Attention le petit oiseau, va sévir

Comme lui,ne vous laissez plus voler dans les plumes !

 

Aristide, Bruant Zizi de son état.

 

 © Christian Beaudin © Christian Beaudin

Ses parents l’avaient appelé Aristide parce qu’ils étaient tous deux, résidant dans le département du Loiret, étaient des amoureux de la chanson. Appartenant à l’espèce curieusement nommée Bruant Zizi, ils étaient pourtant très fiers de montrer leur petit oiseau, lui aussi né à Courtenay, comme son illustre modèle, pensant qu’une grande carrière de chansonnier allait s’ouvrir à lui. Aristide était leur préféré, c’est ainsi, alors qu’ils avaient eu d’autres rejetons dans la nichée.

Il faut reconnaître qu’Aristide avait appris à siffler bien mieux que tous ses frères et sœurs qui pourtant n’étaient pas avares en joyeux trilles et charmantes mélopées. Mais comme aimait souvent à déclarer son père : « Aristide ? Y’a pas moyen de lui couper le sifflet ! » La réplique faisait mouche dans la communauté des Emberizidés, tous des oiseaux à la langue bien pendue.

La mère du petit prodige, se plaisait quant à elle à le mettre en avant devant ses autres enfants. Elle le citait en exemple, disant toujours : « Mes petits, prenez de la graine de votre frère. Il fait ses gammes du matin au soir, il n’y aura pas plus beau chanteur que lui. Il fera carrière sur toutes les scènes de music-hall du territoire.

Des deux géniteurs, c’est la mère qui fut écoutée par sa progéniture, les oisillons se nourrissaient des graminées abondantes en Beauce, délaissant les moustiques qui d’ailleurs n’apprécient guère les traitements phytosanitaires déversés à foison par les céréaliers locaux. Aristide avait d’ailleurs une dent contre ces méchants hommes, il avait composé un hymne à la biodiversité qui connaissait déjà un grand succès auprès de nos amis ailés. Un jour disait-il à qui voulait bien l’écouter, je me prendrai de bec avec eux !

Aristide comme il se doit fut remarqué par les milieux interlopes de la dissidence environnementale. Il devint le porte drapeau de la révolte contre l’empoisonnement de nos céréales par une industrie chimique sans état d’âme. Les manifestants défilaient désormais en sifflant, à l’imitation de leur modèle. Il est vrai que les dernières mesures liberticides d’un pouvoir qui rêvait de mettre tout le monde en cage, avaient interdit tout slogan dans la rue. Le sifflet à roulette réservé aux pandores, les militants écologiques se tournèrent vers la langue des oiseaux pour exprimer leurs revendications.

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Naturellement ce fut un excellent prétexte pour les gardiens de l’ordre. Ils leur volèrent dans les plumes sans ménagement, usant de la matraque avec une infinie rigueur. C’est alors que le petit peuple des oiseaux prit fait et cause pour les amoureux de la Planète. Dans un mouvement unanime, ils décidèrent tous d’élire domicile sur ces instruments contondants lorsqu’ils n’étaient pas employés. Par contre, en cas de charge et de matraquage, les volatiles pour montrer leur solidarité envers ceux qui défendaient leur cause se mirent à déféquer joyeusement sur les visières des hordes soldatesques.

La visière ainsi souillée de traînées molles et odorantes, il se murmure que certains fonctionnaires tournaient de l’œil tandis que d’autres, aveuglés, se mirent à frapper sans discernement sur leurs collègues. Ce fut un tel chahut que le pouvoir dut changer son fusil d’épaule et entreprit de lancer des coups de filets dans les milieux aviaires.

L’indignation générale que provoqua cette répression contraignit enfin le ministre de l’intérieur à marcher sur des œufs. Si éborgner ou mutiler des contestataires n’a jamais suscité de réaction notable dans l’opinion publique, s’en prendre aux animaux fut par contre l’occasion d’un mouvement d’une très grande ampleur. Le pouvoir vacillait pour la première fois.

Aristide devint un symbole, une icône pour tous ceux qui espéraient qu’on puisse enfin changer de système. Il fut porté aux nues, célébré et même nommé au perchoir de l’assemblée nationale. Jamais président ne fut plus respecté que celui-ci. Le coq cessa à jamais d’être l’emblème d’une République déshonorée par ses poulets et ses dirigeants. Le Bruant Zizi prit sa place pour le plus grand bonheur des véritables démocrates.

Le Zizi en bandoulière, la jeune sixième République pouvait enfanter un monde plus juste et fraternel Aristide, au sommet de sa gloire, s’accorda un dernier petit plaisir avant que de se retirer à jamais de la vie publique. Il survola le palais où le dernier monarque destitué descendait une dernière fois l'escalier de déshonneur sous les lazzis d’une foule en furie. L' oiseau lâcha une fiente qui chut sur le crâne de ce triste personnage. L’image fit le tour de la Terre, le drôle d’oiseau n’était pas celui qu’on croyait !

Parodiquement vôtre.

 © Christian Beaudin © Christian Beaudin

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