L’École des Parents.

Simplement admirable …

Retour sur la classe découverte.

 

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Il m’a été donné de partager la vie d’une classe découverte itinérante et en auto-gestion durant près de quinze jours. Je n’ai eu de cesse de m’émerveiller du travail accompli par le maître d’œuvre de ce miracle qu’il accomplissait pour la trentième fois. Rassurez-vous, l’organisateur de cette formidable expérience humaine bénéficie tout juste de l’appui de sa hiérarchie, n’accèdera à aucune promotion ni ne bénéficiera jamais de la breloque des palmés de la servilité. Ce n’est d’ailleurs que justice et bonne gouvernance pour une administration dont les objectifs sont diamétralement opposés à ceux de cet enseignant éminemment subversif.

Pensez-donc, dans une société fondée sur l’égoïsme, le refus de l’effort physique, la compétition entre les individus, ce diable de bonhomme prône avec succès la coopération, le partage, la responsabilité et le dépassement de soi entre autres valeurs révolutionnaires. Il mérite cent fois le blâme et plus encore la radiation de la fabrique à crétins. Le plus étonnant encore, pour tous ceux qui mettent régulièrement des bâtons dans les roues de cette folle entreprise, c’est que ça marche au-delà de l’imaginable, qu’en dépit des difficultés, des contraintes, des coups tordus de dernière minute de l’administration, ça roule d’une manière exemplaire.

Mon propos cependant n’est pas ici d’évoquer la déliquescence d’une École Républicaine incapable de penser ce qui fait réellement grandir un enfant. Il n’est rien à attendre d’une institution dont les objectifs affichés sont désormais de façonner de futurs travailleurs, citoyens obéissants et consommateurs avertis. J’ai découvert durant ce périple autour du Loiret que non seulement ce directeur et les enseignants qui le suivent proposent à leurs élèves des conditions uniques d’apprentissage tout autant que de maturité mais en plus, ils ont formé au fil des années, des équipes de parents bénévoles qui encadrent avec talent et pertinence, dans leurs domaines de compétence, la classe découverte.

Ce fut-là ma plus grande surprise en vérité. Dès mon arrivée, je crus que cette mère de famille était institutrice tant toutes ses interventions auprès des gamins étaient judicieuses, marquées du sceau de la réflexion. Je pensais alors que cette autre maman était animatrice tant elle mettait de la qualité dans ses activités tout en posant les problèmes inévitables comme il convenait.

Puis d’autres sont venus. Chacun dans son domaine agissant avec mesure, discernement, une réelle habitude du contexte et une parfaite connaissance des enfants. C’était un bonheur que de les voir ainsi apporter leur contribution à ce projet sans jamais empiéter sur les prérogatives des enseignants. Je mesurai alors combien ces expériences au fil des années avaient dû modifier du tout au tout le climat dans cette école en faisant des parents d’élèves de véritables acteurs de l’éducation.

J’en étais là de mes réflexions quand je me rendis compte avec effarement que cet exemple tout au contraire pointait du doigt l’absurdité du recrutement des enseignants. À l’opposé de ces merveilleux parents, bon nombre des futurs acteurs éducatifs n’ont jamais mis les pieds dans une colonie de vacances, une association sportive, une classe découverte. La primauté du savoir universitaire a bouté les compétences éducatives qui ne sont plus jamais exigées.

Comment dans ce cas, ne pas courir à la catastrophe quand de brillants premiers de classe, découvrent avec effarement, incompétence et ignorance ce qu’est un groupe de gamins ? Ils feraient bien tous, ces brillants diplômés de l’université, de passer un petit brevet éducatif à l'instar des parents de cette école à qui je confierais bien plus mes petits enfants qu’aux professionnels de la chose enseignante.

Naturellement, partageant les mêmes principes que le directeur subversif, ma proposition est bien l’expression calamiteuse d’une conception archaïque de l’école. L’École ne doit surtout pas être un lieu de vie, de partage, de solidarité, de débats, de règles admises et d’efforts collectifs. Il convient de préparer les enfants à la compétition à la vie à la mort pour affronter cette société des inégalités et de l’injustice. Il conviendrait de toute urgence d’interdire de telles expériences fort heureusement marginales dans lesquelles les acteurs œuvrent à rebrousse poil de ce monde sans pitié du libéralisme triomphant.

Frénétiquement sien.

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