La tournée des popotes.

Personnages « non grata »

Liberté ? Égalité ? Fraternité ???

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Quelque part en France, dans une petite Métropole qui se rêve grande, un noble échevin fait la tournée des popotes, des hôtels hébergeant bon gré mal gré quelques épaves de la mondialisation… L’homme qui, par inclinaison personnelle, aime les grands voyages, pourvu qu’ils se déroulent en bonne compagnie, ne goûte guère, la présence dans ses murs, de jeunes gens venus d’un continent qui n’a pas bonne presse. Il est vrai que sa sensibilité le pousserait à préférer les visiteurs issus de l’Amérique et de l’Asie.

Mais là, il faut bien l’avouer, ces touristes sont fort particuliers. Ce sont des jeunes gens qui après un long et périlleux périple, se retrouvent échoués dans cette belle cité historique. Les hasards ou les malheurs de leurs aventures font qu’ils sont seuls, isolés, sans famille. D’eux, on ne sait pas grand chose d’autant plus que s’ils ont des papiers sur eux (la chose est possible), dans son immense sagacité, la préfecture les déclare faux sans autre forme de procès.

Ainsi, ces pauvres gamins sont dépossédés de leur identité par une décision inique qui n’a d’autre but que de les renvoyer chez eux. Ils sont dans le même mouvement privé de leur âge, ce qui est fort commode quand dans sa volonté admirable de les renvoyer à la mer, les différents pouvoirs veulent en faire immédiatement des majeurs qui sont plus aisément montrés du doigt.

Ces gamins se retrouvent dans des hôtels, faute de structures ad-hoc et d’une volonté humanitaire. Qu’importe le coût de cette mesure, tout ceci ne peut être que provisoire. L’échevin se doit en tout premier lieu à ses électeurs. C’est en compagnie d’une escouade de sbires, qu’il s’est rendu discrètement dans ces établissements. Les voisins se plaignent des nuisances, le noir n’a pas bonne réputation au pays des chiens.

Notre grand voyageur promet que le problème va être réglé. L’expression fait froid dans le dos, elle porte sans humanité, la redoutable Obligation de Quitter le Territoire Français. « On ne veut pas de ça chez nous ! », pensent ceux qui doivent supporter le spectacle désolant d’une jeunesse désœuvrée. Ils sont jeunes majeurs selon la préfecture et ses experts en datation des rebuts de l’Europe. Alors pas de pitié, le retour à l’envoyeur s’impose, l’échevin porte courageusement ce terrible fardeau

Ils sont guinéens, maliens, ivoiriens, gambiens, sénégalais, autant de nationalités qui figurent sur la liste noire locale. D’ailleurs, parmi les douze villes jumelles de cette cité, aucune n’est africaine, c’est bien la preuve que leur place n’est pas dans nos murs. Tout le monde en est d’ailleurs convaincu. Monsieur le Préfet en premier lieu, qui quoique représentant de l’État se passe scrupuleusement de respecter les procédures et les délais légaux. Le département ensuite qui se lave les mains, se passant aisément d’une obligation légale.

Alors ces jeunes majeurs errent comme des âmes en peine. Fort opportunément ils ont trouvé des mains tendues, de braves citoyens, des empêcheurs d’expulser dans l’ombre, selon les autorités, qui font des pieds et des mains pour leur venir en aide, les accompagner, leur trouver un avocat pour échapper à l’expulsion. Ceux-là sont membres du Collectif Orléanais pour les jeunes immigrés étrangers et font un travail redoutablement efficace pour contrer la volonté de salubrité publique des pouvoirs locaux.

C’est un d’eux qui m’a glissé la petite virée humanitaire de notre échevin. La clandestinité n’est pas digne de la fonction élective. Je me fais donc un devoir de vous en informer. La démocratie c’est donc ça, confier les sales besognes à nos représentants. J’imagine aisément combien ce brave homme a dû avoir honte de devoir agir ainsi.

Dans une ville qui autrefois fit sa prospérité sur le commerce triangulaire, un petit renvoi d’ascenseur ne serait pas déplacé. L’échevin, plus que tout autre en est convaincu, mais comment se montrer humain et généreux quand l’opinion publique n’est pas de cet avis. Une réélection vaut bien quelques meurtrissures, ce monsieur sacrifie son âme pour conserver son poste. Il convient d’admirer son sens du sacrifice et de l’en féliciter.

Expulsement leur.

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