Au bout du rouleau ...

Les sanitaires.

Interrogations de Jacob et Delafond.

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Nos deux compères ne doivent pas en revenir, jamais leur univers aseptisé ne fut tant évoqué par la terre entière. Eux qui ont su faire leur trou, repoussant aux oubliettes de l'histoire domestique nos bonnes vieilles tinettes, nos chères latrines et mêmes le wc turc, ils doivent en perdre la raison en découvrant que désormais leur domaine tout blanc est devenue une maison de passe.

Que s'est-il donc passé pour revenir ainsi au temps peu glorieux des édicules publics, vespasiennes de Clochemerle et d'ailleurs qui servaient d'ultime lieu de rendez-vous pour les amours clandestines ? Les sanitaires reviennent au premier plan avec perte et fracas, gel et tracas. Les édicules ouvrent grandes leurs portes dans le tout à l'ego d'une société qui a fait fi du secret médical et de nos libertés.

Aller à la selle est désormais un acte qui n'échappe pas au contrôle radar des biologistes à la recherche du maudit virus. Le fruit de nos entrailles est examiné à la loupe ou avec d'autres moyens sophistiqués pour déceler le taux d'incidence. La colique sécuritaire gagne tous les secteurs des activités humaines tandis que les mauvais sujets sont désormais privés de restaurant pour éviter de gonfler les eaux vannes.

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Jacob, prince de l'hygiène se réjouit tandis que Delafond roi du conduit pince le nez de se voir ainsi mis en demeure de montrer patte blanche. Le contexte impose de montrer ses papiers avant que d'aller se soulager dans un contexte ou être au bout du rouleau vous condamne à la rétention scabreuse. Pas surprenant ainsi que des esprits doués d'une prémonition aiguë aient fait stock de la chose pour les temps obscures dans lesquels nous sommes tombés à pieds joints.

Mais revenons aux troubles intestins d'une époque qui se pique d’hygiénisme forcené. Il est fortement déconseillé d'avoir des vers dans ses selles, la culture est en première ligne des prohibitions sanitaires. Quant à prendre son pied gauche pour éviter de se souiller les mains, n'y pensez même pas : le canard glisse son bec dans la lunette pour tirer l'affaire au clair.

N'oubliez pas non plus d'afficher votre Cul-Air code avant que de pénétrer en cet espace qui ne sera plus jamais intime. Les targettes, verrous, loquets et autres systèmes de fermeture sont désormais prohibés tandis qu'il conviendra bientôt de se filmer en pleine action. L'intimité est passée à la trappe tandis que la maréchaussée accourt pour remplir cette noble mission de surveillance.

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N'omettez surtout pas de vous laver les mains à la sortie. Le gel ne se met plus sur les cheveux mais dans celles-ci dont certaines désormais affichent des indices d'alcoolisme notoire. Nous avons constaté des tremblements inconsidérés de la part de menottes privées pendant plus d'une heure de leur petite dose bienfaisante.

Tout est pour le mieux, nous pouvons déféquer en toute sécurité et en public, plus rien n'échappe à la surveillance d'un état qui se soucie de notre santé. L'ultime étape consistera à codifier nos relations intimes, à imposer une déclaration préalable en préfecture en joignant les carnets de santé et les tests sanguins pour les deux intéressés. Pour des questions de simplification administratives et morales (les termes tendant à se confondre désormais), la limitation à deux partenaires va elle aussi entrer dans une future loi dite de Passion Sanitaire.

Le conseil de Défense souhaite à ce titre que les critères ethniques soient désormais pris en compte pour éviter tout brassage inconsidéré des ADN. Nous pouvons que nous réjouir de cette clarification indispensable. Le conseil scientifique quant à lui suggère que des relations sexuelles ne peuvent se produire qu'entre deux personnes porteuses du même vaccin. Ceux malheureusement pour eux qui ont reçu deux doses différentes seront contraints à l'abstinence.

Torcheculement vôtre.

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