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Billet de blog 4 déc. 2013

L'empêcheur de ronronner en rond.

Nul n'est prophète, surtout dans son pays.Il n'est jamais facile de se faire une place au soleil quand on n'a pas l'heur de plaire aux puissants, d'être du cercle des initiés, du clan des amis ou d'appartenir à l'armée silencieuse des valets et des courtisans. Ne pas se plier aux attentes du Prince, refuser de faire allégeance à ses sbires zélés, petits barons fades et sans saveur, c'est à coup sûr, se préparer des jours difficiles. 

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Nul n'est prophète, surtout dans son pays.

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Il n'est jamais facile de se faire une place au soleil quand on n'a pas l'heur de plaire aux puissants, d'être du cercle des initiés, du clan des amis ou d'appartenir à l'armée silencieuse des valets et des courtisans. Ne pas se plier aux attentes du Prince, refuser de faire allégeance à ses sbires zélés, petits barons fades et sans saveur, c'est à coup sûr, se préparer des jours difficiles.

L'effet de cour n'a jamais été aussi fort que dans une ville de province où tout le petit monde local vit au rythme des désirs du maître. Échapper à ce cercle, c'est entrer dans la clandestinité, l'obscur silence de la presse et des gens qui ont un petit pouvoir. L'esprit de la province réside dans cette pesanteur monstrueuse, cette obligation d'être courbé pour avoir sa place à côté de l'astre local.

La presse régionale brille par sa servilité et sa faculté incroyable de passer son temps à ne pas déplaire à celui ou à celle qui est en place. C'est avec un art consommé de la grimace que la feuille de chou s'évertue à ne jamais froisser le maître des lieux. La démocratie locale, c'est avant tout un féodalisme prolongé, une affaire de clientélisme obséquieux !

Gare à celui qui n'accepte pas les grimaces, qui ne va pas défiler, le petit doigt sur la couture du pantalon, qui se refuse à trinquer aux frais de la princesse quand toute la ville décide de s'autocongratuler. Dire les travers des petites hypocrisies traditionnelles, c'est forcément venir briser le ronron de pratiques si ordinaires, que personne ne vient jamais dénoncer l'absurdité de ce mode de gouvernance.

En effet, il n'y a pas de pitié pour l'empêcheur de ronronner en rond ! La pesanteur de la vie provinciale se nourrit d'une somme incroyable de renoncements, de petits courbettes, de pratiques coutumières qui n'ont aucune légitimité mais qui puisent leur existence dans la tradition. On a toujours fait ainsi; il faut surtout ne rien changer.

Élever la voix, c'est prendre le risque de fédérer toutes les haines, toutes les mesquineries des petits notables sans profondeur, sans autre valeur que celle d'une position octroyée par les circonstances bien plus que par le talent. Combien de gens de ce type dans l'aréopage municipal et parmi tous ceux qui gravitent dans les allées de ce pouvoir ridicule ?

Il faut payer au prix fort le refus d'accorder la moindre importance à ces gens sans profondeur, investis de pouvoirs dérisoires dont la seule efficacité réside dans « l'ostracisation » de celui qui refuse la règle du jeu. Là, il n'y a pas demi- mesure, tous savent admirablement se liguer pour écarter, rejeter, oublier, effacer, anéantir celui qui ose la différence.

Il n'est pire conformisme que celui de cette vie de province entre le défilé du quatorze juillet, la fête votive et la célébration de l'héroïne locale. Ça pue la réaction, ça transpire l'hypocrisie, ça suinte les bonnes intentions de façade, les sourires de circonstances, l'absence de conviction et d'opinion. La vie en Province, c'est l'art de ne jamais être sincère, le grand déballage de l'onctuosité factice.

Alors imaginez le sort de celui qui avance en se moquant de toutes les courbettes obligatoires dans les relations ancillaires. Ancillaires, c'est le terme qui convient, car voyez-vous, le citoyen, en Province, devient systématiquement le valet des gens qui gravitent dans les allées du pouvoir. Il se doit d'obéir sinon il lui faudra subir rejet, oubli et brimades. Dans ce monde de courtisans et de petit seigneurs prétentieux, seule prime la loi du plus fort!

Malgré le pouvoir qu'on a eu la folie de leur accorder, je persiste à penser, certitude inébranlable, que ces gens qui se pensent puissants, ne sont rien que des suiveurs et des pédants, des êtres fats et grotesques; baudruches pitoyables, pauvres girouettes dont le seul talent est de sentir le sens du vent dominant. Alors, j'accepte de leur part, avec délectation même, les bâtons dans les roues, les contrariétés, les empêchements, les insultes et les réprimandes qui ne sont que les marques de leur médiocrité et de leur mesquinerie incommensurables.

Irrévérencieusement leur.

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