Chapeau bas…

La main à la poche

Saltimbanque-route

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Ils sont funambules de l'inutile ! Ils ont été décrétés non-essentiels par des gens aussi importants que méprisants, avant que de basculer dans le rang des êtres superflus, inutiles et parfois même indésirables. Il est vrai qu'ils incitent à porter un regard décalé sur cette société, ses usages et nos comportements.

En équilibre instable sur un filin de mots, de notes, de dessins ou de mouvements, ils pratiquent tous les arts de la scène et de la rue. Ne les laissez pas tomber, ils ont besoin de vous tout autant que vous avez besoin d'eux pour vous distraire, mais plus encore pour ouvrir les yeux et aller au-delà des apparences qu'on vous impose.

Ils profiteront de l'été pour aller de villes en villages, de places en plages, de guinguettes en bistrots, de salles des fêtes en jardins de particuliers pour vous offrir le fruit de leur travail, de nombreuses heures de conception puis de répétitions. Ils ont le plus souvent qu'un modeste galurin, un chapeau ou bien une casquette pour solliciter non pas votre générosité, mais la juste rétribution de leur travail. 

Car, ce que nombre d'entre vous prennent pour des « amuseries », de joyeuses facéties, de touchantes complaintes, de plaisantes acrobaties sont en fait le fruit d'un long labeur, d'une patience mise en place. Ils ne font pas la quête, ne réclament pas le denier de l'inculte. Si vous n'avez pas pris votre billet pour venir à leur rencontre, c'est pourtant bien un petit billet qu'il convient de glisser dans le réceptacle si la représentation inopinée vous a complu.

Si vous êtes désargentés, ce qui dans cette époque rude pour les plus humbles, n'est pas impossible, fendez-vous d'un mot gentil, de quelques félicitations plutôt que honteusement, glisser une pièce en cuivre pour faire la soudure. Si par contre, vous êtes membre de l'une de ses nouvelles professions qui prennent des dépassements d'honoraires abyssaux, sachez que les artistes de rue attendent de vous, un supplément d'âme. En êtes-vous capable ? Ceci est une autre histoire, l'argent en excès a cette formidable capacité de réduire la capacité d'empathie.

Le chapeau est, selon les adeptes de l'ordre fiscal, un détournement honteux, une forme élaborée du travail clandestin. Ils n'auraient pas tort s'il existait véritablement des petits espaces culturels en plein air pour permettre cette nécessaire expression de tous ceux qui durant ce gouffre sanitaire ont été bâillonnés.

Acceptez donc cette forme d'expression de la Culture. Il se peut que parfois son intrusion vienne perturber vos conversations, votre tranquillité ou votre repas. Soyez patients et tolérants, ne vous montrez pas grossiers en faisant grand bruit pour couvrir le malheureux saltimbanque. Il ne fait que passer, ne le censurez pas par votre morgue et vos mauvaises manières. Il se peut même que des gens aux tables voisines éprouvent l'envie de l'écouter.

Quant à votre détestable habitude de tout filmer, de faire photographie de tous bois, sachez que la plus élémentaire correction consiste à demander l'autorisation de vos modèles. Votre téléphone ne vous donne pas tous les droits en dépit d'une sophistication de plus en plus grande. La technique ne dispense ni de la courtoisie ni même de la discrétion. Parlez doucement, les artistes tout comme vos voisins n'ont pas à connaître vos conversations.

Je vous fais ce petit rappel car les opérateurs ont négligemment oublié de l'indiquer dans le mode d'emploi de la chose. Ne m'en tenez pas rigueur. En attendant, passez un bel été sans oublier de mettre parfois la main à la poche pour ceux qui vous offrent le meilleur d'eux-mêmes. Merci pour eux !

Manchement leur.

Photo montage ...

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