Le miroir des vanités.

La dignité de l’état.

Freluquet se prend pour Narcisse

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Il est beau, il est jeune, il agit au nom de la rupture, use parfois d’un langage décalé et tout cela pour amuser la galerie tandis que jamais personne n’a détricoté la protection sociale comme monsieur Freluquet le méprisant, notre bon philosophe président banquier ! Pour parfaire son image, il est prêt à toutes les bassesses, flattant ce qui se fait de pire dans la culture moderne à commencer par cette auto-célébration de l’individu par le prisme d’un appareil photographique.

Je ne vais pas volontairement écrire le vocable anglo-saxon de la plus absurde et égocentrique démonstration d’une société en pleine crise d’ego. Que des adolescents boutonneux ou des enfants pré-pubères se livrent à cette frasque ridicule, passe encore même s’ils trouvent souvent à leur côté des adultes consentants pour poser et accréditer que seule l’image d’un individu a de l’importance, mais que le gardien du temple, le représentant de la nation s’affiche de la sorte à la manière d’un jeune premier en mal de reconnaissance, et la nation toute entière sombre dans le ridicule.

Examinons à la fois le contexte et le cliché car rien de ce qui est fait dans la machine à décerveler le bon peuple n’est du au hasard. Il y a d’abord la chute vertigineuse de la cote de sympathie d’un président aux abois, incapable de penser la société en dehors des seules classes privilégiées. Se montrer en compagnie de jeunes gens issus de l’immigration et largement assimilés à ceux qui se trouvent en marge, ne peut que redorer un blason des plus ternes.

Pour contredire les analystes qui voient tout en noir, le gentil Manu pose en compagnie de deux éphèbes du peuple, des exclus. Le torse nu de l’un n’est pas une coïncidence. Qui pourrait croire que la cohorte des gardes du corps présidentiels n’avait pas remarqué cet éphèbe à moins que le bon prince, n’ait pas pu s’empêcher de venir admirer au plus près ce corps de rêve... Nous nous perdons en conjectures sur cet aspect des choses même si l’extrême proximité de notre chef d’état qui s’accole à la chair dénudée n’est pas sans nous laisser perplexe. Sa tête presque posée sur l’athlète, qu’il est émouvant dans cet abandon énamouré, nous devrions nous réjouir de la confiance aveugle que le premier d’entre-nous accorde aux déclassés.

Hélas, juste à côté de ce couple si émouvant, contre-point juvénile des portraits dévastateurs avec son égérie, Emmanuel se trouve pris en sandwich. L’autre participant est vêtu d’un « marcel », emblème de la France rurale au travail. La casquette vissée à l’envers vient singulièrement contredire la force du symbole qui en prend vraiment un coup avec ce jeu de doigts qui pour vilain qu’il soit n’en demeure pas moins le paradigme de la sous-culture en marche.

C’est alors que de deux doigts, nous n’en voyons plus qu’un. Car le mignon, le gentil favori sur lequel repose notre chef, dresse quant à lui un doigt d’honneur, revendiqué à n’en point douter par celui qui non content d’être du milieu se place au centre de cette composition détestable. Ne pensez pas que l’image a échappé à la vigilance des chargés de communication, tout est pensé, tout est accrédité et l’image peut joyeuse semer son terrible venin.

La garde prétorienne de notre Freluquet sera donc le sujet principal de nos indignations. Après l'inénarrable Benalla, voilà le duo de spadassins à mains nus. Pas besoin de port d’armes pour ces deux là, ils ont leurs doigts pour briser le consensus, les codes sociaux et la dignité de la fonction. C’est d’une efficacité redoutable. Bravo les artistes !

Au passage, un petit message subliminal avec un vieux compteur électrique dans le coin du mur. Si le courant passe entre la jeunesse déclassée et le pouvoir, c’est quand l’homme à la cravate traverse lui-même la rue pour aller à contre-courant de la tendance. S’il martyrise les retraités, il idolâtre la jeunesse, pour peu qu’elle sente bon le sable chaud. Pendant ce temps, le bon peuple pète les plombs, jamais il n’a été autant méprisé par celui qui est censé le représenter.

Nous pensions toucher le fond avec les derniers spécimens qui se sont succédés au palais. Cette fois, nous sombrons dans l’abject et l'ignominieux. « Tu t’es vu Manu quand tu nous craches à la face ? » C’est vilain, indigne, honteux, inacceptable. Mais qui donc viendra botter les fesses de ce funambule de la facétie scabreuse ?

Portraitement sien.

ma-lanterne

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