Les passagers de la treizième heure.

Orléans-Paris par le train un jour férié.

Le voyage immobile

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Le service public des transports ferrés n’a pas commencé l’année sur de bons rails, du moins à Orléans. Il est vrai que cette grande métropole est, depuis de longues années, le cadet des soucis des responsables de la SNCF. Cette ligne qui fut pionnière dans l’élaboration de la grande histoire du chemin de fer dans l’hexagone souffre depuis belle lurette de sa proximité avec la Capitale. Elle a ainsi vu passer sous son nez les fameuses lignes de TGV qui transforment les autres en chemins de croix tandis que le projet de l’aérotrain était arrivé bien trop tôt pour toucher les cœurs inflexibles des décideurs parisiens.

Aller d’Orléans à Paris par le rail est devenu de plus en plus aléatoire. Non seulement il faut composer avec les retards incessants mais encore penser à vérifier que le weekend n’est pas consacré à des travaux qui nécessitent régulièrement la fermeture de la petite ligne misérable. C’est ainsi, il faut accepter l’idée d’être relégué au rang des gares de campagnes, celles qui ne sont pas rentables et auxquelles l’État tourne le dos inexorablement.

Là, c’est curieusement le grand nombre de passagers qui pose problème. Trop de candidats au voyage est tout autant une difficulté dans un contexte de récession générale. Les Orléanais n’ont qu’à emprunter (verbe assez cocasse du reste quand on connait les tarifs prohibitifs de la chose) l’autoroute A10 pour venir ainsi ajouter aux embarras de circulation dans la plus belle ville du monde !

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C’est d’ailleurs ce qu’auraient du faire les malheureux qui décidèrent, stupidement il convient de le reconnaître, de vouloir monter dans un train le 1er janvier 2019 à 20 h 30 pour de Fleury-les-Aubrais, la gare satellite de la cité Johannique, gagner à la nuit tombée la gare Paris Austerlitz. Bien mal leur en pris car ce jour-là, en pleine Beauce, à Chevilly, aux alentours de 18 h 30 un inconnu trouvait la mort percuté par un train.

La ligne était fermée afin que les pompiers œuvrent. La suite se passe de commentaires. Les voyageurs restèrent à quai. Il est vrai que ce jour-là est assez particulier. Les cheminots ont comme tous les autres français la gueule de bois. Point n’est besoin de leur demander de réaliser des miracles. Leurs clients d’un soir en furent pour leur frais.

Ils attendirent vainement un miracle qui n’aura pas lieu. « Rentrez chez-vous, il n’y a rien à voir ». Les pauvres naufragés du rail durent convenir que les 120 kilomètres qui les séparent de leur espoir de destination constituent un impossible rédhibitoire. Si encore la crise des gilets jaunes avait pris fin, il eut été possible dans une nation en bon état de marche d’envoyer des autocars pour satisfaire la clientèle mais des ploucs de province ne sont rien moins que des bestiaux qui peuvent attendre.

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C’est donc au lendemain matin, jour ouvré, à 8 h 30 qu’on les priait généreusement de venir user de leur droit à la satisfaction commerciale. Ils avaient tous acheté un billet qu’il convenait d’honorer. Mais là encore, ils durent déchanter. L’attente recommençait. Non pas que la ligne fut encore fermée, mais pour le seul plaisir de respecter ce qui est devenu une tradition locale : le retard inexplicable. À moins, je suis certes mauvaise langue, que les cheminots aient un 2 janvier, besoin d’un peu de temps pour se souhaiter la bonne année.

Les embrassades terminées, les braves patients, c’est désormais ainsi qu’il convient de nommer un passager ferroviaire dans cette ville qui est à la fois désert médical et impasse ferroviaire, purent enfin monter dans un train sur le coup de 9 h 30. treize heures de retard, c’est un record qu’il convient de saluer et d’honorer de ce charmant récit tout en nuance. Voilà qui est fait. J’ajoute qu’il existe encore des canailles pour vouloir installer en cet endroit à grand frais de dépense publique, un téléphérique pour franchir les voies ferrées et la nationale 20. On croit rêver. Avant de tels délires, il conviendrait d’abord de mettre un peu d’ordre dans ce ce joli bazar.

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Entraînement leur.

Pour mieux aller à Paris en stop par la N 20, le téléphérique de Louis Philippe

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