Loin d'être le Centre de leurs préoccupations

Au Royaume des Jocrisses

 

 

Pauvre région abandonnée

 

 

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Le nouveau découpage des régions françaises avait le double objectif de réaliser des économies tout en donnant à ces entités administratives une dimension susceptible de leur permettre d'exister dans le concert européen. Le dosage fut alors du grand art, dans le souci de ne pas réveiller les anciennes provinces, toujours présentes pourtant dans nos esprits quand on aime un tant soit peu l'histoire et la géographie rurales. Mais les élus sont ainsi faits, qu'ils s'attachent avant tout à leurs intérêts et non à ceux des territoires qu'ils sont censés défendre. De Paris, la France est si petite ...

 

 

Le découpage eut lieu dans une jolie cacophonie, savant dosage de pas en avant combinés avec des pas sur le côté et quelques belles reculades. Un formidable exercice bureaucratique, loin des habitants qui vivent dans les régions concernées et auxquels il ne fallait surtout pas demander leur sentiment. Même pour les questions régionales, le jacobinisme demeure la règle de fonctionnement d'un état coupé de son peuple depuis toujours.

 

 

Quelques jolis lapins sont sortis du chapeau de la mafia des élus territoriaux. Dans le souci permanent de conserver le pré carré des immodestes barons locaux, les départements n'ont surtout pas été touchés alors qu'il fut question, un temps, de les supprimer. C'eût été alors l'occasion de démontrer vraiment la volonté d'économie : une erreur à ne pas commettre en pays de gabegie administrative et de féodalisme continué. Des roitelets régionaux ont joué des épaules et des coudes, les plus forts emportant la mise en pensant, benoîtement, qu'ils échapperaient au raz-de-marée du mécontentement général … La lucidité n'est pas de mise sous les lambris et les dorures.

 

 

Puis, quelques territoires, faute de pouvoir réaliser le mariage de la carpe et du lapin, sont restés à l'écart du remodelage. Les explications sont si vaseuses que, par respect pour vous, chers lecteurs, je ne vais pas rejouer la sérénade des arguties et des mensonges. Le violon est l'instrument préféré de nos édiles : ils en jouent à merveille pour nous faire avaler des couleuvres ! Toujours est-il que notre bon Centre n'a pas trouvé de mariée assez belle pour lui. Boudé par les unes, repoussé par les autres, rejeté par sa voisine qui avait des rêves bretons, il reste dans son coin, au cœur de son désert humain et économique.

 

 

Avec son plus petit nombre d'habitants, à l'exception de la Corse qui, naturellement, fait encore cavalier seul, le Centre ne fera jamais le poids face aux « landers » allemands (le modèle prétendu). Encore fallait-il croire les raisons avancées par nos menteurs patentés. Avec le plus faible produit intérieur brut, le handicap devient insurmontable d'autant plus que cette pauvre région, placée si près de l'Île-de-France, échappe aux grands projets d'infrastructures qui la traversent par ses côtés pour aller ailleurs sans jamais la desservir en son centre.

 

 

Dans cette belle région, à la culture forte, au riche passé historique, aux jolis territoires, au bien manger et à la si belle langue, rien n'a trouvé grâce aux yeux des marieurs parisiens. Le Centre est condamné a devenir un désert intérieur, une réserve bienheureuse de chasse, de pêche, de tourisme et de ploucs pour nos chers voisins, un espace pour résidences secondaires pour nos amis franciliens. Ils viendront nous visiter, l'appareil photographique en bandoulière, avec ce regard méprisant qui leur va si bien.

 

 

Dans ce contexte, pourquoi accorder un vote qui validerait cet abandon ? Les gens en place comme ceux qui veulent les remplacer furent bien trop heureux de ne pas subir la concurrence de plus médiatiques qu'eux. Tout le monde trouve son compte dans l'abandon du Centre à son triste sort. Pas moi, qui rêvais naïvement d'une grande région avec la Loire au cœur d'un découpage qui eût fait fi des régions anciennes.

 

 

Alors dimanche, je glisserai un bulletin blanc à cette opération blanche. Nous avons été mis sur le côté de la modernité, écartés des grandes ambitions et il faudrait encore donner quitus à ceux dont le silence fut complice ? Jamais ! Ne pas me déplacer serait encore donner raison à ces énarques honteux qui ont considéré que nous étions incapables de sédition, nous, les moutons bêlants du désert français.

 

 

Le vote blanc est l'ultime arme légale avant de rejoindre l'immense cohorte de ceux qui ne croient plus en cette République bananière et ont décidé d'abdiquer face à ce système immuable et méprisant. Il dit la colère et le refus, la honte et le désespoir. Il dit encore que plus rien n'est à attendre des gens en place, qu'il est grand temps de changer de République et de règles du jeu. Il dit enfin le refus de l'indifférence en respectant le droit de vote, y compris quand ceux qui sollicitent nos suffrages ont, depuis belle lurette, cessé de nous respecter.

 

 

Civiquement leur.

 

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