Le souverain mépris.

Le sobriquet lui va comme un gant

Ni sage, ni Bon, ni Gros, ni Fol !

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Au fil des époques, nos bons rois se sont trouvés à la fois couronnés et affublés d’un sobriquet qui parfois, leur allait comme un gant. L’un fut Téméraire quand l’autre était Chauve, celui-ci Pieux et cet autre Victorieux. Il y eut un Sage, un Bon, un Gros, un Fol et même un qui se prit pour le Soleil. Nous pensions avoir fait le tour de la question en coupant les têtes qui dépassaient pour instaurer l’égalité dans notre bon royaume de France.

C’était sans compter sans l'immuable cycle du temps. La République a perdu sa superbe, elle s’est émoussée au fil des dérives présidentielles. Progressivement, la Monarchie a repris sa place, la vie de château poussant les uns et les autres à perdre de vue que seul le peuple est souverain en principe, une posture qui céda petit à petit le pas devant l’orgueil et la morgue de ceux qui abusèrent du pouvoir personnel.

Puis tout bascula véritablement avec l'avènement de Freluquet premier. Un changement de cap nous promettait-il, lui qui avait pour ligne directrice de balayer les vieilles représentations du passé. Un vent nouveau allait souffler sur la nation, ni droite ni gauche nous proposait celui qui se mettait en marche avec un autre pied sans doute. L'incongruité aurait dû mettre la puce à l’oreille à tous ces gogos qui ont marché dans la combine.

Maintenant, il est trop tard. Le pouvoir est revenu aux vieilles habitudes monarchiques. Rien n’est trop beau pour le Prince et sa belle. Le budget du Palais explose, la reine a retrouvé sa place, sa fonction officieuse pour celles qui l’ont précédée est entrée dans le marbre de la loi. La couronne sur le fardeau en somme, d’un état totalement coupé des gueux que nous sommes.

Bien vite le bon peuple a retrouvé ses habitudes, le sobriquet s’est imposé comme une évidence : Freluquet premier dit « le Souverain Mépris ! ». Celui qui a convoqué les États Généraux, sollicité la constitution de cahiers de doléances qui contrairement aux précédents ont été archivés sans même avoir été parcourus. Le Roi dispose mais n’écoute pas la plèbe.

Mieux encore, il a enfilé un gant de fer, fait appel à la troupe pour mâter la rébellion. Les gens d’armes se montrent impitoyables, frappant à tour de bras sur les crânes obtus d’une populace qui refuse de se plier à l’ordre nouveau. Le mépris ne suffit pas, il convient de l’asséner tout en dissimulant les exactions des dragons derrière un écran de fumée.

Quand quelques témoins ont la hardiesse de s’indigner, les geôles de la Bastille s’ouvrent à nouveau, y compris de manière préventive. La lettre de cachet est revenue à l’ordre du jour pour cet état de plus en plus attiré par l’expérience autoritaire. Mettre au pas la justice, bâillonner les gazettes, réactiver les bagnes et les galères, supprimer les libéralités et les droits banaux, le suzerain frappe fort tout en s’affirmant encore respectueux des lois.

Il s’indigne quand on le prétend tyran, se dresse contre des accusations qu’il prétend fallacieuses. « Faites donc l’essai de la dictature ! » proclame celui qui en fait l’expérience au quotidien. Nous ployons sous son ordre injuste, sous le joug de ce pouvoir inique qui non seulement a rétabli les privilèges mais plus encore agit contre le peuple et au seul profit de cette nouvelle noblesse qui l’a placé sur le trône.

Ainsi donc, notre « Souverain mépris » ignore jusqu’où le pousse son comportement. Que libelles et pamphlets viennent dénoncer ces agissements et il fait donner la censure plutôt que de mener une nécessaire introspection. C’est là l'écueil qui menace tous ceux que le pouvoir isole et aveugle. Pourvu qu’il ne soit pas sourd aux innombrables plaintes qui montent de la base. Pourra-t-il ainsi revenir à de plus justes sentiments vis à vis de ceux qu’il est censé représenter.

Souverainement sien.

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