Place à Orléans

Le liger club de Roanne en visite.

Suite et fin

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En dépit du peu de considération que les responsables de cette ville m’accordent, m’écartant dès qu’ils le peuvent des animations locales, je fus mandé par mes amis du Liger Club afin de servir de guide dans cette bonne ville auto-proclamée Capitale Ligérienne. La visite débutait donc par la Cathédrale, ce haut lieu de l’histoire locale.

J’avais pour mission de raconter les sous-sols tandis que notre bon appariteur épiscopal se chargeait de prendre de la hauteur. Ce n’est certes pas sans malice qu’il agissait ainsi, me sachant plus proche des enfers que des cieux. J’avais ainsi révisé mes informations, n’étant pas un adepte de la maison, pour parler non sans ironie des fastes tout autant que des frasques de l’endroit. Notre bon bedeau se chargeant de rééquilibrer la balance par ses lumières bien plus chrétiennes.

Je pensais tout particulièrement évoquer cette crypte qui m’a toujours fasciné, témoin d’une histoire lointaine, preuve vivante pour moi de la transmission de témoin entre les cultes celtes et la croyance catholique. Hélas, l’endroit est désormais réservé aux archéologues qui ont lancé une nouvelle campagne de fouilles. Je ne pouvais qu’évoquer par les mots ce qui ne pouvait se laisser admirer.

Il me fallait donc raconter l’histoire d’une cathédrale qui souvent se prit à l’instar de ses occupants pour le centre du monde ou, pour le moins d’une nation en construction. Trois rois y furent couronnés, Charlemagne n’y laissa rien moins que des fragments de la Croix du Christ (la foi, à défaut de soulever des montagnes, fait avaler aisément des couleuvres) ce qui en fit le passage presque obligé du pèlerinage de Compostelle tandis que la main de Dieu eut oint l’édifice sans le moindre recours aux misérables mortels.

Je ne pus, une fois encore, que m’étrangler devant l’oriflamme de Gilles de Rais, exposé souverainement dans la nef, alors que ce triste personnage fut le plus grand pédophile assassin que la France ne nourrit jamais en son sein. La religion aime à passer sous silence ce genre d'atrocités auquel certains de ses prêtres n’ont jamais renoncé. J’avoue ne pas supporter pareil affichage qui déshonore à mes yeux de mécréant, ceux qui s’en font les complices.

Le calorifère fut le point d’orgue de cette descente aux enfers. Il nous fallut suivre les rails pour aboutir à la fournaise des six crématoires, vision d’effroi qui ne peut empêcher d’évoquer ce que l’humain fit de pire le siècle dernier. Nous remontâmes à la surface pour constater avec les vestiges des remparts du quatrième siècle, combien longue fut l’histoire en cette cité.

Un passage par l’hôtel Groslot permit d’admirer l’ancien hôtel de ville, de rappeler quelques pans de l’histoire locale sans omettre de signaler qu' Orléans, fut un temps capitale protestante. Mais gardons-nous bien de l’écrire, l’hérésie est mal vue ici ; là où en 1022 le premier bûcher pour crime de pensée de l’occident fut gaiement allumé. Je me refusai à figurer sur la photographie souvenir au pied de la mairie, n’oubliant pas combien je suis mal vu par l’échevin, homme capable de réveiller le brasier sous mes pieds à la première occasion. Il ne faut pas trop m’en demander, raconter l’histoire certes, m’incliner devant les gardiens extatiques de la tradition, sûrement pas !

Un délicieux repas sur la bateau lavoir nous mit de fort bonne humeur. Jean Christophe le patron, participa à l’évocation de l’histoire des bateaux à laver sous le contrôle d' Yves Fougerat, expert en la matière et auteur de deux ouvrages de référence sur le sujet. Il ne me restait plus qu’à proposer à une trentaine de personnes une balade contée à travers les traces des vieux ports d’Orléans, animation qui n’a pas le bonheur de plaire aux gardiens du temple, admirateurs de la version officielle de la saga ligérienne matinée de sauces aux anodontes.

Nous terminâmes la soirée par une visite animée du musée de la Tonnellerie de Chécy dans lequel justement le Liger Club de l’orléanais proposait exposition. Quelques chansons et contes agrémentèrent le vin d’honneur. Il n’était pas plus belle manière de remercier nos amis de leur visite. Ils pouvaient s’en retourner à leur cher roannais non sans une dernière visite au musée de la marine de Loire de Châteauneuf.

Guidement leur.

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