Têtes d’affiche battues

Le bon choix

Bouleau Linguet Carré sortent la tête haute ...

 

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Que ça nous plaise ou non, l’élection municipale est d’abord une question de tête de gondole, de premier ou de première de la classe qui s’expose et se montre sous son meilleur profil. La récente campagne n’a pas dérogé à la règle, les médias tout comme les électeurs ont besoin d’un nom, d’une figure et ignorent consciencieusement la notion d’équipe. C’est ainsi que certaines victoires cachent l’émergence de personnalités plus douteuses, moins consensuelles qui tôt ou tard transformeront le succès en partie de pugilat. Mais ceci est une autre histoire.

Dans des grandes communes du département, la tête de liste battue a renoncé à siéger au conseil municipal. Beaucoup de leurs supporters le déplorent, ayant naturellement une préférence pour celui-ci ou celle-là et souhaitant le ou la voir continuer à défendre ses idées. Je crois au contraire, que celui qui se trouve dans la position du battu et plus encore qui avait occupé la fonction au préalable, doit partir pour laisser place à une nouvelle personnalité dans son équipe. C’est, il me semble la plus sage décision.

J’en veux pour preuve l’effet délétère qu’a eu et que continue d’avoir l’influence d’un ancien maire battu lui aussi et qui ne s’était pas retiré le mandat suivant puis n’a cessé de mettre son grain de sel dans les élections suivantes. En agissant ainsi, le vieux lion s’arroge de fait la posture du seul opposant qui vaille et retire toute crédibilité à ceux qu’il adoube d’une main paternaliste. Depuis, dans cette ville, chacun sait qu’il n’y aura pas d’alternance tant que cette figure tutélaire et encombrante sera encore en vie. Triste sentiment d’appropriation pour ce vieil homme qui ne cesse de mettre des bâtons dans les roues à son camp.

Il y a eu aussi le lamentable épisode de la guerre des coqs de combat entre deux échevins du même camp, l’un ayant passé la main et confié à son poulain les destinées de la ville avant que de revenir à la charge dans une bataille fratricide qui laisse un goût amer et une triste image de la démocratie locale.

De ces deux expériences, je suis amené à penser que le fauteuil de premier magistrat exclut à jamais un changement de fonction. Battu ou empêché, celui qui a tenu le premier rôle ne devrait plus participer aux travaux du conseil municipal. Il lui appartient au nom de l’intérêt supérieur de la commune de laisser définitivement la place. La nature ayant horreur du vide, surtout en politique où la vacuité est souvent une ligne de conduite, il sortira bien une nouvelle personnalité pour reprendre le flambeau parmi ceux qui ne furent auparavant que des seconds couteaux.

Je pousse le raisonnement plus loin encore en suggérant aux têtes de liste battues d’agir pareillement. La défaite doit leur être imputable et c’est tout naturellement qu’ils doivent en tirer la seule conclusion qui s’impose. Au lieu de quoi, le plus souvent, ils vont ferrailler six années durant dans le seul espoir de prendre leur revanche et en faire ainsi une affaire personnelle là où il ne devrait être question que d’un projet collectif.

Enfin, notre Démocratie respirerait beaucoup mieux si d’une manière générale les battus et je pense notamment à l’élection présidentielle, agissaient de la sorte. Une seule tentative et puis chapeau bas. Cette répétition lancinante du générique a de quoi exaspérer le citoyen et véroler le débat. Je sais qu’on me rétorquera qu’avec cette règle ni Mitterand ni Chirac, éternels battus avant que de triompher, n’auraient tenu un poste pour lequel ils n’ont guère brillé au demeurant.

C’est donc avec mes félicitations dont sans doute ils n’ont que faire que je salue la décision des anciens maires d’Orléans, de Gien et de Fleury-les-Aubrais de ne pas siéger au prochain conseil municipal qu’il y a peu de temps ils dirigeaient. Il en va de l’honneur de la Démocratie que d’agir ainsi. Vous avez bien fait et vos supporters qui vous supplient de rester n’ont rien compris.

Défaitement leur.

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