Authon en emporte le vent...

L’habit vert ne fait pas l’écrivain.

  De Scarlett O'Hara à Lady Di

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Il est une constance dans notre beau pays : les hommes de pouvoir se rêvent tous d’un grand destin littéraire. Il se peut que l’un d’entre eux finisse par prendre place à l’Académie Française, il passe alors aux yeux des naïfs pour une fine lame, l’épée sur le côté sans pour autant devenir bonne plume. D’autres, parmi ses collègues politiciens n’ont pas tant de scrupules et usent sans pudeur d’un porte-plume, d’un anonyme qui écrira à leur place. Les grandes écoles n’apprennent en rien l’art d’écrire ni même celui de bien parler, on ne s’abaisse plus à ces illusoires talents d’une époque révolue dans ce microcosme de la vanité et de la vacuité, réunies.

Tandis que les éloges funèbres feront couler beaucoup d’encre sur l’un d’eux, il serait fort utile de rappeler à cette merveilleuse classe politique que l’unique talent que requiert véritablement leur fonction serait d’exceller dans l’art oratoire. Hélas, mille fois hélas, les mots leur manquent tout autant qu’une certaine intonation de vérité. La gestuelle est aux abonnés absents et l’ennui gagne toujours la partie chez des auditeurs trop polis pour le leur signifier. Il est vrai que s’ils ne rédigent pas les livres qu’ils vendent sans scrupules, le plus souvent, il en va de même de ces discours qu’ils découvrent en les débitant sans âme.

Le tribun a déserté nos tribunes. Il se peut qu’il se perde dans quelques concours d’éloquence, perversion d’une société du spectacle où la parole n’est considérée que comme un habillage élégant du vide. Nous restons sans voix devant la médiocrité de l’élocution, la faiblesse de la gestuelle, l’insignifiance du propos, l’essentiel est dans le jeu de mots, le rythme de la diction et les circonlocutions soigneusement apprises. Le secret naturellement consiste à ciseler une petite phrase qui ricochera de rédactions en réseaux sociaux. Pour être certain de l’affaire, l’introduction d’un mot archaïque, obsolète ou parfaitement incongru leur garantira un franc succès médiatique.

Quoiqu’ils écrivent fort mal, nos politiciens vendent beaucoup. Concurrence déloyale, ils bénéficient de toutes les promotions utiles pour promouvoir des ouvrages destinés simplement à accroître la notoriété, à relancer une carrière après un échec électoral, à renflouer les caisses du parti d’en rire. Le plus surprenant c’est que le public marche dans la combine, se précipite pour acheter la chose, surtout si le signataire de la chose vient en personne pour une séance de dédicaces qui attirera toutes les mouches de la presse locale.

Le véritable auteur se désole lui qui n’a droit à aucun coup de pouce pour tenter de mettre en lumière ce qu’il a écrit lui-même. Certains trouvent la parade et vont coucher avec un ministre ou l’épouse d’une grande vedette de la télévision. C’est une manière bien plus efficace de faire entendre sa voix. La plume se cache parfois dans les alcôves pour enfin prendre son envol.

Mais que faire quand c’est une vedette incontestée de la politique qui se targue de faire la même chose. Il s’invente alors une idylle avec une princesse, trempe son stylo Mont-Blanc dans l’eau de rose, joue du violon et des bons sentiments en se prenant pour Maupassant. Le ridicule, étonnant, ne tue jamais ces gens-là…

Quand il s’agira de les embaumer, des accents de sincérité viendront accompagner la sortie de piste de l’un de ces clowns tragiques qui nous coûtent si cher. Une fois encore, tous les regards, tous les commentaires seront tournés vers ce grand homme qui portait si bien et si haut l’esprit tricolore. La mascarade jusque dans la tombe, les mots avec eux, sont toujours gravés dans le marbre.

Authon en emporte le vent, la belle Scarlett O'Hara s’est grimée sous les traits de Lady Di. L’académicien s’en est allé, ses actes resteront peut-être tandis que ses écrits se disperseront à jamais au souffle d’une histoire qui n’est jamais dupe des tromperies et des mascarades du monde des paillettes et des dorures. L’éternité devant lui, le grand homme ne sera plus que poussière, découvrant enfin le sort commun de tous les êtres de cette Terre. Il s’en ira avec un « Au revoir ! » qui constituera son unique grande phrase !

Volcaniquement sien.

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