomisation, ça ne vous disait rien ce terme ? Lui aussi était porteur de cet avenir radieux qui s’offre à vous. Est-il encore temps de reculer, d’échapper à ce plan machiavélique ? J’ai comme un doute, le mal est fait, si profond, si général que je crains que la greffe ne prenne prochainement.

Il n’est plus rien à espérer. Liberté, liberté chérie, tu as sombré dans ce vaste complot numérique. Nous ne serons bientôt plus que des numéros, de braves petits soldats de la consommation et de la servilité. C’est une belle société que celle qui se met en place. Devant de telles perspectives, j’avoue mon désir de déclarer forfait. Avant, je vous aurai mis la puce à l’oreille, il ne faudra pas dire que n’avez pas été avertis.

Microprocesseurement vôtre.

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