Le cadeau royal

Louis XI, dernier roi d’Orléans.

Conte des mauvais comptes

 

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Nous sommes en 1479, Louis séjourne dans sa belle résisdence qu’il s’est fait bâtir à côté du cloître Saint Aignan, une humble demeure de pierres et de briques, non pas un château mais une gentilhommière qui marque son désir de vivre chichement. Ses sujets apprécient le monarque même s’ils savent combien il est redoutable à ses opposants. Les geôles du château de Meung-sur-Loire sont souvent le théâtre de pratiques inhumaines qu’il fait subir à ses ennemis. C’est ainsi que l'on conquiert le cœur des braves gens, en maniant le fouet et la carotte. Il y avait bien réussi en orléanais.

Gaston, un trappeur des bords de Loire, vient de prendre dans ses pièges un castor gigantesque, magnifique bête à la robe impeccable et qui plus est, blanche comme neige. La bête est albinos, c'est là la raison de cette merveille. Il sait le Roi amateur de toque en peau de castor, il lui vient en tête de faire un cadeau royal qui lui vaudra sans doute belle récompense. L’homme confie la peau à un chapelier réputé de Sully-sur-Loire afin qu’il en fasse une toque digne de son destinataire.

Peu de temps après, muni de son présent, Gaston décide de descendre la Loire pour se rendre dans la demeure du souverain. Il ne doute pas de l’accueil qui lui sera fait. Son cadeau est magnifique, il devine aisément la satisfaction d’un souverain qui, à 56 ans, est déjà usé par l’existence et les obstacles qu’il a traversés durant son règne. Il y a six ans déjà, il a fait une première apoplexie qui l’a considérablement amoindri.

Gaston ne sait pas tout ça, pour lui le roi est indestructible, lui qui a chassé les anglais du royaume. Il vénère son roi en dépit de ce que les vilaines langues peuvent dire de ses pratiques de gouvernement. Il n’en a cure, en bon sujet, il compte bien lui faire hommage par ce cadeau royal. Il embarque sur une sapine qui descend le courant, chargée de nombreuses marchandises.

Sa première contrariété arrive bien vite. Saint Benoît l’attend et son péage auquel personne ne peut se soustraire, il faut bien entretenir les bons moines de l’abbaye. Le péager arrive, examine les marchandises, consulte l’ardoise qui précise ce qui sera taxé. C’est au tour de Gaston de répondre de sa destination et de ce qu’il transporte. Le brave homme dit la vérité, pensant ne rien devoir puisqu’il agit pour le roi.

L’homme voyant là une belle occasion de s’enrichir lui réclame pour prix de son passage un quart de la récompense qu’il ne manquera pas de recevoir du souverain. Gaston a beau protester, se plaindre, il est contraint de signer papier attestant du marchandage. Il peut ainsi repartir délesté d’une partie de ce qu’il n’a pas encore.

Bien vite ensuite arrive le péage de Laiz et Bich, cette ville qui aujourd’hui se nomme Châteauneuf-sur-Loire. Là encore, il ne peut se dérober à l’appétit du questeur. Celui-ci voyant l’avantage qu’il peut tirer de ce curieux cadeau réclame comme le péager de Saint Benoît un quart de la future récompense. Un acte écrit est établi avant que de permettre à Gaston de poursuivre son chemin.

Il continue son trajet. Le péage de Jargeau ne tarde pas à se présenter à eux. Nouvel arrêt, nouveaux contrôles, nouvel interrogatoire. C’est à croire que les péagers se sont donné le mot. Une fois encore, il subit des menaces, doit se plier à la loi du plus fort et se voit délesté d’un nouveau quart de ce qu’il n’est même pas certain de recevoir.

Décidément, se rendre en Orléans par la voie d’eau n’est pas la meilleure idée qui soit. Mais il est trop tard pour faire machine arrière, le courant pousse fort et il compte bien arriver pour l’audience publique du jour. D’ailleurs il aperçoit les murailles de la cité. Il sera bientôt reçu par sa majesté Louis le onzième, il en est convaincu.

Las ! il faut encore passer devant le péage de la Motte Sanguin. Cette fois, il n’y a pas moyen de l’éviter. Il doit s’arrêter quai du Châtelet pour se rendre à la demeure royale. Il subit comme aux trois autres endroits, la convoitise des puissants. Il signe une nouvelle reconnaissance de dette. De quart en quart, il ne reste plus rien de ses espoirs de fortune. Qu’importe l’argent, il va voir Louis XI et s’offrir au moins le bonheur de lui faire offrande digne de sa gloire.

Gaston explique devant la belle demeure toute neuve, l’objet de sa demande d’entrevue. Les gardes savent à quel point le Roi porte une attention toute particulière à ce genre de parure. Ils font rentrer le trappeur qui a l’honneur d’être reçu sans tarder par le roi en personne. Quand il lui remet son présent, Louis de s’exclamer, d’admirer la toque et de s’en couvrir dans l’instant. Jamais il n’en a eu une plus belle !

Gaston est heureux d’avoir vu juste. Il se prosterne devant son roi, le sourire aux lèvres. Le monarque veut le récompenser, il lui propose de lui verser cent deniers tournois, de quoi vivre bien le reste de ses jours. Gaston refuse tout net et devant le roi stupéfait réclame pour seul paiement de son cadeau cent coups de fouet. Louis dans un premier temps explose d’une colère folle. Comment peut-il ainsi de moquer de lui et défier sa puissance ?

Gaston de s’agenouiller devant lui et de lui demander d’avoir le droit de s’expliquer. Louis, touché par son attitude et toujours couvert de ce précieux présent accepte de se calmer et de l’écouter. Gaston lui fait part des rançons qu’on a exigées de lui. Le suzerain d’appeler ses hommes d’armes avec mission d’aller quérir sur le champ les quatre péagers si peu scrupuleux des lois.

Gaston est l’invité d’honneur du Roi en cette soirée. Les gredins vont être punis comme ils le méritent le lendemain et en attendant, il partage la table et la demeure du roi. Il n’avait pas imaginé plus belle récompense. Le lendemain, les contrats obtenus par la menace sont exécutés scrupuleusement. Les cupides personnages, le dos rougi par leur part de récompense n’en sont pas au bout de leur peine. Enchaînés, ils finiront leurs jours dans les oubliettes de Meung-sur-Loire.

Gaston rentre à Sully-sur-Loire, à Saint Germain exactement, là où il vit dans une petite maison de pêcheur sur le quai des mariniers. Il a des souvenirs plein la tête mais pas seulement. Il a été nommé trappeur royal par sa majesté en personne et doté d’une somme de cent deniers tournois déposée dans une bourse pleine qu’il a mission de remettre à son épouse. Ainsi, le contrat signé par les quatre lascars est caduc.

Pour une fois, la morale fut sauve. La raison du plus fort n’avait pas eu gain de cause. Si c’est Louis XI qui portait la toque blanche de Castor, quatre gredins portèrent le chapeau et Gaston sortit la tête haute de l’aventure. Il n’en était pas toujours ainsi en cette époque lointaine. Gaston pouvait s’estimer heureux que l’aventure tournât à son avantage.

Rackettement leur.

http://www.loiret.fr/louis-xi-le-dernier-roi-orleanais-histoire-et-tradition--1498.htm

 

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