Écran noir sur les Césars

La polémique qui divise.

Ils abusent

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La vérité sortant du puits Édouard-Debat-Ponsan

 

 

L’absurde et l’ignoble se sont donnés rendez-vous lors de la dernière cérémonie des Césars. J’hésite à écrire ultime tant l’Académie du cinéma français s’est sciemment tirée une balle dans le pied, affichant par la même deux clans à jamais irréconciliables. Il y a d’un côté les victimes, celles qui ont dû se taire des années durant, accepter l’inacceptable pour décrocher un rôle ou bien une place au soleil. Il y a de l’autre les esthètes, bien à l’abri de toutes ces odieuses dérives et qui affirment à plaisir qu’il convient de distinguer l’œuvre de l’artiste.

Pourtant, les unes en se rendant à cette parodie de remise des prix, les autres en votant avec un mouchoir sur le nez, savaient que les jeux étaient pipés, que rien ne se passerait comme il convient dans ces soirées des dupes. Même le ministre avait cru bon donner une recommandation avant la clôture des votes, chacun sachant alors pertinemment les conséquences à venir de son choix.

Malgré tout le loup est sorti du bois et celui qu’il convient de ne pas nommer, non seulement fut nominé (un terme moins affreux cependant que les accusations dont il est depuis longtemps l’objet) mais pire encore désigné comme vainqueur pour justement créer le scandale et prouver au monde entier qu’un artiste fait ce qu’il veut avec la morale et les lois.

En agissant ainsi, en connaissance de cause, les votants ont une nouvelle fois humilié les femmes harcelées, violées, détruites par des canailles de l’espèce de ce réalisateur incapable de réaliser les conséquences et la portée de ses pulsions. La toute-puissance de ce petit personnage n’a d’égale que l’outrecuidante provocation organisée par une grande part des membres d’une profession bien moins capable de se montrer à la hauteur que leurs homologues américains.

Il est vrai que le cinéma français cherche à se démarquer de son rival d’outre Atlantique tout comme la justice tricolore s’évertue à protéger un délinquant sexuel pour son homologue des États Unis. Nous brillons donc dans ce pays franchouillard pour la mansuétude avec laquelle on traite les voyous de la chose, qu’ils soient candidat déboulonné à la présidence, ex-ministre ayant un penchant pour les petits garçons, porte-parole du gouvernement se prenant pour un réalisateur X ou bien écrivain prédateur.

Bien-sûr, les mêmes accusations contre un simple ouvrier, un quidam ordinaire et rien ni personne n’empêcherait la justice de passer. Mais dans ce monde cérébral, on peut mal agir pourvu que ce soit au nom de l’art ou du pouvoir. L'académie des Césars a démontré à la face du pays que l’excuse vaut toujours pour ceux qui échappent à la règle commune. Les vedettes n’ont pas à rendre de compte, ils sont au-dessus de ça.

Quant au fond du problème, peut-on distinguer l’homme de ses réalisations. Le débat est assez vain puisque sans ses œuvres, sans la notoriété dûe à un supposé talent qui place dans cette nation au-dessus des règles communes, le justiciable eut été traîné devant les tribunaux. C’est admettre que la production artistique est non seulement une circonstance atténuante mais pire encore une exception juridique qui exonère son auteur de s’expliquer sur ses comportements délictueux.

Par la même, il y a implicitement deux sortes de victimes. Celles qui sont tombées sur les travers de gens ordinaires et qui avec un peu de chance pourront obtenir réparation et reconnaissance de leurs souffrances auprès des tribunaux et celles grâce auxquelles des individus d’exception ont pu assouvir leurs fantasmes, pulsions, perversions afin d’enrichir notre patrimoine culturel. Celles-là sont sacrifiées sur l’autel de la culture et n’ont droit qu’au mépris des érudits, des esthètes, des gens de culture et de pouvoir. Belle leçon en somme que cette ignoble mascarade qu’il convient d’accuser sans aucune réserve ni la moindre argutie fallacieuse.

Accusement leur.

Édouard Debat-Ponsan est un des premiers artistes à s’engager dans l'affaire Dreyfus. Il est même un des tous premiers à réclamer sa réhabilitation. Pour se faire, il lui consacra un tableau qui fit grand scandale dans les salons parisiens : La Vérité sortant du puits (1898).

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